La chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, a défendu la cause des Afghanes mardi à la conférence de Kaboul, alors que la perspective de la réintégration d'ex-talibans suscite l'inquiétude des ONG dans ce domaine.

Christophe Schmidt AGENCE FRANCE-PRESSE

«Je parle d'expérience quand je dis que le travail des femmes afghanes et des groupes issus de la société civile sera essentiel à la réussite du pays», a-t-elle déclaré aux représentants de plus de 70 pays donateurs et organisations internationales réunis à Kaboul.

«Si ces groupes reçoivent le pouvoir dont ils ont besoin pour participer à l'établissement d'une paix juste et durable, ils le feront. Si on les réduit au silence et si on les repousse en marge de la société afghane, les perspectives de paix et de justice s'éloigneront», a ajouté Mme Clinton.

La secrétaire d'État s'est félicitée d'une déclaration du président afghan Hamid Karzaï promettant que les droits des femmes, des minorités ethniques et des groupes représentant la société civile «ne seront pas sacrifiés» dans le processus de paix.

Avant de se rendre à la conférence, Mme Clinton avait évoqué le même sujet en recevant une dizaine de femmes responsables d'ONG afghanes à l'ambassade américaine.

Elle leur a dit comprendre et partager leur inquiétude devant le processus de réintégration, soutenu par l'administration Obama à condition que les insurgés renoncent à la violence et acceptent de jouer le jeu démocratique.

«Un Afghanistan stable, en paix et sûr est dans l'intérêt de tous, en particulier des femmes et des enfants», a dit Mme Clinton, avant de prévenir: «Mais cela ne peut pas se faire aux dépens des femmes».

«Nous voulons la paix avec la justice», lui a déclaré Fawzia Koofi, une ancienne élue politique désormais responsable d'association. Or «amener les talibans dans le processus et faire des compromis avec les droits des femmes ramènerait ce pays des siècles en arrière», a-t-elle plaidé.

La première femme à avoir brigué la présidence afghane, l'ancienne ministre Massouda Jalal, avait affirmé en juin qu'engager des pourparlers de paix avec les talibans serait néfaste pour les droits des femmes dans son pays.

Mme Clinton a fait de l'égalité des sexes et de la défense des droits des femmes l'un de ses principaux chevaux de bataille, dès l'époque où elle était première dame des États-Unis (1993-2001). Elle mentionne le sujet dans la plupart de ses déplacements.

Dans son discours mardi à Kaboul, elle a annoncé un plan américain visant à promouvoir l'égalité des sexes en Afghanistan, en cherchant des relais parmi les autorités religieuses locales. Elle y a aussi dévoilé plusieurs nouveaux programmes visant à améliorer la santé maternelle et infantile.

L'administration américaine consacrera enfin 37 millions de dollars dans les quatre ans à venir pour augmenter le nombre de femmes dans les professions de santé, notamment des sages-femmes.

L'Afghanistan est selon un classement de l'ONG Save the children le «pire endroit (au monde) pour être une mère».

Selon des chiffres fournis mardi par la délégation américaine, l'espérance de vie moyenne d'une femme afghane est de 44 ans, et le taux de mortalité maternelle est l'un des plus élevés au monde, une femme sur huit succombant lors de la grossesse ou de l'accouchement.

Le taux d'analphabétisme féminin est aussi particulièrement élevé, malgré des progrès ces dernières années.