La situation en Afghanistan «progresse», mais la guerre est «plus dure et plus lente qu'anticipé», a reconnu dimanche le directeur de la CIA, Leon Panetta, au moment où les doutes se multiplient sur les chances de réussite de la coalition internationale.

Patrick Baert AGENCE FRANCE-PRESSE

C'est «une rude bataille. Nous faisons des progrès. Mais (la guerre est) plus dure et plus lente qu'anticipé», a dit M. Panetta, lors d'une interview rarissime en direct sur la chaîne américaine ABC, quelques jours après la démission du chef des forces alliées sur place, le général Stanley McChrystal, et l'annonce de son remplacement par le général David Petraeus.

M. Panetta, désigné l'an dernier à la tête de la centrale américaine du renseignement par le président Barack Obama, a aussi insisté sur le fait que «la question clé est de savoir si les Afghans acceptent d'assumer la responsabilité» de la lutte contre les insurgés une fois que les troupes étrangères auront quitté le pays.

M. Obama a lancé en décembre dernier le déploiement de 30 000 GI's supplémentaires en Afghanistan dans l'espoir de repousser les talibans et de commencer à rapatrier les soldats américains à l'été 2011. Ce calendrier a été récemment mis en doute du faite de la résistance des combattants islamistes.

Mais M. Panetta a assuré que la stratégie suivie par Washington était la bonne, même si «ce ne sera pas facile».

Selon le journal britannique The Independent on Sunday, la démission du général McChrystal serait consécutive à un briefing lors duquel ce dernier a averti l'Otan qu'il ne fallait attendre aucun progrès dans les six mois à venir, mettant ainsi en doute la possibilité d'entamer le retrait des troupes américaines dès juillet 2011.

M. Panetta a rappelé que pour les Etats-Unis, obtenir la victoire en Afghanistan signifie que ce pays est suffisamment stabilisé pour ne plus servir de refuge à Al-Qaïda, comme lorsque l'organisation d'Oussama ben Laden en avait profité pour lancer les attentats du 11-Septembre.

M. Panetta a estimé qu'Al-Qaïda comptait «50 à 100» combattants «peut-être moins», la plupart se trouvant dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, près de la frontière afghane, soit «le terrain probablement le plus difficile du monde» pour leurs poursuivants.

M. Panetta s'est néanmoins montré relativement optimiste de finir par débusquer Oussama ben Laden, relevant que les Etats-Unis et leurs alliés étaient parvenus à éliminer plus de la moitié des membres dirigeants de la nébuleuse islamiste.

«Si nous maintenons cette pression, je pense que nous finirons par obliger ben Laden et (le numéro deux d'Al-Qaïda Ayman) al-Zawahiri à sortir de leur tanière et par les poursuivre», a espéré M. Panetta.

Il a toutefois reconnu que les services de renseignement américains n'avaient plus d'informations précises sur la localisation de ben Laden depuis sa fuite d'Afghanistan vers le Pakistan au début de la décennie.

A propos de l'imam radical américain Anwar al-Aulaqi, qui vit en exil au Yémen, M. Panetta a confirmé que le passeport de ce dernier ne le protégeait pas d'une éventuelle élimination. Washington lui reproche d'avoir été à l'origine de plusieurs attentats sur le sol américain, notamment l'attentat raté du jour de Noël à bord du vol Amsterdam-Detroit.

«Il s'agit d'un terroriste et effectivement d'un citoyen américain mais c'est avant tout un terroriste et nous le traiterons comme tel. Nous n'avons pas de liste pour assassiner les gens mais je peux vous dire que nous avons une liste des terroristes et il est dessus», a martelé le patron de la CIA.