(Paris) Téhéran doit fournir des « clarifications » : l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a tiré « la sonnette d’alarme » mardi, reprochant à l’Iran son manque de transparence sur ses activités nucléaires et l’impossibilité d’accéder à deux sites suspects.

Didier LAURAS Agence France-Presse

« Je tire la sonnette d’alarme », a déclaré le directeur général de l’agence onusienne, Rafael Mariano Grossi, dans un entretien à l’AFP à Paris, où il a rencontré le président français Emmanuel Macron.

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Le complexe nucléaire d’Arak, à 250 km au sud-ouest de Téhéran.

Dans un contexte de crispations croissantes, « l’Iran doit se décider à coopérer de façon plus claire avec l’agence pour donner les clarifications nécessaires », a-t-il ajouté, évoquant la découverte de « traces d’uranium anthropogénique » (résultant d’activités humaines) dans un entrepôt près de Téhéran en 2019.

Cet avertissement à l’Iran est au cœur d’un nouveau rapport de l’agence qui sera examiné la semaine prochaine, lors du conseil des gouverneurs de l’AIEA. Ce document, consulté par l’AFP à Vienne, dénonce le fait que l’Iran ait refusé à l’AIEA l’accès à deux sites en janvier.  

« C’est sérieux. Mon devoir est d’attirer l’attention », a souligné le directeur général, entré en fonction fin 2019.

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Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Mariano Grossi.

L’AIEA communiquera également aux gouverneurs l’état des activités nucléaires actuelles de l’Iran. Selon un second rapport consulté par l’AFP à Vienne, le stock d’uranium enrichi de l’Iran est cinq fois supérieur à la limite autorisée par l’accord de 2015 (JCPOA), dont Téhéran a commencé à s’affranchir en mai 2019.

D’après les inspecteurs, la quantité accumulée par Téhéran atteignait au 19 février 1510 kilos d’uranium enrichi UF6, pour une limite autorisée à 300 kilos dans cet accord, signé entre l’Iran et les grandes puissances.

Site iranien « nettoyé »

Selon ce même rapport, l’Iran produit de l’uranium enrichi à un taux de 4,5 %, supérieur au seuil de 3,67 % fixé par l’accord. Mais ce taux reste encore très loin du niveau requis pour fabriquer une bombe (plus de 90 %).

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Vue aérienne du générateur d’eau lourde au complexe nucléaire d’Arak, en Iran, le 23 décembre 2019.

Les deux sites auxquels l’AIEA s’est vu refuser l’accès comptent parmi un total de trois positions identifiées par l’agence comme posant « un certain nombre de questions en lien avec la possibilité de matériel nucléaire et d’activités nucléaires non déclarés », indique le rapport dédié.  

Une source diplomatique a précisé à l’AFP qu’il s’agissait d’éventuelles activités de l’Iran antérieures au JCPOA.

L’Iran a justifié son refus dans une lettre en disant qu’il « ne reconnaissait aucune allégation sur les activités passées (du pays) et ne se considérait pas tenu de répondre » à propos de cette période.

Dans l’un des trois lieux visés, le rapport précise que l’AIEA avait observé début juillet 2019 « des activités […] compatibles avec les efforts de nettoyer une partie du site ».

L’accord nucléaire de 2015, longtemps considéré comme la pièce maîtresse des négociations internationales sur ce dossier, est menacé depuis que les États-Unis l’ont dénoncé unilatéralement en 2018. Téhéran, asphyxié par des sanctions économiques, a riposté en s’affranchissant, depuis mai 2019, de plusieurs de ses engagements.

Mais M. Grossi a tenu à rappeler que « l’Iran a d’autres obligations et d’autres inspections que celles liées au JCPOA ».  

Un site caché à Téhéran

L’AIEA réclame ainsi depuis plusieurs mois des éclaircissements sur la nature des activités menées sur le site non référencé de Téhéran, dénoncé par le gouvernement israélien.

L’agence onusienne n’a jamais précisé sa localisation, mais des sources diplomatiques ont indiqué à l’AFP qu’il s’agissait d’un entrepôt du district de Turquzabad de la capitale.  

Le fait qu’on ait retrouvé des traces est très important, ça veut dire qu’il y a la possibilité d’activités et de matériel nucléaires qui ne seraient pas sous contrôle international et dont on ne connaîtrait ni l’origine ni le destin. C’est quelque chose qui me préoccupe.

Rafael Mariano Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou accuse l’Iran d’avoir conduit sur ce site, avant 2015, des activités nucléaires illégales.

PHOTO AGENCE DE L’ÉNERGIE ATOMIQUE DE L’IRAN, VIA AFP

Des centrifuges à l’intérieur de la centrale nucléaire de Natanz, à 300 km au sud de Téhéran.

Cette découverte d’un site caché est de nature à renforcer la position d’une ligne dure vis-à-vis de l’Iran, en particulier à Washington.  

« Avec les inspections, on ne joue pas », a insisté M. Grossi. « Ce ne sont pas des questions académiques. Il y a des endroits, des indices, des informations de l’agence sur lesquelles nous devons arriver à plus de clarté, et pour l’instant ce n’est pas possible ».  

Emmanuel Macron a « appelé Téhéran à coopérer immédiatement et pleinement avec l’agence », selon un communiqué de la présidence française publié après sa rencontre avec le patron de l’AIEA.