En remettant en cause les conclusions de la mission d'enquête onusienne qu'il a dirigée dans la bande de Gaza à la suite de l'opération israélienne Plomb durci, Richard Goldstone a créé la surprise et relancé le débat politique entre Israël et les autorités palestiniennes. Au plus grand dam des victimes, qui attendent toujours que justice soit faite.

Laura-Julie Perreault LA PRESSE

Beaucoup d'Israéliens n'oublieront jamais la voix du Dr Izzeldine Abuelaish. En 2009, alors que l'opération israélienne Plomb durci battait son plein dans la bande de Gaza, c'est cette voix palestinienne qui avait raconté en direct à un journaliste israélien la mort de ses trois filles et de sa nièce, happées par une frappe israélienne dans la pièce d'à côté. Cette voix qui avait ébranlé l'opinion publique israélienne.

Deux ans plus tard, la voix du Dr Abuelaish semble encore teintée de tristesse. Il ne répond plus au téléphone de sa maison bombardée de la bande de Gaza, mais de Toronto, où il a refait sa vie avec les membres de sa famille qui ont survécu à la tragédie.

Hier, le gynécologue, qui s'était bâti une réputation de pacifiste à l'égard du conflit israélo-palestinien, avait de la difficulté à s'expliquer pourquoi le juge sud-africain Richard Goldstone, qui a dirigé une commission d'enquête sur le conflit à Gaza et rendu un rapport controversé, a soudainement changé de cap.

Après avoir affirmé il y a deux ans que l'armée israélienne et le Hamas avaient commis des crimes de guerre potentiels lors du conflit de près d'un mois, le juge Goldstone a écrit vendredi dernier, dans une lettre au Washington Post, qu'il remettait en cause certaines des conclusions du rapport, à la lumière d'enquêtes «publiées par l'armée israélienne». Selon lui, ces rapports démontrent qu'Israël n'avait pas l'intention d'atteindre des civils, et ce, même si plus de 1400 personnes, dont 400 enfants, ont péri au cours de l'opération qui a duré du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009.

«Si quelqu'un change d'idée comme ça, c'est peut-être qu'il a subi beaucoup de pression», a dit hier à La Presse M. Abuelaish. «Le rapport, il ne l'a pas signé seul. Si nous voulons être justes, nous devons demander aux autres membres du comité ce qu'ils en pensent», a-t-il suggéré hier.

À ce jour, les trois autres membres du comité n'ont pas désavoué les résultats de leur enquête. Hier, La Presse a tenté de les joindre, en vain. L'ex-militaire irlandais Desmond Travers a décliné notre demande d'entrevue alors que Christine Chinkin, professeure de droit international à la London School of Economics, n'a pas rappelé La Presse.

Hier, le premier ministre israélien a profité de la rétractation partielle du juge Goldstone pour demander à l'ONU de mettre «aux poubelles de l'histoire» le rapport contesté, une proposition qu'a dénoncée l'Autorité palestinienne.

Adopté l'automne dernier par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, organe onusien en crise de crédibilité, ce rapport doit faire l'objet d'une étude imminente devant l'Assemblée générale des Nations unies, regroupant tous les pays membres.

Regarder par-delà le rapport

Le sort du «rapport Goldstone» dans les couloirs de l'ONU inquiète peu Izzeldine Abuelaish. «Ce qui est important dans tout ça, c'est que les victimes obtiennent justice.» Mais cette justice se fait attendre, note-t-il. «Nous pouvons passer des années à trouver des justifications pour tel ou tel acte, mais ça ne changera rien. C'est important de prendre la responsabilité de ses actes. Israël ne l'a pas fait. Ce que je sais, c'est que les enfants ont été tués par les forces israéliennes avec des armes israéliennes. Sommes-nous d'accord là-dessus et pouvons-nous faire quelque chose à ce sujet?»