La confrontation entre le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et l'ancien général qui est son principal adversaire pour les prochaines législatives tourne au corps-à-corps, les deux hommes s'envoyant à la face leur faits d'armes passés.

STEPHEN WEIZMAN AGENCE FRANCE-PRESSE

L'ancien chef d'état-major Benny Gantz s'était plutôt tenu au-dessus de la mêlée jusqu'alors, critiquant M. Nétanyahou mais le qualifiant aussi de « patriote ».

Répondant aux attaques répétées de M. Nétanyahou - et aux sondages moins favorables récemment, disent les commentateurs politiques -, M. Gantz a fini par descendre dans l'arène mardi soir lors d'une réunion publique de son parti, Résilience.

Il a évoqué le bon temps passé à ses yeux par M. Nétanyahou aux États-Unis quand il étudiait et travaillait dans le monde des affaires, alors que lui-même crapahutait comme soldat.

« Tandis que je rampais dans des trous boueux avec les soldats en plein hiver et dans la nuit glaciale, toi, Benyamin Nétanyahou, tu quittais Israël pour améliorer ton anglais et le pratiquer dans des cocktails chics », a-t-il dit.

En près de 13 ans de pouvoir, M. Nétanyahou et son entourage « sont devenus accros aux plaisirs du pouvoir, à la corruption et à l'hédonisme », a-t-il dit, dans une allusion aux enquêtes pour corruption présumée qui visent le premier ministre sortant.  

« Benny Gantz, honte à toi », a immédiatement répliqué M. Nétanyahou dans une vidéo publiée par son parti, le Likoud (droite). Elle vante non seulement ses mérites militaires, mais aussi sa maîtrise de l'anglais, bien utile à Israël.

Boxe thaïe

« Tu lances des attaques contre moi, qui ai commandé de nombreuses opérations derrière les lignes ennemies, qui ai été blessé en libérant les otages de l'avion de la Sabena... qui ai risqué ma vie plus d'une fois pour notre pays », a-t-il déclaré sur fond d'images en noir et blanc montrant un Nétanyahou bien plus jeune s'entraînant avec la Sayeret Matkal, forces spéciales auxquelles ils appartenaient.

M. Nétanyahou a été touché au bras par un camarade du commando alors qu'ils prenaient d'assaut un avion de ligne de la Sabena à destination de Tel-Aviv détourné avec ses passagers par des Palestiniens en 1972.  

Les campagnes électorales israéliennes sont toujours féroces et celle en vue des législatives anticipées du 9 avril n'est pas partie pour faire exception.

« On se bat pour la couronne, on se salit », explique l'analyste politique Hanan Kristal sur la radio publique. « C'est de la boxe thaïlandaise, il n'y a pas de règles, on se donne des coups en dessous de la ceinture ».  

M. Gantz cherche à « montrer à la droite qu'il n'a pas peur de Nétanyahou », estime-t-il.

Le ton s'est envenimé depuis que M. Gantz a lancé sa campagne le 29 janvier. Le Likoud s'est employé à faire passer M. Gantz pour un gauchiste alors qu'il est plutôt classé au centre droit, et un faible.

Cette semaine, le Likoud a porté des accusations,  non étayées, selon lesquelles M. Gantz, quand il était encore chef d'état-major, s'était entendu avec l'administration Obama sur un projet de retrait israélien complet des territoires palestiniens occupés.  

« Mensonges »

« Mensonges, mensonges, mensonges », a répliqué le parti de M. Gantz.  

M. Nétanyahou et le Likoud sont favoris des sondages. Cependant, la possibilité que le procureur général n'annonce avant le 9 avril son intention d'inculper le premier ministre dans plusieurs affaires de corruption présumée pèse sur la campagne.  

Après l'impulsion donnée par son entrée en campagne, les projections en sièges établies à partir des sondages sont passées de 21 ou 24, à 18 ou 20 pour Résilience, sur un total de 120 à la Knesset (Parlement).  

Benny Gantz a ôté les gants mardi soir avec « un seul objectif en tête : empêcher son parti de reculer dans les sondages », écrit le quotidien Haaretz.

M. Gantz ne pouvait laisser sans réponse les affirmations de M. Nétanyahou, mais aussi celles de son rival centriste, Yaïr Lapid, explique le journal Yediot Aharonot.

« Nétanyahou lance quotidiennement contre lui des attaques totalement dénuées de fondement, Lapid l'a accusé de manquer de mordant, Benny Gantz ne pouvait plus se permettre de rester dans un rôle d'observateur », écrit le commentateur politique Nahum Barnea.  

À la fin de son discours mardi, Benny Gantz a réitéré un appel à Yaïr Lapid pour forger une alliance électorale.