À quelques jours d'une demande d'adhésion d'un État palestinien prévue à l'ONU, les Israéliens s'inquiètent de la démarche. Le gouvernement met en garde contre des répercussions possibles si les Palestiniens vont de l'avant.

Janie Gosselin LA PRESSE

Des groupes de colons et des militants nationalistes israéliens ont participé hier à des «marches pour la souveraineté», pour s'opposer à l'initiative palestinienne à l'ONU. Le point de départ était fixé dans trois colonies de Cisjordanie, près des grandes villes palestiniennes de Naplouse, Ramallah et Hébron.

«Nous voulons montrer que nous sommes ici, que c'est notre terre. Nous voulons exprimer notre amour pour cette terre, ici, en Israël», a dit au téléphone le rabbin Moshe Goldshmidt, à la tête de la colonie d'Itamar, point de départ d'une des manifestations.

Une majorité d'Israéliens sont contre la tentative des Palestiniens de faire adhérer un État palestinien à l'ONU cette semaine. Le sort des colonies reste une grande préoccupation - tout comme la question du retour de réfugiés palestiniens et l'avenir de Jérusalem.

Mais si les Israéliens s'opposent à la démarche, ils ne rejettent pas l'idée de la création d'un État palestinien pour autant, selon un spécialiste de l'opinion publique israélienne. «Environ les deux tiers des Israéliens juifs soutiennent l'idée d'un État palestinien aux côtés d'Israël, dit Ephraïm Yuchtman-Ya'ar. La réticence des Israéliens n'est pas contre l'idée de créer un État palestinien, mais bien contre le procédé.»

Le professeur à l'Université de Tel-Aviv, qui dirige des sondages sur les questions de paix, dit percevoir un certain «malaise» dans la population israélienne sur l'avenir, particulièrement dans le contexte de révoltes dans les pays arabes voisins. «Ce que les gens veulent vraiment, c'est la paix, mais en même temps, ça va de pair avec la sécurité, précise-t-il. Israël n'est pas exactement entouré de pays sympathisants. Même un peacenik comme moi est préoccupé par la situation de la sécurité.»

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou devait arriver ce matin à New York. En conférence de presse hier, son porte-parole Mark Regev a réitéré la position du gouvernement, qualifiant la tentative à l'ONU d'«erreur».

Il a répété le désir du gouvernement israélien de reprendre les négociations, au point mort depuis plus d'un an, tout en rejetant fermement l'idée de conditions préalables souhaitées par les Palestiniens - notamment sur le gel de la construction dans les colonies.

Il a aussi durci le ton envers les leaders palestiniens, affirmant qu'ils «violent à la fois l'esprit et la lettre d'un engagement signé avec Israël» en demandant un vote sur l'adhésion d'un État en dehors de négociations, en référence aux accords d'Oslo.

Au cours des derniers jours, une possible abrogation des accords d'Oslo sur l'autonomie palestinienne a été soulevée dans les médias israéliens.

Yossi Beilin, ancien ministre travailliste impliqué dans les accords d'Oslo et les négociations subséquentes avec les Palestiniens, croit qu'il serait risqué pour Israël de prendre des mesures punitives.

Il dénonce l'attitude du gouvernement de Nétanyahou qui, selon lui, «tente de gagner du temps jusqu'au successeur d'Obama».

D'après Yossi Beilin, la solution à la démarche palestinienne serait d'arriver à une résolution que les Israéliens ne pourraient pas rejeter. «Ils devraient faire tout ce qui est possible pour qu'il soit dans l'intérêt du gouvernement de la soutenir», souligne-t-il.

Un débat enflammé

Les Palestiniens comptent demander l'adhésion d'un État à l'ONU dans les prochains jours. L'initiative est hautement controversée. Certains l'appuient avec enthousiasme, d'autres s'y opposent avec vigueur. Le point sur la question.

Des avantages

Les Palestiniens savent que leur vie ne changera pas au lendemain d'un vote favorable. Mais pour beaucoup d'entre eux, il s'agit d'un regain d'espoir.

La démarche a remis la question palestinienne au premier plan de la scène internationale. «À New York, le sujet est sur toutes les lèvres», souligne l'ancien ministre travailliste israélien Yossi Beilin.

Plusieurs saluent aussi cette démarche non violente. «Les Palestiniens ont pris une initiative, celle d'affronter un gouvernement qui semble incapable d'arriver avec une solution pour la paix», dit Yossi Alpher, coéditeur du site web BitterLemons.

«Je crois que l'initiative peut être une bonne chose pour les deux parties, une tentative de remodeler le processus de paix sur un nouveau format, qui se concentre sur des aspects de frontières et de sécurité en laissant de côté les problèmes impossibles à résoudre des réfugiés ou des lieux saints.»

Le texte que soumettra Mahmoud Abbas est encore inconnu, mais a priori, si les Palestiniens rehaussaient leur statut à celui d'État non membre, ils pourraient avoir recours à plusieurs entités internationales, comme la Cour internationale de justice.

Des inconvénients

Les États-Unis et Israël s'opposent à la demande d'adhésion d'un État palestinien à l'ONU, préférant un retour à la table de négociations sans condition préalable. S'ils vont de l'avant, les Palestiniens s'exposent à des sanctions, notamment sur le plan financier.

«S'ils violent leurs accords avec nous, ils ne peuvent pas s'attendre à ce que tout continue comme avant», a prévenu le porte-parole du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, Mark Regev. Israël transfère près de 100 millions US chaque mois à l'Autorité palestinienne en revenus de taxation. En mai dernier, ces fonds avaient été gelés temporairement. Ils pourraient l'être de nouveau.

Malgré les appels à des manifestations pacifiques, les craintes d'un regain de violence sont aussi sur toutes les lèvres depuis plusieurs mois. «Israël a l'impression que les Palestiniens ont peut-être mal calculé et qu'on verra des actes de violence, dit le professeur à l'Université de Bar-Ilan, Ephraim Inbar. Il y a danger d'escalade.»

Enfin, si le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a dit croire à la poursuite de pourparlers de paix après un vote à l'ONU, le gouvernement israélien est persuadé que la démarche porterait atteinte à de futures négociations.