(Téhéran) Le président iranien Hassan Rohani a jugé « honteux » jeudi le geste de son homologue américain Donald Trump, photographié bible haute en main devant une église de Washington ayant été dégradée en marge d’une manifestation contre le racisme.

Agence France-Presse

« C’est un acte honteux venant d’un président qui, voulant agir contre son propre peuple, saisit le livre céleste, l’Évangile, et le brandit […] ce qui a suscité la colère de toutes les religions abrahamiques », a affirmé M. Rohani lors d’une allocution télévisée.

« Nous sommes […] les témoins d’un des jours les pires de l’histoire politique et sociale de l’Amérique et de la grande injustice faite aux Noirs. Ce qui est arrivé à George Floyd est devenu un évènement mondial […] Quand un innocent est tué, le monde entier s’active », a ajouté le président iranien.

La mort à Minneapolis (nord des États-Unis) le 25 mai de George Floyd, quadragénaire noir asphyxié par un policier blanc, a provoqué une vague de colère historique contre le racisme, les brutalités policières et les inégalités sociales en Amérique ainsi que de nombreuses réactions d’indignation dans le monde.

Lundi soir, M. Trump s’était rendu à l’église Saint John, bâtiment emblématique proche de la Maison-Blanche, abimée la veille par un départ d’incendie.

« Nous avons un grand pays », avait-il déclaré, une bible dans sa main droite levée après que les forces de l’ordre eurent violemment dispersé des manifestants pour lui permettre de se faire photographier devant l’« église des présidents ».

L’opération a valu à M. Trump de vives critiques de la part de responsables religieux chrétiens dans son pays.

« La Bible, c’est ce livre qui invite tous les gens à la paix, la sérénité et l’humanité. L’Évangile n’est pas un livre qui ordonne le meurtre d’innocents », a jugé M. Rohani.

« Nous compatissons avec le peuple américain qui manifeste aujourd’hui dans les rues », et « nous condamnons vivement les crimes qui sont commis aux États-Unis, et la Maison-Blanche qui ordonne ces crimes », a encore dit le président iranien.

Les tensions entre les États-Unis et la République islamique, pays ennemis depuis plus de 40 ans, s’exacerbent depuis l’accession au pouvoir, en janvier 2017, de Donald Trump, qui a fait de l’Iran sa bête noire sur la scène internationale.

Mercredi, le guide suprême iranien Ali Khamenei a jugé que la mort de Floyd était révélatrice de « la nature de l’Amérique » et de sa façon d’opprimer les peuples de la planète, y compris le sien.