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Présidentielle iranienne: le képi contre le turban

Hassan Rohani (à gauche) et Mohammad Bagher Ghalibaf.... (PHOTOS: REUTERS/AP)

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Hassan Rohani (à gauche) et Mohammad Bagher Ghalibaf.

PHOTOS: REUTERS/AP

C'est aujourd'hui que les Iraniens votent pour choisir un nouveau président pour remplacer Mahmoud Ahmadinejad. La campagne, qui s'annonçait morne avec une majorité de candidats appartenant à la faction conservatrice, a connu des rebondissements de dernière minute. Le plus récent sondage réalisé par une firme basée aux États-Unis met nez à nez deux candidats. Dans le coin réformiste: l'ayatollah Hassan Rohani. Dans le coin conservateur: le maire de Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf. Portraits.

MOHAMMAD BAGHER GHALIBAF OU LE MAIRE AU MANTEAU DE CUIR

En plein milieu de la campagne électorale présidentielle iranienne, un enregistrement compromettant a fait surface.

Selon ceux qui ont obtenu la bande sonore, on y entend Mohammad Bagher Ghalibaf, l'actuel maire de Téhéran et candidat conservateur, s'adresser à un groupe de jeunes miliciens islamistes, les basidjis. Pendant deux heures, il relate ses «exploits» lors de manifestations étudiantes, critiques du régime islamique.

«Des photos me montrent sur une motocyclette. Même si j'étais un haut gradé de l'armée, j'ai battu moi-même avec des bâtons des manifestants dans la rue et j'en suis fier», peut-on entendre sur l'enregistrement qu'a obtenu la Campagne pour les droits de l'homme en Iran et qui a été diffusé à la radio iranienne de la BBC.

Confronté sur le sujet pendant les débats électoraux, Mohammad Bagher Ghalibaf est resté vague, note Ali Dizboni, professeur au Collège militaire royal de Kingston.

Malgré tout, ces sérieuses allégations semblent avoir peu entaché la campagne de Mohammad Bagher Ghalibaf. Selon un sondage réalisé par une firme basée aux États-Unis et dont les résultats ont été rendus publics cette semaine, le maire de Téhéran récolte près de 25% des intentions de vote, tout juste derrière Hassan Rohani, qui arrive en tête avec un point d'avance.

La popularité du maire de Téhéran est particulièrement marquée au sein de l'électorat féminin. Elles sont plus de 47% à vouloir lui accorder leur vote.

Un Poutine iranien?

Comment expliquer sa popularité? Plusieurs experts croient que sa performance comme maire de Téhéran est en cause. En huit ans, le maire Ghalibaf, qui a succédé à Mahmoud Ahmadinejad, a planté des millions d'arbres, créé 1500 parcs, modernisé le réseau routier de la mégapole encombrée, creusé des tunnels et étendu le réseau de métro avec l'aide d'entreprises chinoises. Les derniers sondages démontrent d'ailleurs que ses partisans sont fortement urbains.

Ou serait-ce son image de dur, amoureux des manteaux de cuir, qui fait monter l'audimètre? Malgré ses jeunes 51 ans, Mohammad Bagher Ghalibaf a eu une longue feuille de route au sein de l'appareil sécuritaire iranien. Il n'avait que 19 ans quand il s'est enrôlé dans les rangs des Gardiens de la révolution, le corps militaire le plus redouté du pays. Héros de la guerre Iran-Irak, le jeune pilote est devenu général à 22 ans. Après la guerre, il a à peine eu le temps de compléter un baccalauréat en géopolitique avant d'être nommé commandant des forces aériennes des Gardiens, puis chef de la police nationale.

«On peut dire qu'il ressemble en quelque sorte à un Vladimir Poutine, ajoute Ali Dizboni. Il vient du coeur du politburo iranien. S'il est élu, il sera à la tête d'un gouvernement d'ordre et de stabilité. Il travaillera beaucoup sur l'économie, mais s'intéressera peu aux principes de libertés individuelles. Et il risque plus que tous les autres candidats de militariser l'État», affirme le professeur.

HASSAN ROHANI OU L'HOMME DU JUSTE MILIEU

Il y a encore un mois, les centaines d'amis iraniens que Sahar Mofidi suit sur Facebook n'avaient pas la moindre intention d'aller voter pour élire leur prochain président.

Pas tant qu'ils ne souhaitaient pas voir leur pays changer. Au contraire, il y a parmi eux de nombreux «vétérans» du mouvement vert, cette vague de protestation qui a déferlé sur Téhéran quand le président Mahmoud Ahmadinejad a été réélu pour un deuxième mandat.

Mais après quatre ans de répression, ces électeurs déçus s'apprêtaient à boycotter le vote d'aujourd'hui, jugeant que de toute manière, les dés étaient pipés. Que leur voix n'y changerait rien.

Puis, le vent a tourné. L'un des candidats réformateurs, Mohammed Reza Aref, s'est désisté au profit du centriste Hassan Rohani. Les appuis en sa faveur se sont alors mis à affluer de toute part: des anciens présidents réformistes Mohammad Khatami et Akbar Hachemi Rafsandjani, jusqu'aux ex-opposants «verts», aujourd'hui en prison.

Sur sa page Facebook, Sahar Mofidi a vu le ton changer. De plus en plus de gens ont eu envie de participer au vote. La plupart avec l'intention d'appuyer Hassan Rohani.

«La vertu se trouve dans le centre»

«Rohani n'est pas un candidat idéal, mais il représente l'espoir d'un changement. Les gens veulent des réformes, même minimes», dit cette Montréalaise d'origine iranienne, qui se réjouit de ce sursaut de participation démocratique chez ses compatriotes.

Mais attention: Hassan Rohani n'est pas précisément un révolutionnaire. Vieux routier de l'appareil étatique iranien, l'ayatollah de 65 ans aime citer un verset du Coran, affirmant que «la vertu se trouve dans le centre», souligne Ali Akbar Mahdi, sociologue à l'université d'État de Californie. Ce qui en fait un candidat juste assez réformiste pour les réformistes, et juste assez acceptable pour le régime des ayatollahs, qui lui «montreront ses limites».

Ce «réformiste acceptable», qui a longtemps dirigé le Conseil de sécurité nationale, a un immense atout dans sa poche: il sait comment discuter du dossier nucléaire avec l'Occident.

Étranglés par les sanctions économiques qui ont eu pour effet de faire exploser les prix, les Iraniens en ont assez de la politique de confrontation d'Ahmadinejad. «À quoi ça sert de faire tourner les centrifugeuses si l'économie ne tourne pas», dit Rohani dans une de ses publicités électorales. Son message fait mouche.

«Hassan Rohani veut faire la paix avec la jeunesse, et il veut faire la paix avec le monde», dit Hanieh Ziaei, spécialiste de l'Iran à la chaire Raoul-Dandurand. Par-dessus tout, il veut restaurer l'image du pays, amochée par huit ans de règne d'Ahmadinejad. Mais en même temps, son turban de religieux rassure l'establishment iranien.

D'allure raide, plutôt coincé, Hassan Rohani n'a rien pour faire vibrer les foules. Mais en ces temps difficiles pour les Iraniens, il ouvre une toute petite fenêtre sur le changement.




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