(Téhéran) L’Iran a affirmé lundi avoir mis en garde Washington contre une saisie de son pétrolier, qui a quitté la veille les eaux du territoire britannique de Gibraltar où il était retenu depuis des semaines et dont la destination finale reste floue.

David VUJANOVIC
Agence France-Presse

Selon le site de suivi du trafic maritime Marine Traffic, le pétrolier iranien qui était immobilisé depuis le 4 juillet au large de Gibraltar a levé l’ancre dimanche et navigue vers l’est. Les autorités de Gibraltar n’ont pas confirmé son départ.

D’après ce même site, le navire doit rejoindre le port grec de Kalamata, mais aucune confirmation officielle n’a pu être obtenue. Cité par l’agence officielle IRNA, un responsable portuaire iranien, Jalil Eslami, a affirmé que le pétrolier se trouvait désormais dans les eaux internationales.

Mais il persiste un flou total sur sa destination finale et sur le sort de sa cargaison.

Gibraltar avait arraisonné ce pétrolier, soupçonné de transporter du pétrole vers la Syrie, en application des sanctions européennes contre ce pays. Il a été autorisé jeudi à repartir quand Téhéran a assuré que la cargaison de 2,1 millions de barils ne serait pas livrée à la Syrie.

Rebaptisé Adrian Darya, le pétrolier est passé sous pavillon iranien, et le drapeau du pays flotte à sa poupe. Il naviguait auparavant sous pavillon panaméen et portait le nom de Grace 1.

« Aucune base juridique »

Les autorités de Gibraltar ont refusé dimanche la saisie demandée par Washington en application de sanctions prévues par une loi américaine.

« En vertu du droit européen, Gibraltar est dans l’impossibilité de prêter l’assistance demandée par les États-Unis », ont-elles dit dans un communiqué.

Accusant à nouveau Washington de mener « une guerre économique » à l’Iran, le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a qualifié lundi la demande américaine de « parodie de justice », lors d’une conférence de presse à Helsinki.

Téhéran ne « peut pas être transparent concernant la destination de notre pétrole parce que les États-Unis essayent illégalement d’intimider les autres pour ne pas acheter notre pétrole », a-t-il ajouté.

Alors qu’Adrian Darya a repris la mer, l’Iran a mis en garde les États-Unis, par l’intermédiaire de son ambassade en Suisse – qui représente les intérêts américains –, en cas de nouvelle saisie du navire.

« L’Iran a envoyé les avertissements nécessaires aux responsables américains par les canaux officiels […] de ne pas faire une telle erreur parce qu’elle aurait de graves conséquences », a déclaré à la presse Abbas Moussavi, porte-parole des Affaires étrangères iraniennes.

La décision des autorités de Gibraltar de relâcher le pétrolier est un « coup porté à l’unilatéralisme des États-Unis », s’est-il encore réjoui.

« Les Américains n’ont pas eu beaucoup de succès avec leurs sanctions unilatérales qui n’ont aucune base juridique. Ils devraient comprendre que l’intimidation et l’unilatéralisme ne peuvent aller nulle part dans le monde aujourd’hui », a-t-il ajouté.

L’arraisonnement du Grace 1 avait provoqué une grave crise diplomatique entre Londres et Téhéran, qui démentait que le navire fasse route vers la Syrie.

Lundi, Ebrahim Raïssi, chef de l’Autorité judiciaire iranienne a déclaré sur la TV d’État que Téhéran devrait réclamer des dommages et intérêts à Londres.

Pour l’analyste de Commerzbank, Carsten Fritsch, il ne peut y avoir « aucun autre acheteur en Méditerranée que le régime syrien sous sanctions », en raison des sanctions américaines contre Téhéran.

Quinze jours après l’arraisonnement du Grace 1, l’Iran a saisi un pétrolier britannique, le Stena Impero, dans le détroit d’Ormuz.

Celui-ci reste aux mains des autorités iraniennes, qui ont ensuite saisi deux autres pétroliers, aggravant la tension dans une région où plusieurs navires ont été attaqués ou endommagés par des mines et où un drone américain a été abattu par l’Iran.

« Aucun lien »

Le président américain Donald Trump s’est retiré en 2018 d’un accord international permettant d’encadrer l’industrie nucléaire iranienne, conclu en 2015 avec l’Iran, la France, la Russie, la Grande-Bretagne, la Chine et l’Allemagne, et a rétabli des sanctions draconiennes contre Téhéran.

Les Européens ont tenté de persuader l’Iran de continuer à respecter l’accord, et essayé de limiter l’impact des sanctions que Washington veut appliquer à toutes les sociétés commerçant avec l’Iran.

Mais Téhéran a jugé ces efforts insuffisants, et commencé ces dernières semaines à s’affranchir de certains termes de l’accord de 2015.

Lundi, le porte-parole iranien a rejeté tout lien entre la saisie du pétrolier iranien au large de Gibraltar et celle du pétrolier battant pavillon britannique.

« Il y a eu deux ou trois violations maritimes commises par ce navire », a dit M. Moussavi en référence au Stena Impero battant pavillon britannique et propriété d’un armateur suédois.

« Le tribunal se penche sur ce cas ». « Nous espérons que l’enquête sera terminée dès que possible et que le verdict sera rendu » prochainement, a-t-il ajouté.

Conduit dans le port iranien de Bandar Abbas pour « non-respect du code maritime international », le Stena Impero est accusé d’avoir ignoré des appels de détresse et d’avoir éteint son transpondeur après être entré en collision avec un bateau de pêche.

Le navire a un équipage de 23 personnes, dont 18 Indiens. Le reste vient des Philippines, de Lettonie et de Russie.