Campagne de boycottage: l'inquiétude monte en Israël

Le secrétaire d'État américain John Kerry (à gauche)... (PHOTO BRENDAN SMIALOWSKI, ARCHIVES REUTERS)

Agrandir

Le secrétaire d'État américain John Kerry (à gauche) a suscité la colère des leaders israéliens la semaine dernière, en évoquant la possibilité d'un boycottage économique de plus grande envergure si les nouvelles négociations de paix avec la Palestine n'aboutissaient pas.

PHOTO BRENDAN SMIALOWSKI, ARCHIVES REUTERS

La campagne de boycottage international envers Israël se retrouve sous les projecteurs depuis l'affaire Scarlett Johansson et SodaStream. Alors que les négociations de paix israélo-palestiniennes piétinent, plusieurs voient le boycottage comme une façon d'obtenir le retrait des colonies juives dans les territoires occupés. Avec des milliards de dollars en jeu, Israël prend la chose au sérieux. De «ScarJo» à Neil Young, le tour de la question en 10 mots.

Scarlett Johansson

Faut-il boycotter les produits israéliens? La question s'est posée récemment quand Scarlett Johansson s'est associée à la marque de machines à boissons gazeuses SodaStream. Plusieurs organisations pro-palestiniennes et humanitaires - dont Oxfam - ont critiqué «ScarJo» pour ce partenariat, l'usine de SodaStream étant située dans une colonie juive de Cisjordanie. L'actrice a répliqué en renonçant à son poste d'ambassadrice pour Oxfam. Une décision que le ministre canadien des Affaires étrangères, Jason Kenney, a publiquement appuyée en «twittant» son soutien à l'entreprise israélienne.

 BDS

Lancé en 2005, le mouvement BDS (Boycottage, désinvestissement, sanctions) est au centre de la campagne de boycottage visant Israël. Créé par diverses organisations civiles palestiniennes, BDS vise à exercer des pressions de toutes natures, économiques, politiques, universitaires et culturelles sur l'État hébreu, pour obtenir la «reconnaissance des droits fondamentaux des Palestiniens» et le démantèlement des colonies juives de Cisjordanie et de Jérusalem-Est, illégales au regard du droit international. Bien qu'il soit encore limité, le mouvement commence à gagner du terrain, particulièrement en Europe.

 Europe

Premier partenaire commercial d'Israël, l'Union européenne exclut depuis janvier tout partenariat avec des institutions et entreprises israéliennes opérant dans les territoires occupés. Des fonds néerlandais et norvégiens viennent en outre de retirer leur participation dans des banques israéliennes qui financent la colonisation. En décembre, l'entreprise d'eau embouteillée hollandaise Vitens a mis un terme à son association avec son homologue israélienne Mekorot. En Angleterre, la chaîne de supermarchés Co-op et les magasins Marks&Spencer ne vendent plus de produits importés des colonies. En Irlande, en Belgique, en Danemark et en Allemagne, des dizaines d'autres entreprises publiques et privées ont posé des gestes analogues.

 Universités

Le boycottage américain est avant tout universitaire. En décembre, l'Association des études américaines (ASA), le plus vieux regroupement de chercheurs et d'universitaires aux États-Unis, a annoncé un boycottage d'Israël. Au Canada, l'association des étudiant(e)s des cycles supérieurs de l'Université Concordia appuie officiellement le mouvement BDS depuis un an, tout comme celles des Universités de Toronto, York, Regina et Carleton.

 Apartheid

Le mouvement Boycottage, désinvestissement, sanctions (BDS) voudrait que sa campagne soit comparée aux sanctions antiapartheid des années 80, qui avaient contribué à la chute du gouvernement sud-africain. Le mois dernier, le ministre israélien des Finances Yaïr Lapid a affirmé qu'il fallait agir «d'urgence» pour contrer le boycottage, évoquant lui aussi le régime d'apartheid. Mais attention aux raccourcis, souligne Dan O'Meara professeur de sciences politiques à l'UQAM. «Il faut distinguer boycottage et sanctions. Le boycottage sud-africain avait éveillé les consciences, mais son impact économique avait été minime. Ce sont surtout les sanctions économiques des États qui avaient joué dans l'équation, notamment venant des États-Unis. Dans le cas d'Israël, on n'en est pas encore là.»

 Antisémitisme

Le secrétaire d'État américain John Kerry a suscité la colère des leaders israéliens la semaine dernière, en évoquant la possibilité d'un boycottage économique de plus grande envergure si les nouvelles négociations de paix avec la Palestine, dont l'échéance est prévue pour le 29 avril, n'aboutissent pas. Des membres du cabinet du premier ministre Benyamin Nétanyahou ont accusé Kerry d'appuyer une campagne «antisémite» en s'exprimant de la sorte.

 Inquiétude

Le ministre des Finances israélien Yair Lapid affirme qu'un boycottage accru porterait un «coup très dur» à l'économie du pays. Selon un rapport de son ministère, un boycottage de grande ampleur pourrait entraîner des pertes allant jusqu'à 5,7 milliards US et la suppression directe de près de 10 000 emplois, ce qui pourrait affecter 67% des familles israéliennes. Le premier ministre Benyamin Nétanyahou a admis en juin que le mouvement Boycottage, désinvestissement, sanctions (BDS) constituait une «menace stratégique pour Israël», avant d'affirmer que cette campagne «immorale et injuste n'atteindrait pas son but». Selon un sondage du Peace Index, 49% des Israéliens estiment qu'Israël pourrait surmonter un tel boycottage, alors que 47% ne partagent pas cet avis.

 Millions

Dimanche, le premier ministre Benyamin Néthanyahou a réuni trois de ses ministres pour discuter des moyens de lutter contre une progression du boycottage. La ministre de la Justice, Tzipi Livni, non conviée à cette réunion, aurait pour sa part proposé un plan de 100 millions de shekels (environ 28 millions US) pour riposter aux organisations pro-boycottage et faire face à cette campagne de «déligitimisation».

 Cible

Rex Brynen, professeur de sciences politiques à McGill, croit que la campagne BDS restera inefficace tant que sa cible ne sera pas mieux identifiée. Or, pour l'instant, dit-il, la campagne manque de cohérence. «Le mouvement est décentralisé. Il manque de clarté sur les objectifs. On ne sait pas s'il vise les colonies israéliennes ou Israël lui-même. Cela a pour effet de troubler les perceptions et cela n'aide pas vraiment la cause. Alors, pour l'instant, je ne crois pas que les dommages soient énormes. Il y a un certain effet, mais l'impact est plus symbolique que politique.»

 Neil Young

Ces dernières années, le groupe U2, le rappeur Snoop Doggy Dog, le guitariste Santana, de même que les chanteurs Jon Bon Jovi et Elvis Costello ont tous annulé leurs concerts en Israël pour des motifs politiques. Ardent promoteur du boycottage, l'ex-Pink Floyd Roger Waters a par ailleurs publiquement savonné Scarlett Johansson, il y a deux semaines, pour son partenariat avec SodaStream. Les regards sont maintenant tournés vers Neil Young, qui doit donner un concert l'été prochain à Tel-Aviv. Ira? Ira pas?




la boite: 1600127:box; tpl: 300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer