Lundi prochain, les Israéliens iront voter pour la troisième fois en 11 mois. Et rien ne garantit que ce sera la dernière… 

Agnes Gruda
Agnes Gruda La Presse

Les législatives de mars 2019, puis celles de septembre, se sont soldées par une impasse. Le Likoud du premier ministre Benyamin Nétanyahou et le parti Bleu et blanc de l’ex-chef d’état-major Benny Gantz sont arrivés pratiquement à égalité deux fois de suite, et aucun des deux n’a été en mesure de rassembler une coalition majoritaire.

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Benny Gantz, chef du parti Bleu et blanc et principal rival du premier ministre Benyamin Nétanyahou

Le même cas de figure pourrait bien se reproduire après le vote du 2 mars. La situation est tellement inextricable que les experts en sont réduits à parier sur le dénouement de cet interminable épisode de paralysie politique.

« Si j’avais à faire un pari, j’opterais pour un quatrième scrutin », note le politologue Yossi Alpher, joint à Tel-Aviv.

« J’avais parié qu’il y aurait un troisième tour de vote et j’ai gagné plusieurs dîners », confie Tamar Hermann, chercheuse affiliée à l’Institut israélien sur la démocratie. Cette fois, elle hésiterait avant de gager : l’imbroglio politique dans lequel Israël est coincé depuis près d’un an a assez duré.

Imprévisible

Mais tout reste possible, souligne-t-elle. D’ailleurs, un récent sondage indique que lorsqu’on leur présente différents scénarios postélectoraux, les électeurs israéliens placent un quatrième tour de scrutin en tête des dénouements les plus plausibles.

Ce cul-de-sac politique n’est pas étonnant, souligne Tamar Hermann. L’opinion publique israélienne est divisée en deux blocs de poids égal. « D’un côté, les électeurs laïcs, urbains, de classe moyenne éduquée, et de l’autre, les religieux, plus pauvres, moins éduqués. »

Or, aucun de ces deux grands blocs n’est en mesure de rassembler les 61 sièges nécessaires pour former une majorité gouvernementale.

Les plus récents sondages donnent une légère avance d’un ou deux sièges au parti de Benyamin Nétanyahou, malgré ses déboires judiciaires – son procès pour fraude et corruption doit d’ailleurs commencer deux semaines après les législatives.

Mais ce court avantage ne change pas fondamentalement l’équilibre des forces.

Avigdor Liberman en sauveur ?

Il n’y a qu’un moyen pour sortir de l’impasse et éviter un nouveau scrutin, note Yossi Alpher. Un des autres acteurs politiques, à l’extérieur des deux grands blocs, devra « sacrifier ses principes pour sortir le pays du bourbier actuel. »

Mardi prochain, il y a d’ailleurs des chances pour que tous les yeux soient tournés vers Avigdor Liberman, chef du parti Israel Beytenou – formation laïque, ultranationaliste et virulemment anti-arabe.

Crédité d’une dizaine de sièges, Liberman a toujours refusé de faire alliance avec les ultra-religieux qui tournent autour du Likoud. On le voit mal aussi faire alliance au centre gauche, avec la Liste unie arabe, devenue la troisième force politique de l’État hébreu.

Mais Liberman sera peut-être tenté de jouer le rôle du sauveur. « Il pourrait sacrifier la laïcité pour s’allier avec l’extrême droite religieuse, ou sacrifier son ultranationalisme pour s’associer avec les partis arabes et le parti Bleu et blanc », suppute Yossi Alpher.

Déjà, dit Tamar Hermann, ce politicien au ton agressif est perçu comme un « faiseur de rois ».

Impact du procès

Le procès imminent de Benyamin Nétanyahou, qui doit s’ouvrir le 17 mars, crée d’autres scénarios de sortie de crise.

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Reuven Rivlin, président d’Israël

En principe, le premier ministre bénéficie de l’immunité – principe qui est actuellement contesté étant donné qu’il assure un rôle de leader de transition. Quoi qu’il en soit, le président Reuven Rivlin, qui a la responsabilité de choisir la formation mandatée pour former la coalition gouvernementale, pourrait offrir cette possibilité au Likoud, à la condition d’écarter son chef compromis par des déboires judiciaires.

Le départ du leader de 70 ans qui aura gouverné Israël pendant 14 ans, battant ainsi tous les records de longévité à la tête du pays, permettrait alors de rebattre les cartes politiques – et d’éviter éventuellement un nouveau scrutin.

Qu’est-ce qui fait voter les Israéliens ?

Le prétendu « accord du siècle », proposition censée mettre un terme au conflit israélo-palestinien et concoctée par l’administration Trump, joue-t-il en faveur du premier ministre Benyamin Nétanyahou ? Pas du tout, répond l’analyste Tamar Hermann. Non seulement ce plan n’a pratiquement aucune chance de se matérialiser, ayant été rejeté par les Palestiniens, qui n’ont jamais été consultés à ce sujet, mais en plus, « les gens voient ça comme une tentative des États-Unis d’exercer une influence sur nos élections ». Et puis, les deux grands partis, celui de Benyamin Nétanyahou et celui de Benny Gantz, voient tous deux ce projet d’un œil favorable – il n’y a pas de divergences notables entre eux sur cette question. Le procès qui attend Benyamin Nétanyahou n’a pas non plus d’impact sur les sondages, note Tamar Hermann. Les opposants du premier ministre sont renforcés dans leur opinion. Et ses partisans estiment que ces ennuis judiciaires sont le fruit d’un complot ourdi par les tribunaux contre le chef du Likoud. Alors, quels sont les enjeux de cette campagne électorale ? « D’abord, dit Tamar Hermann, la sécurité, ensuite, le coût de la vie. »