(LATAMNE) Les tunnels se perdent sur des centaines de mètres dans l’obscurité, entrecoupés de grottes jonchées de paillasses et d’ordures : à Latamné, dans le Nord syrien, les forces gouvernementales et leur allié russe pensent avoir découvert un vaste réseau souterrain des groupes djihadistes.

Maxime POPOV
Agence France-Presse

Le dédale est creusé dans une colline rocheuse, voitures et blindés calcinés laissés à l’abandon le long de la route de terre menant à l’entrée de ce réseau souterrain, qui a pu abriter jusqu’à 5000 personnes, selon l’armée russe, organisatrice d’une visite des lieux pour un groupe de médias internationaux, dont l’AFP.

À l’entrée, un mur en brique portant des traces de brûlures donne la voie sur une série de tunnels, parfois à peine assez larges pour pouvoir rester debout, et connecte des pièces creusées à même la roche : salle de prière, atelier de fabrication de drones, toilettes et même une prison, située sur un autre flanc.

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« Nous pensons que le complexe a été creusé il y a quatre ans avec des outils sophistiqués, un équipement dont nous ne disposons pas en Syrie », assure le colonel Rami de l’armée syrienne, en faisant la visite des lieux au milieu de démineurs de l’armée russe.

« Ceux qui se trouvaient ici ont battu en retraite vers le nord. D’abord à Khan Cheikhoun, dans la région d’Idleb, puis encore plus loin lorsque la ville a été prise » par l’armée syrienne fin août, ajoute-t-il.

Selon les forces gouvernementales, le complexe, dont la surface totale n’a pas encore été évaluée et qu’elles ont trouvé abandonné, abritait principalement des combattants du groupe Jaych al-Islam et des djihadistes du Front Fateh al-Cham, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda.

L’AFP n’a pas eu la possibilité de vérifier ces informations de manière indépendante.

Une dizaine de grottes

Au sol, les boîtes de conserve usées et cadavres de bouteilles d’eau en plastique abondent et se mêlent parfois aux vêtements sales, à de la vaisselle abandonnée ou des barils d’essence vides.

Sur les murs, des panneaux de carrelage décorent certaines pièces, tandis que les soldats syriens ont écrit des slogans pro-Assad sur d’autres.

Dans l’une des pièces, des câbles électriques ont été installés pour l’éclairage et pour faire marcher une vieille télévision cathodique, conduits depuis la localité de Latamné distante d’un peu plus d’un kilomètre, selon l’armée russe.

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Dans ce que les soldats syriens pensent être une prison utilisée par les rebelles, à 400 mètres de l’entrée principale, du sang macule encore le sol tandis que plusieurs cellules exiguës sont fermées par de vieilles portes rouillées.

L’armée russe affirme avoir trouvé « une dizaine » de réseaux de grottes similaires dans la région, et d’autres dans celle de Palmyre, reprise en mars 2016 puis une nouvelle fois en 2017 aux djihadistes du groupe État islamique.

L’armée russe estime que le complexe près de Latamné servait notamment d’atelier de fabrication de drone pour les rebelles.  

Les attaques au drone artisanal sont l’une des principales épines dans le pied des forces russes en Syrie à l’heure actuelle et leur base de Hmeimim, dans la région voisine, en est périodiquement victime.  

La dernière attaque en date a eu lieu début septembre, selon l’armée russe.