La campagne pour les législatives du 7 mars s'est ouverte vendredi en Irak dans un climat de chasse aux partisans supposés du parti Baas, interdit, alors qu'Al-Qaïda a menacé d'avoir recours à des «moyens militaires» pour empêcher la tenue du scrutin.

Mis à jour le 12 févr. 2010
AGENCE FRANCE-PRESSE

Pour ce scrutin, qui intervient quelques mois avant le retrait massif des troupes de combat américaines, près de 19 millions d'Irakiens sont appelés aux urnes pour choisir parmi les 6 100 candidats, les 325 députés qui siégeront au Parlement pendant les quatre prochaines années.

De nombreuses affiches sont apparues dans tout le pays, à l'exception notable de la ville sunnite de Mossoul, quelques heures après la décision d'un comité de sept juges de ne repêcher que 28 candidats sur les 500 exclus pour leurs liens présumés avec le parti Baas de Saddam Hussein.

Le Comité pour l'intégrité et la justice, créé en 2008 pour poursuivre la débaassification et dirigé par deux candidats chiites aux élections, avait disqualifié en janvier 510 candidats, provoquant la colère des listes laïques et de la communauté sunnite.

Seulement 177 d'entre eux ont fait appel devant sept juges qui ont rendu leur décision jeudi soir. Parmi les éliminés, deux candidats du Bloc irakien de l'ancien Premier ministre laïc Iyad Allaoui: Saleh al-Moutlaq, un ténor sunnite du Parlement, et Dhafer al-Ani.

«C'est le coup de grâce du processus politique et le suicide de la démocratie en Irak. Je ne pense pas que cette mesure accroîtra la participation au scrutin. Ils ne réussiront pas à nous isoler de notre peuple», a déclaré M. Moutlaq à la télévision.

Ces mesures s'accompagnent aussi dans les provinces chiites du Sud, gérées notamment par la liste l'Etat de droit du Premier ministre Nouri al-Maliki, d'une campagne d'épuration des administrations locales.

A Babylone, le gouverneur sadriste Salman al-Zarkani a licencié son premier vice-gouverneur Iskanker Jawad Watout, candidat du Bloc irakien, en invoquant son passé baassiste alors que ce dernier a juré «avoir au contraire été le premier à lutter contre Saddam Hussein».

A Nassiriyah, trois officiers supérieurs de la police ont été licenciés et dans les provinces de Wassit, de Kerbala, de Najaf et de Bagdad, les gouverneurs ont annoncé la création de comités d'éviction des fonctionnaires ayant eu des liens avec l'ancien régime.

Dans la capitale, les murs, les poteaux électriques et les arbres ont été recouverts d'affiches. «Avec l'aide de Dieu, volonté et changement», affirme la liste de M. Maliki alors que son concurrent chiite, l'Alliance nationale irakienne (ANI), assure vouloir «garantir les droits des citoyens».

Chez les laïcs, le ministre de l'Intérieur Jawad Bolani insiste sur «l'unité de l'Irak» et la liste du député nationaliste Mithal Alloussi s'engage à «réparer ce que les autres ont abîmé».

Dans les régions sunnites, comme Tikrit près de la ville natale de Saddam Hussein, ce sont les affiches du Bloc irakien et de Jawad Bolani qui dominent mais dans la province d'Al-Anbar, Ramadi est recouvert de posters de la Liste Maliki.

Dans le Sud chiite, c'est la propagande électorale des deux rivaux de l'ANI et de l'Etat de droit qui tapisse les rues alors que dans la ville kurde de Souleimaniyeh, la liste Kurde des deux grands partis traditionnels se voit concurrencer par les dissidents de Goran (changement).

Les élections sont également menacées par Al-Qaïda en Irak. Son chef présumé a qualifié le scrutin de «crime politique» manigancé par les chiites et affirmé qu'il ferait tout pour empêcher sa tenue, selon le centre américain de surveillance de sites islamistes SITE.

«(Nous) avons décidé d'empêcher ces élections par tous les moyens possibles, principalement par des moyens militaires», a assuré Abou Omar al-Bagdadi dans un message audio.