Un attentat suicide attribué à Al-Qaïda a visé lundi à Bagdad la chaîne satellitaire Al-Arabiya, tuant au moins quatre personnes, alors que cette télévision à capitaux saoudiens, particulièrement détestée des jihadistes, avait fait l'objet de menaces ces dernières semaines.

Salam Faraj AGENCE FRANCE-PRESSE

«À 9h25 (0h25, heure de Montréal) il y a eu une énorme explosion, tous nos bureaux sont endommagés. Parmi les morts figurent trois gardes de sécurité et une employée de bureau», a affirmé Majid Hamid, un journaliste de la chaîne.

Un responsable du ministère de l'Intérieur, ayant requis l'anonymat, a fait état de 16 blessés. Parmi eux figurent l'ancien vice-Premier ministre sunnite Salam al-Zoubaï habitant à proximité et deux de ses gardes.

Selon un journaliste de l'AFP sur place, la façade du bureau est totalement ravagée et porte des traces noires en raison de l'incendie qui s'est déclaré après l'attentat.

«Ce sont les méthodes d'Al-Qaïda et son objectif est d'attirer l'attention des médias», a déclaré le général Qasem Atta, porte-parole du commandement militaire de Bagdad.

«Au premier point de contrôle, situé à une centaine de mètres des bureaux d'Al-Arabiya, la voiture a été fouillée par des gardes de sécurité d'une compagnie privée et ils l'ont laissée poursuivre sa route. Il y a probablement eu complicité des gardes», a-t-il ajouté.

Al-Arabiya est haïe des sites jihadistes, qui la surnomment «Ibriya» (la Juive) en inversant deux lettres en arabe. Ils détestent par-dessus tout un programme intitulé «L'usine de la mort» où sont interrogés d'anciens membres d'Al-Qaïda, en prison ou en liberté, qui relatent des opérations du groupe.

Interrogé par l'AFP sur les lieux de l'attentat, le général Jihad al-Jabbari, chef de l'unité des démineurs de l'armée, a indiqué que le kamikaze conduisait une voiture blanche transportant 128 kg de nitrate d'ammonium.

«Nous avons trouvé ses papiers d'identité et il est irakien. Il travaillait ou était en contact avec Korek», opérateur de téléphonie mobile basé au Kurdistan (nord).

Selon lui, la déflagration a causé un trou d'1,20 m de profondeur et de 3 mètres de largeur.

«Il y a eu une énorme explosion au moment où je rentrais dans le bureau. J'ai cru que la maison s'effondrait sur ma tête. Je me suis rué dehors et me suis caché dans le jardin. Il y avait de la poussière et de la fumée partout puis les sirènes des ambulances ont retenti», a déclaré Abou Mohammad, qui travaille vers Al-Arabiya.

Les deux caravanes où logent des agents de sécurité, distantes de 150 mètres, ont été détruites par le souffle de l'explosion.

Le 25 juin, Al-Arabiya avait fermé pour une journée son bureau à Bagdad en raison de menaces d'attaque par des insurgés.

«Des sources au ministère irakien de l'Intérieur nous ont affirmé détenir des informations selon lesquelles des groupes terroristes surveillent notre bureau en préparation d'un attentat», avait indiqué un journaliste de la chaîne sous couvert de l'anonymat.

Le bureau de la chaîne arabe est situé dans le quartier d'Al-Harithiya, au centre de la capitale.

Al-Arabiya, qui a ouvert son bureau à Bagdad en septembre 2003, a déjà été la cible d'attentats en Irak.

En 2008, son directeur Jawad Hattab a échappé de peu à la mort dans l'explosion d'une bombe magnétique accrochée à sa voiture. En 2006, sept personnes ont été tuées et 20 blessées dans un attentat à la voiture piégée visant son bureau, alors situé dans un autre quartier de la capitale.