Israël considère «avec la plus grande gravité» le passage annoncé de deux navires de guerre iraniens en Méditerranée à travers le canal de Suez, pour la première fois depuis 1979, et a averti qu'il accroîtrait son budget de Défense en raison des tensions régionales.

«La composante sécuritaire est indispensable à tout accord de paix et nous sommes aujourd'hui témoins de l'instabilité de la région dans laquelle nous vivons et que l'Iran tente d'exploiter afin d'étendre son influence en dépêchant deux navires de guerre à travers le canal de Suez», a déclaré le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, selon un communiqué de son bureau.

«Israël considère avec la plus grande gravité cette initiative iranienne, de même que d'autres développements qui soulignent ce que j'ai répété ces dernières années, à savoir que les besoins de sécurité d'Israël vont augmenter», a-t-il averti à l'ouverture du conseil des ministres.

«Et le budget de la Défense devra augmenter en conséquence», a ajouté le premier ministre.

Le budget annuel israélien de la Défense est de l'ordre de 13 milliards de dollars, dont 2,7 milliards de dollars d'assistance militaire américaine, soit un peu moins de 7% du PIB.

Avant même l'affaire des navires iraniens, le ministère de la Défense avait réclamé une rallonge de 200 millions de dollars. Elle est en cours d'examen par la commission de la Défense et des Affaires étrangères de la Knesset (Parlement).

Le gouvernement israélien a approuvé dimanche des coupes de 1% du budget,  affectant tous les ministères -sauf ceux de la Défense, de l'Éducation et des Affaires sociales- afin de financer des mesures contre le coût de la vie.

Israël observe avec inquiétude l'évolution de la situation au Proche et Moyen-Orient, en particulier en Égypte, partenaire clé avec lequel il a signé un traité de paix en 1979 qui fonde sa stratégie militaire sur son front sud.

Cet accord s'accompagne d'une garantie du libre passage des navires israéliens dans le canal de Suez.

Les Israéliens craignent une montée en puissance des mouvements islamiques à la faveur de la contestation qui ébranle la région, et de se retrouver encerclés par des nations ennemies.

Depuis plusieurs jours, les autorités israéliennes «surveillent attentivement» le mouvement des deux bateaux iraniens, un patrouilleur de 1.500 tonnes, l'Alvand, et un navire de ravitaillement et de soutien de 33.000 tonnes, le Kharg, tous deux de fabrication britannique.

L'Égypte a autorisé les deux bateaux à emprunter le canal de Suez, a annoncé vendredi l'agence officielle égyptienne Mena, une première depuis la révolution islamique en 1979.

Selon la radio publique israélienne, Israël et les États-Unis ont demandé à l'Égypte de ne pas autoriser ce passage. Interrogé par l'AFP, le porte-parole de M. Nétanyahou, Mark Regev, a refusé de «confirmer ou démentir» cette information.

D'après une source diplomatique iranienne, les deux bâtiments doivent effectuer une visite «de routine» de quelques jours en Syrie, après des arrêts à Oman et à Jeddah (Arabie saoudite).

Pour des analystes de défense, l'Iran cherche à réaffirmer ainsi sa présence en Méditerranée orientale, où Téhéran dispose d'alliés comme la Syrie, la Turquie et le puissant mouvement chiite Hezbollah au Liban.

Israël, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, le nationaliste Avigdor Lieberman, a qualifié mercredi de «provocation» l'envoi des navires iraniens et lancé une mise en garde à Téhéran.

L'État hébreu considère l'Iran -qui prédit régulièrement sa disparition et soutient le Hezbollah et le Hamas palestinien- comme sa principale menace.