Bravant les menaces et les traditions d'un Afghanistan déchiré par la guerre et les divisions tribales, deux femmes sont candidates à la prochaine élection présidentielle prévue le 20 août, un véritable défi dans ce pays profondément patriarcal.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Paix et sécurité, liberté de la presse, défense de la souveraineté: les promesses électorales de Frozan Fana, exposées cette semaine lors d'un meeting à Kaboul, diffèrent peu de celles de ses 42 compétiteurs masculins. Sauf qu'elle est candidate à la magistrature suprême dans un pays où les femmes conduisent rarement, ne divorcent quasiment jamais, sont très peu à savoir lire, n'ont pas le choix de leurs maris et sont souvent victimes de sévices.

Elle veut poursuivre l'oeuvre de son mari Abdul Rehman, premier ministre de l'Aviation de l'ère post-talibans, assassiné en 2002.

«Le meilleur moyen de venger un martyr est de continuer à porter sa vision», raconte Mme. Fana, médecin de 40 ans, longue robe et foulard noirs.

Le meurtre a été présenté comme le résultat de la colère spontanée de pèlerins furieux de ne pouvoir se rendre à la Mecque, mais la piste de rivalités politiques n'a jamais été abandonnée.

«La constitution stipule que tout Afghan peut être candidat, homme ou femme», rappelle-t-elle en admettant les dangers encourus par une femme publique. Une élue d'un conseil provincial et une femme commandant de police ont été tuées ces derniers mois dans des attaques imputées aux talibans.

Même enthousiasme chez la députée Shahla Ata: «Le peuple a pu tester les hommes, qui n'ont rien fait. Pourquoi ne pas voir maintenant ce que peuvent faire les femmes?»

Dans son bureau, une affiche électorale des législatives de 2005 montre l'ancien président Mohammad Daud Khan, assassiné dans son palais avec sa famille lors d'un coup d'État des communistes pro-soviétiques en avril 1978.

«Je veux réaliser le projet non abouti de Mohammad Daud Khan», un progressiste qui défendait les droits des femmes, dit la quadragénaire.

Pour en finir avec l'insurrection des talibans, elle préconise naïvement le dialogue ou l'élaboration «de politiques pour les battre».

Mais elle a confiance: elle pèsera lourd dans le scrutin. «Je sais que je peux le faire, je suis forte», dit-elle.

La première femme candidate à la présidence, Massooda Jalal, médecin et ancien ministre, avait obtenu 1,1% des voix lors de la première présidentielle du pays en 2004.

Pour la députée Shukria Barakzai, le simple fait de se présenter est déjà un grand progrès après la chape de plomb du régime des talibans (1996-2001).

«Il y a huit ans, les femmes ne pouvaient pas travailler ou quitter la maison seules. Nous étions des citoyens de seconde zone, ignorées par la communauté», rappelle-t-elle.

«Alors que les femmes sont victimes de violences, défigurées à l'acide, discriminées politiquement, elles continuent à faire des choses, elles font compagne, on peut voir leurs portraits», se réjouit-elle.

Elle admet qu'il faudra du temps aux Afghans pour accepter une présidente mais y croit, au point de vouloir concourir à la présidentielle de 2014.

Sa collègue Safia Siddiqi est moins positive: «Je ne crois pas que les candidates aient l'espoir de gagner. Elles veulent juste être connues nationalement et internationalement».

Bien que 25% des sièges du parlement soient réservés aux femmes, il n'y a qu'une femme au gouvernement, la ministre des Affaires féminines.

«Avec seulement une femme ministre, comment rêver d'une présidente dans ce pays?», se demande-t-elle.