(Jérusalem) A une semaine des élections législatives, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a promis mardi d’annexer un pan stratégique de la Cisjordanie occupée, une promesse destinée à son électorat de droite mais qui pourrait anéantir « toute chance de paix » selon les Palestiniens.

Stephen WEIZMAN
Agence France-Presse

« Aujourd’hui, j’annonce mon intention d’appliquer, avec un futur gouvernement, la souveraineté d’Israël sur la vallée du Jourdain et la partie nord de la mer Morte », a déclaré M. Nétanyahou lors d’une conférence de presse, précisant que cette mesure serait prise « immédiatement » après une victoire aux législatives du 17 septembre.  

La vallée du Jourdain représente environ 30 % de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967. M. Nétanyahou a précisé vouloir annexer les colonies juives, qui représentent environ 90 % du territoire de la vallée, mais « pas des villages ou des villes arabes comme Jéricho ».  

Ce plan n’affecterait pas « un seul Palestinien », a déclaré M. Nétanyahou disant vouloir profiter du plan de paix américain sur le Moyen-Orient pour annexer d’autres colonies.

Les États-Unis, qui ont apporté un soutien indéfectible à Israël depuis l’accession de Donald Trump à la Maison-Blanche, doivent présenter le détail de leur plan de paix pour le Moyen-Orient après les élections israéliennes.

Ce plan sera « une opportunité historique et unique d’appliquer notre souveraineté sur nos colonies en Judée et Samarie et en d’autres lieux clés pour notre sécurité », a ajouté M. Nétanyahou.  

Trois heures à peine après son annonce, M. Nétanyahou a été évacué d’un meeting dans la ville d’Ashdod après le retentissement de sirènes annonçant des tirs de roquettes imminents depuis la bande de Gaza. L’armée a précisé que deux roquettes tirées depuis l’enclave palestinienne ont été interceptées par le bouclier antimissile.  

Exit la paix ?

Le projet du premier ministre israélien, et chef du parti Likoud (droite), a été reçu comme une nouvelle claque au visage par les Palestiniens.

« C’est une violation flagrante du droit international, c’est du vol de terre flagrant, c’est du nettoyage ethnique. Il détruit non seulement la solution à deux États, mais toute chance de paix, ça change la donne », a déclaré à l’AFP Hanane Achraoui, une cadre de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

« Nétanyahou est à la recherche de votes d’extrême droite en vendant à son public l’illusion qu’il peut occuper les terres palestiniennes pour toujours », a dit à l’AFP Hazem Qassem, porte-parole du mouvement islamiste palestinien Hamas, au pouvoir à Gaza.

La Jordanie, gardienne des lieux saints musulmans à Jérusalem-Est, a averti que cette décision « entraînerait toute la région dans la violence ». La Turquie a pour sa part évoqué une promesse « raciste ».  

« Toute décision d’Israël pour imposer ses lois […] en Cisjordanie occupée » n’aura pas de valeur juridique au niveau international mais « serait dévastatrice pour une potentielle relance des négociations, pour la paix régionale et pour l’essence même de la solution à deux États », a déclaré le porte-parole de l’ONU Stéphane Dujarric.

L’annonce de M. Nétanyahou intervient à une semaine d’élections législatives  qui s’annoncent âprement disputées.

Annonce électoraliste ?

M. Nétanyahou, qui fait campagne à droite et courtise l’électorat des colons juifs favorables à l’annexion de la Cisjordanie, est actuellement au coude-à-coude avec son rival, l’ancien chef de l’armée Benny Gantz, à la tête du parti centriste « Bleu-blanc ».

Ce parti prône aussi l’annexion de la vallée du Jourdain. « Nous sommes heureux de voir que Nétanyahou adopte notre plan […] Mais la relation entre Israël et les États-Unis est plus forte qu’un premier ministre. La propagande de Nétanyahou au peuple israélien arrivera à son terme le 17 septembre », a réagi le parti « Bleu-blanc ».

« Nous comprenons de ce que le premier ministre a dit que (l’annexion) est la carotte du plan de Trump. La question qui demeure est de savoir quel est le bâton ? Que devrons-nous donner ? Que devrons-nous payer ? », a réagi sur la chaîne israélienne Kan, Ayelet Shaked, ancienne ministre à la tête d’une coalition de petits partis de droite pro-colonies.   

Selon des analystes, le premier ministre israélien, qui doit être entendu le mois prochain par la justice dans des affaires de « corruption » et de « malversations », joue sa survie politique dans ces élections.  

A quelques jours des dernières législatives d’avril, qui n’avaient pas débouché sur la formation d’un gouvernement – d’où ce nouveau scrutin –, M. Nétanyahou avait déjà promis d’annexer des colonies juives en Cisjordanie occupée.

Si la colonisation par Israël de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est s’est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens depuis 1967, elle s’est accélérée ces dernières années sous l’impulsion de M. Nétanyahou et de son allié à Washington, Donald Trump.

A ce jour, plus de 600 000 Israéliens mènent une coexistence souvent conflictuelle auprès de trois millions de Palestiniens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.