(Téhéran) Des Iraniens ont défilé lundi en masse à Téhéran à l’appel des autorités pour dénoncer « les émeutes », après une vague de contestation et de violences pour laquelle la République islamique accuse ses « ennemis » à l’étranger.

Agence France-Presse

« Cette guerre est finie », a lancé le commandant en chef des Gardiens de la révolution, le général de division Hossein Salami, aux manifestants qui scandaient « À bas l’Amérique », « À bas Israël », « À bas les séditieux ».

« Vous avez vaincu les puissances de l’Arrogance » (expression qui dans la phraséologie révolutionnaire iranienne désigne les États-Unis et leurs alliés), a ajouté l’officier à la tête de l’armée idéologique iranienne. « Le coup de grâce a été porté » à l’ennemi.

Téhéran dit avoir ramené le calme après plusieurs jours de manifestations de colère et de violences ayant éclaté le 15 novembre, quelques heures après l’annonce d’une hausse-surprise du prix de l’essence, en pleine crise économique provoquée par le rétablissement et le durcissement, depuis août 2018, de sanctions américaines contre l’Iran.

Composée de femmes en tchador, d’hommes en civil ou de clercs chiites enturbannés, jeunes et moins jeunes, la foule rassemblée sur la place Enghelab (« Révolution » en persan) débordait sur les avenues qui y mènent, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Nombre de participants ont brandi des drapeaux iraniens ou des portraits de l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique, dont le général Salami a vanté les « compétences », appelant chaque Iranien à le suivre.

Sans donner d’estimation précise de la mobilisation, plusieurs agences iraniennes ont qualifié de « grand rassemblement populaire » la manifestation qui s’est dispersée en fin d’après-midi.

« Nous vous détruirons »

L’accès à l’internet mondial, qui avait été coupé par les autorités dès le 16 novembre au soir dans l’ensemble du pays, n’avait toujours pas été rétabli à son niveau d’avant la crise lundi en fin d’après-midi.

Les autorités iraniennes ont fait état de cinq décès dans les troubles, mais Amnistie internationale estime que plus de 100 contestataires auraient été tués, et l’ONU a dit craindre « des dizaines » de morts.

Depuis plusieurs jours, les autorités répètent que la contestation, au cours de laquelle des stations-service, des commissariats, des mosquées et des bâtiments publics ont été incendiés ou attaqués, est le résultat d’un « complot » ourdi à l’étranger.

Téhéran accuse aussi des partisans de la monarchie renversée il y a 40 ans par la Révolution islamique, ainsi que les Moudjahidine du peuple iranien (MEK), groupe d’opposition en exil qualifié de secte « terroriste » par Téhéran, d’être responsables de l’agitation.

S’adressant « une nouvelle fois aux ennemis » que sont « l’Amérique, la Grande-Bretagne, Israël, la maison des Saoud (la famille royale d’Arabie saoudite, NDLR) », le général Salami a lancé : « Si vous violez nos lignes rouges, nous vous détruirons ».

Avant la manifestation, le porte-parole des Affaires étrangères Abbas Moussavi avait condamné « l’ingérence de pays étrangers ».

« Avec notre Guide »

« Nous recommandons (à ces pays) de regarder les rassemblements qui ont lieu ces jours-ci dans notre pays afin qu’ils prennent conscience de ce qu’est le peuple véritable » d’Iran, a déclaré M. Moussavi, faisant référence aux manifestations – « spontanées » selon les autorités – ayant eu lieu dans plusieurs villes du pays depuis mercredi pour dénoncer les « émeutes ».

« Après l’augmentation du prix de l’essence, on a eu des problèmes sociaux, mais on est ici aujourd’hui (pour) dire qu’on est contre tous les problèmes de sécurité, qu’on est avec notre pays, notre Guide suprême », a déclaré à l’AFP Benyamine Maniyat, un étudiant présent sur la place Enghelab.

Dimanche, et alors que l’internet mobile reste encore inaccessible pour de nombreux utilisateurs de téléphones portables, un SMS avait été envoyé appelant « le peuple sage et révolutionnaire de Téhéran » à se joindre au rassemblement de la place Enghelab et à condamner « les émeutes américano-sionistes ».

Reprenant à son compte le message des autorités, Mme Shahrabi, jeune mère au foyer venue manifester avec son fils, a déclaré à l’AFP que « les États-Unis, Israël, l’Arabie saoudite, ces pays ne veulent pas que nous progressions, que nous nous développions ou que nous vivions en sécurité ».

« Ils ne veulent pas voir que nous soutenons notre Guide », a-t-elle ajouté, « et pour [toutes] ces raisons, ils essaient de nous mettre des bâtons dans les roues ».