Chuck Hagel, nommé lundi par le président américain Barack Obama à la tête du Pentagone, a assuré Israël de son «soutien total» alors que des élus républicains lui reprochent de n'avoir pas suffisamment défendu ce pays ou de s'être opposé aux sanctions contre Téhéran.

Mis à jour le 7 janv. 2013
AGENCE FRANCE-PRESSE

Il n'y a «pas la moindre preuve que je sois anti-israélien, pas le moindre vote (de ma part au Sénat, ndlr) qui aurait pu causer du tort à Israël», a affirmé l'ancien sénateur du Nebraska au journal local de cet État du centre des États-Unis, le Lincoln Journal Star.

Le président américain n'a pas relevé ces critiques quand il a annoncé lundi la nomination de M. Hagel comme secrétaire à la Défense. Cette nomination doit cependant encore être confirmée par le Sénat, où les alliés démocrates de M. Obama ne disposent pas de la majorité qualifiée nécessaire. Des voix de sénateurs républicains seront donc nécessaires pour que M. Hagel puisse prendre ses fonctions.

M. Hagel estime que ces élus critiques ont «complètement déformé» son bilan.

Avant sa nomination, M. Hagel affirme avoir «traîné dans un no-man's land sans pouvoir répondre aux accusations, aux contre-vérités», alors qu'il montrait un «soutien total et sans équivoque à Israël».

Certains élus ont vivement dénoncé ses propos passés sur le «lobby juif» ou sur le fait qu'il n'était «pas un sénateur israélien».

Dans un entretien qui pourrait préfigurer les arguments que M. Hagel avancera devant le Sénat, l'ancien sénateur assure qu'il n'avait pas voté pour certaines résolutions soutenues par des organisations pro-israéliennes parce qu'elles étaient «contre-productives».

«En quoi cela fait avancer le processus de paix au Proche-Orient ?», demande M. Hagel. «Ce qui est dans l'intérêt d'Israël, c'est d'aider Israël et les Palestiniens à trouver une manière pacifique de vivre ensemble».

D'autres élus ont reproché à M. Hagel de s'être opposé, dans le passé, à des sanctions économiques contre l'Iran. Les élus américains accusent l'Iran de développer l'arme nucléaire, ce que nie le régime de Téhéran.

M. Hagel explique dans le journal qu'il s'est opposé à des sanctions qui auraient été prises par les seuls États-Unis. «Les sanctions des Nations unies marchent. Quand nous sommes seuls à décréter quelque chose, ça ne marche pas», affirme-t-il.

L'administration Obama, après avoir tendu la main à l'Iran, a cherché à imposer des sanctions par l'intermédiaire de l'ONU. M. Obama a aussi adopté une loi initiée par le Congrès qui punit les pays qui achètent du pétrole iranien, premier produit d'exportation de Téhéran.

Les médias israëliens minimisent l'affaire

Les médias israéliens ont minimisé l'impact sur les relations avec les États-Unis de la nomination lundi comme secrétaire à la Défense de l'ancien sénateur républicain Chuck Hagel, qui avait pris dans le passé des positions jugées anti-israéliennes.

«Barack Obama n'a pas choisi Chuck Hagel en raison de ses opinions sur Israël, et le président ne mènera pas sa politique vis-à-vis d'Israël en fonction des positions de Chuck Hagel», a estimé le commentateur de la deuxième chaîne de télévision privée.

Le président «restera le commandant en chef de la politique extérieure», a ajouté le commentateur en estimant que l'aide militaire américaine à Israël de plus de trois milliards de dollars par an ne devrait pas être affectée.

Une autre chaîne de télévision privée, «la 10», a souligné que Chuck Hagel a été nommé avant tout pour procéder à des coupes dans le budget de la Défense américain. Le commentateur a toutefois rappelé les très mauvaises relations entre M. Hagel et le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, en estimant que l'ancien sénateur «n'est pas un ennemi d'Israël, mais un ennemi de Nétanyahou».

En réponse aux critiques qui lui ont été adressées, Chuck Hagel a pour sa part assuré Israël de son «soutien total».

Avant l'annonce de sa nomination, un des éditorialistes d'Israël Hayom, un quotidien gratuit pro-gouvernemental, avait affirmé que sa promotion au poste de secrétaire à la Défense était «problématique». «Hagel croit que le conflit israélo-palestinien déstabilise le Moyen-Orient. Espérons qu'il y aura des gens au Pentagone qui lui rappelleront de temps en temps l'existence de l'Iran».

En revanche, le quotidien Haaretz (opposition de gauche) rappelle que dans un de ses livres publié en 2008, Chuck Hagel avait affirmé que «l'identité juive d'Israël n'est pas négociable» et que «le lien avec Israël est au coeur de l'approche américaine au Moyen-Orient».

Le journal souligne également que les positions de l'ancien sénateur sur le processus de paix israélo-palestinien sont «partagées par un nombre substantiel d'Israéliens se situant au centre et à gauche de l'échiquier politique».

La nomination de M. Hagel devra être entérinée par le Sénat, où les alliés de M. Obama ne disposent pas de la majorité qualifiée nécessaire pour surmonter une obstruction des républicains, dont certains reprochent à l'ancien sénateur de n'avoir pas suffisamment défendu Israël ou de s'être opposé aux sanctions contre l'Iran.