(Kaboul) Donald Trump a annoncé samedi soir à la surprise générale qu’il mettait fin aux « négociations de paix » engagées il y a un an avec les talibans, qui semblaient pourtant sur le point d’aboutir à un accord historique après dix-huit ans de conflit en Afghanistan.

Emal HAIDARY avec Francesco FONTEMAGGI à Washington
Agence France-Presse

Les talibans n’ont pas réagi dans l’immédiat à cette annonce, dont les répercussions apparaissent encore incertaines.

Le président afghan Ashraf Ghani a pour sa part fait savoir dimanche qu’il demeurait « prêt à travailler avec les États-Unis et d’autres alliés pour arriver à une paix durable ».  

Kaboul ayant été jusqu’ici tenu à l’écart des négociations, le président a jugé que toute future initiative « devrait être menée par l’Afghanistan et le gouvernement afghan », selon son porte-parole Sediq Sediqqi.  

Le président des États-Unis a aussi révélé qu’il devait initialement rencontrer ce dimanche à Camp David, « séparément » et dans le plus grand « secret », Ashraf Ghani, mais aussi « les principaux dirigeants des talibans ».

Une telle rencontre aurait été sans précédent, à quelques jours qui plus est du 18e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 qui avaient provoqué l’intervention militaire américaine en Afghanistan.  

« Ils étaient en route pour les États-Unis ce soir », mais « j’ai immédiatement annulé la réunion », a-t-il précisé sur Twitter.

« Malheureusement, pour tenter à mauvais escient d’accroître la pression », les talibans « ont reconnu un attentat à Kaboul » qui a provoqué la mort d’« un de nos grands grands soldats et de onze autres personnes », a-t-il souligné pour défendre sa décision spectaculaire de « mettre fin aux négociations de paix ».

Cet attentat, survenu jeudi, était le deuxième en quelques jours dans la capitale afghane à avoir été revendiqué par les insurgés. Et ce malgré « l’accord de principe » que le négociateur américain Zalmay Khalilzad affirmait avoir conclu avec eux au cours des pourparlers de Doha.  

« Position de faiblesse »

« S’ils sont incapables d’accepter un cessez-le-feu pendant ces discussions de paix très importantes et sont en revanche capables de tuer douze innocents, alors ils n’ont probablement pas les moyens de négocier un accord significatif. Pendant combien de décennies encore veulent-ils combattre ? », a dit le milliardaire républicain sur Twitter.

« Plus longtemps que les États-Unis », lui a répondu Laurel Miller, la responsable de la diplomatie américaine pour l’Afghanistan et le Pakistan entre 2013 et 2017 et aujourd’hui directrice Asie de l’organisation de prévention des conflits International Crisis Group.

Selon elle, le projet de rencontre secrète avec les dirigeants des talibans « est une grosse surprise ». « Pourquoi l’annuler en raison d’une attaque meurtrière à Kaboul jeudi alors que les talibans ont récemment multiplié les attentats ? Ce n’est pas très clair », dit-elle à l’AFP.

À Kaboul, le directeur de l’Institut afghan d’études stratégiques, Davoud Moradian, a imputé l’échec du processus à Zalmay Khalilzad.

« Il a exclu non seulement le gouvernement afghan, mais aussi d’importants acteurs à Washington et des alliés, dont l’UE, l’OTAN et l’Inde », a-t-il dit à l’AFP. Il lui a aussi reproché d’avoir « donné l’impression que les États-Unis étaient pressés de partir, que l’accord soit applicable ou pas ».       

Dans la capitale afghane et sur les réseaux sociaux, de nombreux Afghans se sont réjouis de la décision américaine. « Au moins, pour la première fois, les talibans vont peut-être regretter leurs attaques et le meurtre d’innocents », a écrit l’un d’eux, Iqbal Ahmad Noor.

« Guerres sans fin »

Donald Trump, qui a promis de « mettre fin aux guerres sans fin », avait donné son feu vert il y a un an à ces négociations directes et inédites avec les talibans.

Un accord était sur le point d’être conclu pour permettre un début de retrait progressif des 13 000 à 14 000 soldats américains en Afghanistan, en échange de garanties contreterroristes de la part des talibans, d’une « réduction de la violence » et de l’ouverture de négociations de paix directes avec les autorités de Kaboul, ce à quoi les insurgés s’étaient jusqu’ici toujours refusés.

Dimanche, le gouvernement afghan a estimé « avoir le mandat et la volonté du peuple pour participer à des pourparlers », selon M. Sediqqi.

Les autorités afghanes avaient exprimé leur « préoccupation » cette semaine sur le projet d’accord, craignant de faire les frais d’une entente entre les talibans et Washington.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo avait initialement dit espérer une entente avant le 1er septembre pour que ces négociations interafghanes puissent commencer avant l’élection présidentielle prévue pour le 28 septembre en Afghanistan.

Et Donald Trump, qui juge de longue date que ce conflit a coûté trop d’argent et de vies aux États-Unis, avait clairement fait savoir qu’il voulait battre le rappel des troupes avant de briguer un second mandat en novembre 2020.