Saëb Erakat, qui conduira l'équipe palestinienne la semaine prochaine à Washington pour préparer la reprise de pourparlers de paix avec Israël, est depuis près de 20 ans l'avocat éloquent de la cause palestinienne.

Selim SAHEB ETTABA AGENCE FRANCE-PRESSE

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Cet universitaire de 58 ans, qui s'exprime dans un anglais parfait, non dénué d'humour, a fait partie de toutes les équipes de négociateurs avec Israël depuis 1991, à l'exception notable de celle qui discuta secrètement les accords d'Oslo en 1993.

Né à Jérusalem, M. Erakat, est un interlocuteur incontournable pour les émissaires étrangers, accoutumés à ses formules, devenues parfois mécaniques à force de répétition.

Député depuis 1996, il fut un proche de Yasser Arafat, leader historique du mouvement national palestinien même s'il ne l'a pas suivi dans ses exils successifs, en Jordanie, au Liban ou en Tunisie, avant son retour à Gaza en 1994.

Il est élu en 2009 au comité central du mouvement Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas et au Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Ce suave tacticien, qui sait aussi jouer du registre de l'indignation, a été un des artisans des négociations sur un règlement final du conflit avec Israël, du sommet manqué de Camp David en juillet 2000 aux pourparlers lancés en septembre 2010 à Washington, interrompus moins d'un mois après leur lancement en grande pompe en raison du désaccord sur la colonisation juive.

Nommé en 2003 chef de l'équipe de négociations de l'OLP, il a démissionné de ce poste en février 2011 en raison de la divulgation de centaines d'archives sur les pourparlers avec Israël de 1999 à 2010, diffusées par la chaîne Al-Jazira du Qatar.

Il entendait ainsi assumer la «responsabilité qu'il assumait pour le vol de documents dans son bureau», qui selon lui ont été «falsifiés».

Les responsables palestiniens étaient parvenus à limiter les dégâts provoqués par la publication de ces documents montrant des négociateurs palestiniens, notamment M. Erakat, prêts à des concessions importantes sans contreparties apparentes d'Israël sur certains dossiers cruciaux, comme Jérusalem-Est et le sort des réfugiés.

Bien que ces documents n'aient pas provoqué de véritables remous dans une opinion palestinienne désabusée, sa position était fragilisée depuis l'annonce que le principal responsable présumé des fuites était un employé du département des négociations de l'OLP, qu'il dirigeait.

M. Erakat avait indiqué que l'enquête s'orientait vers trois ressortissants de nationalités américaine, britannique et française.

Mais ce vieux routier de la diplomatie est insensiblement parvenu à reprendre sa place de principal négociateur palestinien, malgré l'ambition de plus en plus manifeste de certains de ses collègues de le supplanter.

Ex-journaliste au quotidien indépendant Al-Qods de Jérusalem-Est, Saëb Erakat est docteur en polémologie de université britannique de Bradford et a enseigné à l'université An-Najah de Naplouse (Cisjordanie) de 1979 à 1991.

Il a écrit une dizaine de livres et vit à Jéricho, en Cisjordanie, près de Jérusalem.