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Tragédie syrienne: un conflit musulman, les chrétiens bousculés

Le régime syrien a ordonné au père Paolo... (Photo: Fred Chartrand, PC (Archives))

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Le régime syrien a ordonné au père Paolo Dall'Oglio, membre de la communauté jésuite de Syrie et responsable du monastère Mar Moussa Al Habachi, près de Nabak, de quitter la Syrie en juin dernier.

Photo: Fred Chartrand, PC (Archives)

Paolo dall'Oglio a longtemps habité la Syrie, engagé depuis 30 ans dans le dialogue entre chrétiens et musulmans. Jusqu'à son expulsion en juin dernier, le jésuite italien prônait le «sacrement de bon voisinage» qui a permis aux chrétiens de vivre pendant 14 siècles sous domination musulmane. La Presse l'a joint à Rome.

Q Êtes-vous optimiste pour l'avenir de la communauté chrétienne en Syrie, au vu de ce qui se passe en Irak?

R Le risque aujourd'hui, après l'embrasement irakien devant les chrétiens, est qu'il y ait aussi un conflit communautaire intermusulman libanais qui emportera les chrétiens également. Dans les prisons de M. Assad et de son père sont passés sunnites, alaouites, chrétiens et des personnes d'autres confessions aussi. La confessionnalisation du conflit est une opération qui relève de la propagande du régime assassin. Mais beaucoup de chrétiens et même leurs prêtres et évêques ont cru aux mensonges du régime sur le terrorisme islamiste. Les chrétiens n'ont pas été capables de gérer la crise pour être un élément de médiation entre les musulmans. Ce n'est pas nécessairement une persécution ciblée. Mais c'est un fait que dans tout le Proche-Orient, et même plus loin, grandit un élément politique terroriste jihadiste. Ces parties sectaires de la société musulmane font un amalgame qui leur permet de tuer un chrétien au Yémen au nom d'un protestant qui brûle un Coran en Californie. Ils pensent que les chrétiens forment une superorganisation, peuvent être traités comme un ennemi unique. Mais il faut se rappeler que les armées des pays chrétiens sont parmi les plus puissantes du monde. C'est une opération intellectuelle de penser que les gens qu'on élit dans les parlements, ces armées et les convictions religieuses sont des éléments distincts, qu'il n'y a pas de lien entre ces éléments. C'est une incohérence chrétienne qui nuit aux chrétiens dans les pays musulmans.

Q Pourquoi avez-vous été expulsé de Syrie?

R Quand j'ai été expulsé de Syrie à la mi-juin, je parlais contre la violence, pour la démocratie, pour les droits de l'homme, je souhaitais qu'on cesse de pilonner les hôpitaux et d'arrêter les blessés pour les emmener à la torture. Il y a aussi des dérapages graves du côté de l'Armée syrienne libre. Plus la communauté internationale attend, plus il y aura de victimes et de violence. La responsabilité de l'Église orthodoxe russe est étonnante, elle va jusqu'au bout avec Assad au bord du gouffre. Elle est la protectrice de l'Église orthodoxe syrienne, qui regroupe la majorité des chrétiens en Syrie. Cela explique en partie l'attitude de la Russie par rapport au dossier syrien.

Q Qu'en pensent les prêtres orthodoxes syriens?

R Il y en a de tous les avis. Mais le patriarche a 90 ans, il est l'otage de la logique de la complicité entre autorités religieuses et le régime Assad. Ce patriarche orthodoxe avait su garder la neutralité de son Église pendant 30 ans, mais il a été complètement utilisé au cours des dernières années. Pourquoi a-t-on ces patriarches de 100 ans dans les Églises orthodoxes et les Églises catholiques orientales qui s'attachent au pouvoir? La mentalité de l'attachement au pouvoir est une maladie ancienne.

Q Que fera le pape quand il visitera le Liban à la mi-septembre?

R C'est une occasion pour le Saint-Siège d'exprimer sa solidarité avec toute la population souffrante à cause de la répression des désirs et des aspirations légitimes des populations. Le risque sécuritaire pour le voyage est énorme. Il est possible que les services secrets de Damas envoient des extrémistes sunnites mettre une bombe dans le stade où sera le pape, pour que les révolutionnaires de Syrie soient accusés de l'attentat.

Q Est-ce que le régime Assad perd le contrôle du pays?

R On dirait, mais en partie. Il a plusieurs plans. Le premier plan est la victoire de la répression. Le deuxième est qu'en vue d'une division du pays, le régime syrien s'attelle à détruire les régions syriennes qu'il va perdre. Le troisième plan est que si le régime est obligé de se retirer dans les montagnes alaouites à l'Ouest, il pourra le faire facilement parce que le reste de la Syrie sera occupée à lécher ses blessures et ses plaies.

Q Est-il possible qu'émerge au Proche-Orient un pays chrétien?

R Je ne vois pas comment. Des chrétiens irakiens se sont réfugiés au Kurdistan. Les chrétiens qui sont avec les Alaouites pourraient accepter de vivre dans un pays alaouite. Mais pour les chrétiens d'Alep, s'ils sortent d'Alep, c'est fini. Pour les chrétiens de Damas, il n'y a plus de communauté hors de Damas. Ce sont les communautés apostoliques, fondées par les apôtres, qui vivent avec les sunnites depuis toujours.

Les Nations unies ont appelé hier la communauté internationale à soutenir davantage le Liban devant les risques de déstabilisation liés aux retombées du conflit syrien. Des affrontements armés entre partisans et opposants du président syrien Bachar al-Assad au Liban, qui ont fait au moins neuf morts et une centaine de blessés dans la ville de Tripoli en trois jours, ont mis en avant la nécessité d'une action internationale, a déclaré au Conseil de sécurité le responsable des affaires politiques à l'ONU, Jeffrey Feltman.




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