Le vice-président américain Joe Biden a prévenu vendredi à Beyrouth que le programme d'aide de son pays au Liban dépendrait de l'issue des élections législatives cruciales du 7 juin, que pourrait remporter le Hezbollah chiite, bête noire de Washington.

AGENCE FRANCE-PRESSE

A l'occasion de la première visite d'un responsable américain de ce rang au Liban depuis 1983, M. Biden, dont le pays soutient la majorité parlementaire antisyrienne, a rencontré le chef de l'Etat Michel Sleimane, le Premier ministre Fouad Siniora et le chef du Parlement Nabih Berri.

«Les Etats-Unis détermineront leur programme d'aide en fonction de la composition et des politiques du (prochain) gouvernement», a-t-il affirmé, en référence à la possible victoire au scrutin du Hezbollah, un allié de la Syrie et de l'Iran qui est classé comme organisation terroriste par Washington.

Les élections législatives mettront aux prises la majorité à la minorité emmenée par le parti du Hezbollah, seul mouvement à ne pas avoir déposé les armes après la fin de la guerre civile (1975-1990).

Les Etats-Unis fournissent au Liban une aide civile et militaire, dont le montant cumulé n'est pas précisé. Depuis 2006, ils ont fourni une aide de 410 millions de dollars à l'armée libanaise, qui comprend des avions, des chars, des armes légères, des véhicules et de l'entraînement.

Lors d'une conférence de presse commune avec M. Sleimane, M. Biden a prévenu les Libanais de ne pas soutenir les parties qui entravent, selon lui, les efforts de «paix», en allusion aux Hezbollah et ses alliés.

«J'appelle ceux qui pensent se ranger du côté des parties hostiles à la paix à ne pas rater cette occasion (les législatives) et à s'éloigner de ces gens-là», a déclaré le vice-président américain, appelant à des élections «équitables, libres et transparentes».

Il a néanmoins affirmé «n'être venu soutenir aucune partie ou institution» politique au Liban.

Juste avant l'arrivée de M. Biden, le député du Hezbollah, Hassan Fadlallah, a qualifié sa visite d'ingérence dans les législatives.

«Il semble que la visite s'inscrive dans le cadre de la supervision américaine de la campagne électorale d'une partie libanaise qui se sent menacée politiquement au vu des changements régionaux et des résultats prévus des législatives», a-t-il déclaré à l'AFP en référence à la majorité.

«Nous demandons à tous les Libanais, toutes tendances confondues, d'empêcher une telle ingérence qui représente une violation flagrante de la souveraineté libanaise», selon M. Fadlallah.

M. Biden a par ailleurs assuré que «la souveraineté du Liban ne fera pas l'objet d'un compromis», en réponse aux craintes de la majorité antisyrienne de voir le timide rapprochement entre Washington et Damas, ancienne puissance de tutelle au Liban, se faire au dépens de ce dernier pays.

Le dernier passage d'un vice-président américain à Beyrouth remonte à celui de George Bush père en 1983, au lendemain de l'attaque contre des casernes des Marines américains qui avait fait 214 morts et pour lequel le Hezbollah avait été pointé du doigt par Washington.

Dans une interview à l'AFP le mois dernier, le numéro deux du Hezbollah, Naïm Kassem, a affirmé que son mouvement ne craignait pas d'être boycotté par la communauté internationale en cas de victoire aux législatives, comme ce fut le cas avec le Hamas palestinien en 2006.

M. Biden devait encore s'entretenir avec le ministre de la Défense Elias Murr avec lequel il annoncera une assistance militaire à l'armée libanaise, selon la vice-présidence américaine.