(Paris) Les frappes iraniennes ayant visé des bases américaines en Irak, en riposte à l’assassinat d’un général iranien, constituent une réponse calibrée qui évite une surenchère de Donald Trump, jugent de nombreux experts, tout en prévenant que Téhéran risque de poursuivre ses représailles par des moyens détournés.

Daphné BENOIT
Agence France-Presse

Après avoir promis de venger la mort de Qassem Soleimani, l’architecte de sa stratégie au Moyen-Orient, l’Iran a tiré mercredi 22 missiles sur des bases de la coalition internationale abritant des soldats américains en Irak.

Mais ces frappes n’ont tué « aucun Américain » et les dégâts matériels sont « limités », s’est félicité le président américain Donald Trump, dont la réaction était très attendue, dans une allocation solennelle à la Maison-Blanche.

« L’Iran semble reculer », a-t-il observé, entouré de hauts responsables de l’exécutif et de hauts gradés du Pentagone, ajoutant que les États-Unis étaient « prêts à la paix » avec ceux qui la voulaient.

Donald Trump est revenu à un registre plus politique, loin de toute escalade militaire, en annonçant de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran et en appelant les Européens à quitter l’accord sur le nucléaire iranien qu’il a lui-même dénoncé en 2018.  

« Nous ne cherchons pas l’escalade ou la guerre », s’est aussi empressé de souligner le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, précisant que les représailles « proportionnées » de la nuit étaient « terminées ». Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a toutefois estimé que cette « gifle à la face » des États-Unis n’était « pas suffisante pour cette affaire ».

« Quadrature du cercle »

De l’avis de plusieurs analystes, le gouvernement iranien a répondu prestement pour contenter son opinion publique, tout en choisissant de graduer sa riposte pour éviter de provoquer une confrontation à grande échelle avec son ennemi historique.

« Avec ces attaques, Téhéran a montré sa capacité et sa détermination à répondre aux attaques américaines, sauvant ainsi la face, tout en choisissant soigneusement ses cibles pour éviter de faire des victimes et ainsi provoquer une réaction de Trump », analyse Annalisa Perteghella, spécialiste de l’Iran à l’Institut d’analyse géopolitique italien Ispi.

« Les Iraniens ont tenté la quadrature du cercle, une attaque très proportionnée qui ne soit pas de nature à nécessairement provoquer la riposte promise par Trump », abonde François Heisbourg, expert à la Fondation pour la Recherche stratégique (FRS) à Paris.

Au final, Donald Trump a même réitéré sa proposition de négociations avec l’Iran sur son programme nucléaire et son influence dans la région, même s’il continue de poser des conditions difficilement acceptables pour Téhéran.

« Cette possibilité-là revient au moins virtuellement », relève prudemment François Heisbourg. « Compte tenu des événements des derniers jours, ce n’est pas absolument évident, mais Trump a aussi montré qu’il savait agir avec brutalité. Personne ne pourra l’accuser d’agir en position de faiblesse », ajoute-t-il.

« Coup de poignard »

De l’avis de nombre d’analystes, il faut malgré tout s’attendre à ce que Téhéran continue ses activités de déstabilisation dans la région via ses supplétifs.

« La riposte iranienne, c’est du feu d’artifice, ça donne l’illusion d’une riposte, car ils n’ont pas intérêt à faire monter la mayonnaise. Ce qu’il faut attendre maintenant, c’est le coup de poignard derrière le rideau qui viendra plus tard », abonde Thomas Flichy de La Neuville, chercheur associé à l’université d’Oxford et professeur de géopolitique à la Rennes School of Business.

« Personne ne souhaite une confrontation à grande échelle, ni Trump pour des raisons électorales ni du côté iranien, car Téhéran n’en a pas les moyens, ni économiques ni militaires. Mais ce type de situation peut déraper. Les risques sont très élevés », prévient Marc Finaud, ancien diplomate français et expert du centre de réflexion Geneva Center for Security Policy.

Avec les frappes, « les Iraniens lavent leur honneur, ce qui est un facteur très important en raison de la valeur de Soleimani. La question est de savoir si cela leur suffit », prévient John Raine, expert en géopolitique au centre de réflexion britannique International Institute for Strategic Studies (IISS), en craignant que Téhéran envisage « des attaques contre les intérêts américains ailleurs dans la région, particulièrement dans les pays où l’Iran a des leviers opérationnels ».