(Dubaï) Les deux pétroliers endommagés par des attaques dans la région du Golfe ont été mis en sécurité dimanche, l’Arabie saoudite incriminant à son tour l’Iran et prévenant qu’elle réagira à toute menace.

Mohamed HASNI
Agence France-Presse

Après Washington et Londres, Riyad, premier exportateur mondial de pétrole, a accusé le « régime iranien » de ces attaques non revendiquées ayant eu lieu jeudi en mer d’Oman.

Grand rival régional de l’Arabie saoudite et ennemi des États-Unis, l’Iran a nié toute implication dans ces attaques survenues près du détroit d’Ormuz, par lequel transite le tiers du pétrole transporté par voie maritime dans le monde, et qui ont fait bondir le prix du brut.

« Le régime iranien n’a pas respecté la présence du premier ministre japonais à Téhéran et a répondu à ses efforts en attaquant deux pétroliers, dont l’un était japonais », a accusé le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, en référence à la visite jeudi de Shinzo Abe, qui ambitionnait de faire baisser les tensions entre Téhéran et Washington.

« Nous ne voulons pas une guerre dans la région […] Mais nous n’hésiterons pas à réagir à toute menace contre notre peuple, notre souveraineté, notre intégrité territoriale et nos intérêts vitaux », a-t-il averti, dans une interview au quotidien Asharq al-Awsat publiée dimanche.

Washington a rapidement accusé l’Iran d’être responsable des attaques. Le Pentagone a publié vendredi une vidéo présentée comme l’accostage d’un des navires par une vedette rapide des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique iranienne, retirant une « mine ventouse non explosée » de la coque du pétrolier.

Dimanche, le commandement américain au Moyen-Orient (Centcom) a indiqué qu’un missile iranien avait en vain tenté d’abattre un drone américain en mission de surveillance après l’attaque du méthanier japonais Kokuka Courageous, l’un des deux navires attaqués.

L’autre navire, le Front Altair, un tanker propriété de la compagnie Frontline cotée à la Bourse d’Oslo qui transportait du naphta, avait lui aussi été stoppé jeudi en mer d’Oman par des explosions d’origine inconnue.

Plusieurs pays ont demandé davantage de preuves avant de tirer une conclusion. La Russie a mis en garde contre des « accusations gratuites ».

En Iran, le président du Parlement Ali Larijani a insinué que les États-Unis pourraient être responsables des « actions suspectes sur les tankers ».

« Liberté de navigation »

Le navire japonais « est arrivé en toute sécurité au mouillage désigné à Charjah » aux Émirats arabes unis, a indiqué dimanche son armateur. « L’évaluation des avaries et la préparation du transfert de la cargaison commenceront dès que les autorités portuaires auront achevé contrôles et formalités habituels ». L’équipage, secouru par l’US Navy, reste à bord.

Lors de l’attaque, l’équipage a dit avoir vu un « objet volant » se diriger vers le tanker puis une explosion.

Le Front Altair a lui été remorqué et se trouve au large de Fujairah aux Émirats, ont annoncé ses propriétaires et opérateurs.

« Les premières inspections sont en cours et aucune anomalie n’a été détectée », ont-ils indiqué. Les 23 membres d’équipage, secourus par l’Iran, se trouvent désormais à Dubaï.

Samedi, Riyad et Abou Dabi ont appelé à la sécurisation des approvisionnements en énergie venant du Golfe après ces attaques survenues un mois après le sabotage de quatre navires, dont trois pétroliers, au large des Émirats, également attribuées par Washington à Téhéran, qui a démenti.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a affirmé dimanche que son pays garantirait « la liberté de navigation par le détroit » d’Ormuz, sans s’étendre sur les différentes options envisagées.

« Nous ne voulons pas la guerre. Nous avons fait ce que nous pouvions pour l’empêcher », a-t-il ajouté sur la chaîne Fox News, soulignant que Washington continuerait à agir « pour dissuader l’Iran d’avoir ce […] type de comportement ».

Drones

Les relations entre l’Iran et les États-Unis se sont détériorées après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, qui s’est retiré en 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien et a rétabli des sanctions économiques contre l’Iran.  

Début mai, Washington a ont envoyé des renforts militaires au Moyen-Orient, accusant l’Iran de préparer des attaques « imminentes ».

La tension est également alimentée par la multiplication d’attaques des rebelles yéménites contre l’Arabie saoudite, qui dirige une coalition militaire contre les Houthis au Yémen voisin en guerre.

Le prince héritier saoudien a répété que son pays n’accepterait pas « de milices iraniennes à ses frontières ». Riyad accuse l’Iran d’armer les Houthis, ce que nie Téhéran.

Le royaume saoudien a annoncé samedi l’interception d’un nouveau drone lancé par les Houthis contre la ville d’Abha (sud), où l’aéroport international avait déjà été visé mercredi.

Mike Pompeo a indiqué dimanche sur la chaîne CBS qu’un drone américain avait été abattu le 6 juin par un missile tiré depuis le Yémen avec « une assistance iranienne ».