(Téhéran) L’Iran a appelé lundi Washington à « arrêter les violences » contre leur peuple après la mort de George Floyd, un Afro-Américain dont le décès lors d’une violente arrestation par la police a déclenché des manifestations aux États-Unis.

Agence France-Presse

« Au peuple américain : le monde a entendu votre cri sur l’état d’oppression. Le monde est à vos côtés », a déclaré le porte-parole des Affaires étrangères iranien Abbas Moussavi, lors d’une conférence de presse à Téhéran.

« Aux fonctionnaires et à la police américains : arrêtez la violence contre votre peuple et laissez-le respirer », a-t-il déclaré en anglais, en écho au slogan repris dans les manifestations américaines « Je ne peux pas respirer », les derniers mots prononcés par George Floyd.

Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, on voit un policier maintenir pendant de longues minutes son genou sur le cou de George Floyd, qui suffoque, menotté.

Après son décès le 25 mai, des manifestants ont envahi les rues de Minneapolis (Minnesota), avec des embrasements nocturnes et des pillages.

Ces scènes de colère se sont rapidement propagées à tout le pays, où des manifestations contre les violences policières ont rassemblé plusieurs milliers de citoyens.

La situation a dégénéré en émeutes en plusieurs endroits, forçant les autorités de plusieurs villes à imposer des couvre-feux et à faire appel à la Garde nationale.

« Nous regrettons profondément de voir le peuple américain, qui cherche pacifiquement le respect et non la violence, ni être réprimé sans discernement », a ajouté M. Moussavi, accusant les États-Unis de « pratiquer la violence et l’intimidation à l’intérieur du pays et à l’étranger ».

« Rien de nouveau »

Les manifestations américaines ont fait l’objet d’une large couverture dans les médias iraniens, en particulier par la télévision d’État.

Les relations entre l’Iran et les États-Unis, ennemis jurés, se sont détériorées depuis que Donald Trump a dénoncé en 2018 l’accord international sur le nucléaire iranien conclu en 2015 et rétabli de lourdes sanctions contre Téhéran.

« Il n’y a rien de nouveau dans cette technique du “genou sur le cou” : (Washington) l’emploie contre 80 (millions) d’Iraniens depuis deux ans et l’appelle “pression maximale” », a déclaré sur Twitter lundi le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif.

« Cela ne nous a pas mis à genoux » et cela « n’abaissera pas les Afro-Américains », a affirmé M. Zarif.  

Les États-Unis avaient pointé du doigt l’Iran en novembre 2019 pour la répression d’une contestation ayant embrasé plus d’une centaine de villes après l’annonce d’une hausse forte et soudaine du prix de l’essence en pleine crise économique.

Selon Washington, cette répression a fait plus de 1000 morts.  

Les autorités iraniennes, qui avaient qualifié de « mensonge absolu » ces chiffres, ont publié lundi un premier bilan officiel sur ces troubles, de 230 morts, faisant porter la responsabilité de la violence à des « émeutiers », « armés », ayant cherché à « renverser » la République islamique.

Condamnant un recours disproportionné des autorités à la force, l’organisation de défense des droits humains Amnistie internationale a indiqué que 304 personnes avaient été tuées (dont 10 femmes et 23 enfants) dans les violences, du 15 au 18 novembre.

En décembre, un rapport d’un groupe d’experts indépendants travaillant pour le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme estimait que le bilan des troubles de novembre pourrait être supérieur à 400 morts (dont 12 enfants).