L'émir du Koweït a accepté jeudi soir la démission du gouvernement, présentée sous la pression de députés de l'opposition qui réclament un nouveau premier ministre dans le pays secoué depuis cinq ans par des crises à répétition.

Publié le 31 mars 2011
Omar Hassan AGENCE FRANCE-PRESSE

Selon un décret publié en soirée, l'émir cheikh Sabah al-Ahmad Al-Sabah a accepté cette démission, présentée dans la journée, et chargé le premier ministre sortant cheikh Nasser Mohammed al-Ahmad Al-Sabah et son cabinet de gérer les affaires courantes du pays jusqu'à la formation d'un nouveau gouvernement, selon l'agence officielle Kuna.

En vertu de la loi koweïtienne, l'émir est le seul habilité à nommer le premier ministre.

Cette tension entre l'exécutif et le législatif n'a toutefois rien à voir avec les mouvements de contestation populaire qui agitent plusieurs pays arabes depuis le début de l'année.

Il s'agit du 6e gouvernement à démissionner depuis que le premier ministre, cheikh Nasser a été nommé à la tête du cabinet il y a cinq ans.

Durant cette période, le Parlement a été dissous à trois reprises, donnant lieu à chaque fois à des élections législatives anticipées, les dernières ayant été organisées en mai 2009.

La démission du cabinet est intervenue après que des députés eurent soumis au Parlement des demandes d'audition de trois ministres, tous membres de la famille régnante des Al-Sabah, pour diverses affaires, dont une affaire de corruption.

Les députés libéraux Adel al-Saraawi et Marzouk al-Ghanem ont demandé la semaine dernière à interroger le vice-premier ministre pour les Affaires économiques, cheikh Ahmad Fahad Al-Sabah, pour une affaire de corruption liée à des contrats de 900 millions de dollars au total.

Le député chiite Fayçal al-Duwaisan a déposé une demande d'audition du ministre de l'Information et du Pétrole cheikh Ahmad Abdallah Al-Sabah, alors qu'un autre parlementaire chiite, Saleh Ashour, a demandé à soumettre le ministre des Affaires étrangères, cheikh Mohamed Al-Sabah, à un interrogatoire parlementaire.

Cette ultime démission du gouvernement a coïncidé avec une campagne de  l'opposition réclamant la mise à l'écart du premier ministre, un neveu de l'émir.

Plusieurs députés de l'opposition ont appelé de nouveau à la nomination d'un nouveau premier ministre qu'ils accusent d'avoir échoué à développer le pays malgré d'importants excédents financiers.

«Nous voulons un nouveau gouvernement avec un nouveau premier ministre adoptant une nouvelle politique. Si cheikh Nasser est reconduit, tous les problèmes persisteront et la crise perdurera», a déclaré le député islamiste Fayçal al-Mulsim.

Le porte-parole du bloc de l'Action populaire (opposition), Moussallam al-Barrak, a promis de demander l'audition de cheikh Nasser s'il venait à être reconduit.

«Pour un vrai départ, il faut un nouveau premier ministre. Sans cela, ce sera inutile de parler de réformes dans le pays», a-t-il ajouté aux journalistes.

«Cheikh Nasser a failli sur chaque dossier traité. S'il insiste pour rester en fonction, la situation au Koweït va continuer à empirer», a-t-il dit, avertissant qu'en cas de reconduction, «nous demanderons à l'interroger» au Parlement.

Selon M. Muslim, les cabinets dirigés par cheikh Nasser durant les cinq dernières années ont dépensé quelque 330 milliards de dollars sans impact majeur sur le développement de l'émirat, qui ne compte que 1,15 million de Koweïtiens outre 2,4 millions de résidents étrangers.

Le Koweït, cinquième plus grand producteur de l'OPEP, affirme détenir 10% des réserves mondiales de brut. Il produit actuellement quelque 2,3 millions de barils par jour.