(Washington) La justice américaine a condamné vendredi Téhéran à payer 180 millions de dollars au correspondant du Washington Post Jason Rezaian, qui a passé un an et demi dans les prisons iraniennes.

Agence France-Presse

Un tribunal fédéral de Washington a pris cette décision, largement symbolique, à des fins « dissuasives », selon une copie du jugement consultée par l’AFP.  

Le journaliste américano-iranien, en poste à Téhéran, avait été arrêté avec sa femme le 22 juillet 2014, alors que l’Iran venait d’accepter la relance des négociations internationales sur son programme nucléaire, soupçonné de cacher un volet militaire.

Sa femme avait été libérée après deux mois de détention. Accusé d’« espionnage » au profit des États-Unis, il a lui passé 544 jours à la prison d’Evine, dans le nord de Téhéran, où il a subi des mauvais traitements, été privé de sommeil et menacé d’être décapité.

Avec trois autres prisonniers américains, il a finalement été échangé contre sept Iraniens poursuivis aux États-Unis. Sa libération est intervenue le 16 janvier 2016, au premier jour de l’application de l’accord dit « de Vienne » censé garantir le caractère pacifique du programme nucléaire iranien, qui a depuis été dénoncé par Donald Trump.

« L’Iran a arrêté et détenu Jason pour augmenter ses moyens de pression dans les négociations en cours avec les États-Unis », a souligné le juge Richard Leon dans sa décision.  

« Prendre un homme en otage et le torturer pour s’assurer un atout dans des négociations est honteux, mérite une punition » et il faut « dissuader » l’Iran d’un tel comportement, a-t-il ajouté, en fixant à 180 millions de dollars les dédommagements à verser au journaliste, ainsi qu’à sa mère et son frère, qui s’étaient joints à la plainte.

Jason Rezaian a raconté en février s’être senti comme un « pion » dans un jeu d’échecs mondial. « Traité comme un Iranien et troqué comme un Américain », il a dit avoir réalisé pendant sa détention que sa « valeur » était indexée sur les résultats des pourparlers sur le nucléaire.

L’Iran, qui ne reconnaît pas la double nationalité, arrête régulièrement des binationaux. La République islamique nie s’en servir comme moyen de pression dans le jeu diplomatique, mais reconnaît qu’ils puissent faire l’objet d’échanges.