Bain de sang à Gaza pour l'inauguration de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem

Du fait de ce lourd bilan, cette journée... (Photo Khalil Hamra, Associated Press)

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Du fait de ce lourd bilan, cette journée de festivités côté israélien et américain constitue la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de 2014 dans la bande de Gaza.

Photo Khalil Hamra, Associated Press

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Jonah MANDEL, Joe DYKE
Agence France-Presse
Jérusalem et Gaza

Les soldats israéliens ont tué 55 Palestiniens et blessé 2400 autres à la frontière de la bande de Gaza lors de heurts et de manifestations contre l'inauguration de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem, concrétisation l'une des promesses les plus controversées du président Donald Trump.

Cette journée de lundi a été la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de l'été 2014 dans la bande de Gaza.

La direction palestinienne a crié au « massacre » alors que le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a justifié l'usage de la force par le droit d'Israël à défendre ses frontières contre les agissements « terroristes » du mouvement islamiste Hamas, qui gouverne Gaza et auquel Israël a livré trois guerres depuis 2008.

Ces évènements ont suscité une vive inquiétude internationale.

La Turquie et l'Afrique du Sud ont décidé de rappeler leur ambassadeur en Israël.

Les adversaires d'Israël et des organisations de défense des droits de l'Homme ont de nouveau condamné l'État hébreu pour usage disproportionné de la force.

Ses tirs ont tué 109 Palestiniens depuis le début le 30 mars de la « Marche du retour », qui voit des milliers de Gazaouis se rassembler régulièrement le long de la barrière de sécurité entre Israël et l'enclave palestinienne.

Ce chiffre pourrait augmenter puisqu'une nouvelle mobilisation est prévue près de la frontière mardi, jour où les Palestiniens commémorent la « Nakba », la « catastrophe » qu'a constituée pour eux la création d'Israël en 1948 et qui a été synonyme d'exode pour des centaines de milliers d'entre eux.

« Tous les moyens »

Tandis qu'à Jérusalem officiels américains et israéliens ont célébré un moment « historique » dans l'enceinte de la nouvelle ambassade, dans la bande de Gaza, dont la périphérie avait été déclarée zone militaire close, des dizaines de milliers de Palestiniens ont protesté toute la journée.

Les plus résolus ont affronté les tirs des soldats israéliens en allant lancer des pierres et en tentant de forcer la barrière.

Israël avait prévenu qu'il emploierait « tous les moyens » pour empêcher toute incursion en Israël de Palestiniens susceptibles de s'en prendre aux populations civiles riveraines.

Le Koweït a demandé une réunion en urgence mardi du Conseil de sécurité de l'ONU. Pour leur part, les États-Unis ont bloqué lundi l'adoption d'un communiqué du Conseil de sécurité qui entendait exprimer son « indignation et sa tristesse face à la mort de civils palestiniens exerçant leur droit à manifester pacifiquement ».

L'ONG Amnestie internationale est allée jusqu'à évoquer des « crimes de guerre ».

L'Union européenne et Londres ont appelé à la retenue, Paris a « condamné les violences ».

L'Iran a dénoncé un « jour de grande honte ».

La Turquie a accusé Israël de « terrorisme d'État » et de « génocide », estimant que les États-Unis partageaient la responsabilité du « massacre » à Gaza.

L'État hébreu réfute le caractère proclamé pacifiste de la mobilisation à Gaza et dit qu'elle sert de couverture aux tentatives du Hamas de s'infiltrer en Israël.

Selon l'armée israélienne, au moins trois équipes d'hommes en armes ont essayé de disposer des explosifs le long de la barrière et plusieurs membres du Hamas se sont déguisés en civil pour se fondre parmi les manifestants. Israël a bombardé lundi plusieurs positions du mouvement islamiste.

« Grand jour »

Dans l'enceinte de l'ambassade américaine, dont les alentours avaient été bouclés par des centaines de policiers, rien n'aurait permis de discerner ce qui se passait à Gaza.

Seul le conseiller et gendre de M. Trump, Jared Kushner, présent avec son épouse Ivanka - la fille du président Trump - parmi des centaines d'invités, a paru faire une référence oblique aux évènements.

« Ceux qui provoquent les violences font partie du problème, pas de la solution », a-t-il dit.

M. Trump a de son côté salué le transfert à Jérusalem de l'ambassade des États-Unis comme « un grand jour pour Israël ».

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël par M. Trump, concrétisée par le transfert de l'ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, constitue une rupture avec des décennies de diplomatie américaine et de consensus international.

La décision américaine comble les Israéliens qui y voient la reconnaissance d'une réalité de 3000 ans pour le peuple juif. Elle coïncide avec le 70e anniversaire de la création de l'État d'Israël.

Le statut de Jérusalem est l'une des questions les plus épineuses de l'insoluble conflit israélo-palestinien.

Israël, qui s'est emparé de Jérusalem-Est en 1967 et l'a annexée, considère tout Jérusalem comme sa capitale « éternelle » et « indivisible ». Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l'État auquel ils aspirent.

Pour la communauté internationale, Jérusalem-Est reste un territoire occupé et les ambassades ne doivent pas s'installer dans la ville tant que le statut n'en a pas été réglé par la négociation.

Retour sur la décision de Donald Trump

Retour sur les événements depuis la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d'Israël, en décembre, à l'inauguration lundi de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem.

Décision-choc

Le 6 décembre 2017, le président américain déclare qu«'il est temps d'officiellement reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël», rompant avec ses prédécesseurs et passant outre aux mises en garde venues de toutes parts.

La décision américaine déclenche la réprobation de la communauté internationale. Elle ulcère les Palestiniens, qui y voient la négation de leur revendication sur la partie orientale de la Ville sainte, annexée et occupée par Israël.

Le président palestinien Mahmoud Abbas juge que les États-Unis sapent «délibérément tous les efforts de paix» et abandonnent leur rôle de «parrain du processus de paix».

En Israël, le premier ministre Benyamin Nétanyahou salue un «jour historique».

«Colère»

Le 7 décembre, en Cisjordanie occupée, des heurts opposent jeunes Palestiniens et soldats israéliens. Grève générale largement suivie.

Le lendemain, les Palestiniens, appelés à un «jour de colère» à Jérusalem, en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza, affrontent par milliers soldats et policiers israéliens. Des dizaines de milliers de personnes manifestent dans plusieurs pays arabes et musulmans.

À l'ONU, les ambassadeurs de France, Royaume-Uni, Italie, Suède et Allemagne affirment que cette décision «n'est pas conforme aux résolutions du Conseil de sécurité».

Jérusalem-Est

Le 13 décembre, des leaders musulmans appellent le monde à reconnaître Jérusalem-Est comme capitale d'un État palestinien, à l'issue d'un sommet extraordinaire de l'Organisation de la Coopération islamique (OCI) à Istanbul.

Mahmoud Abbas affirme qu'il n'y aura «ni paix ni stabilité» sans que la partie arabe occupée de la Ville sainte ne soit reconnue comme capitale palestinienne.

ONU

Le 18 décembre, les États-Unis mettent leur veto à une résolution de l'ONU condamnant leur reconnaissance unilatérale de Jérusalem, un texte approuvé par leurs partenaires au Conseil de sécurité.

Le 21, l'Assemblée générale de l'ONU adopte à une large majorité une résolution condamnant la reconnaissance par Washington de Jérusalem comme capitale d'Israël. Sur les 193 pays membres, 128 votent pour cette résolution et neuf contre, 35 pays décidant de s'abstenir.

«Claque du siècle»

Le 14 janvier 2018, Mahmoud Abbas qualifie l'offre de paix de Donald Trump de «claque du siècle», en référence à la volonté du président américain de présider à «l'accord ultime» entre Israéliens et Palestiniens.

Le 16 janvier, le département d'État américain annonce retenir jusqu'à nouvel ordre le versement de 65 millions de dollars d'aide destinés à l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA). Même si Washington assure que cette décision n'est pas liée aux tensions sur Jérusalem, elle crispe davantage la relation avec les Palestiniens.

Escalade

Le 22 janvier, le vice-président américain Mike Pence est reçu avec les honneurs en Israël, dans le cadre d'une tournée au Moyen-Orient sans le moindre contact avec les Palestiniens.

Le 25, Donald Trump accuse les Palestiniens de «manquer de respect (aux États-Unis) en refusant de recevoir» Pence. Il conditionne le versement aux Palestiniens de «centaines de millions de dollars» d'aide à leur retour aux négociations. «Le sujet le plus difficile des discussions était Jérusalem. Nous avons retiré Jérusalem (des pourparlers), donc nous n'avons plus à en discuter», dit-il.

Le 20 février, Mahmoud Abbas réclame au Conseil de sécurité «une conférence internationale» à la mi-2018, point de départ d'un «mécanisme multilatéral» pour créer un État palestinien.

Le 19 mars, il qualifie de «fils de chien» l'ambassadeur américain en Israël David Friedman.

«Marche du retour»

Le 30 mars, début d'un mouvement de contestation baptisé «la marche du retour» près de la frontière entre la bande de Gaza et Israël. Cette marche revendique le droit des Palestiniens de retourner sur les terres dont ils ont été chassés ou qu'ils ont fuies à la création d'Israël en 1948.

Ambassade des États-Unis à Jérusalem

Le 14 mai, l'inauguration de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem se traduit par un bain de sang dans la bande de Gaza. 52 Palestiniens sont tués par des soldats israéliens à la frontière, où des dizaines de milliers de personnes manifestent contre le transfert de l'ambassade.

Ces décès portent à 106 le nombre de Palestiniens tués dans la bande de Gaza depuis le 30 mars.




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