Le pape Benoît XVI a achevé vendredi son pèlerinage de huit jours en Terre sainte, marqué par son soutien à un Etat palestinien, ses appels à la paix et sa dénonciation de la Shoah.

Catherine JOUAULT AGENCE FRANCE-PRESSE

Le chef de l'Eglise catholique, pour qui ce voyage était le premier dans la région depuis son pontificat en 2005, s'est efforcé d'encourager Israéliens et Palestiniens à se réconcilier et à oeuvrer à une solution à deux Etats. Sa visite dans un camp de réfugiés palestiniens, aux portes de Bethléem en Cisjordanie, lui a également permis de dénoncer l'édification par Israël de la barrière de séparation qu'il a qualifiée de «tragique».

Ceci sans oublier son appel aux jeunes Palestiniens à «résister à la tentation de la violence et du terrorisme».

 «Que la solution à deux Etats devienne une réalité, qu'elle ne reste pas un rêve», a déclaré le pape lors d'une cérémonie d'adieu à l'aéroport Ben Gourion, près de Tel-Aviv.

 «Permettez moi d'en appeler à tous les peuples de ces terres : assez d'effusions de sang, assez de combat, assez de terrorisme, assez de guerre», a-t-il ajouté.

Sur le thème ultra-sensible de la Shoah, il a voulu en dernière minute -juste avant son envol pour Rome- rectifier l'impression négative perçue par nombre d'Israéliens après sa visite lundi au Mémorial Yad Vashem, qui lui a rappelé sa visite dans le camp d'extermination d'Auschwitz, trois ans plus tôt.

«C'est là que tant de juifs ... ont été exterminés brutalement par un régime sans Dieu qui a propagé une idéologie d'antisémitisme et de haine. Ce chapitre épouvantable de l'histoire ne doit jamais être oublié ou nié», a-t-il dit à l'aéroport.

Après sa visite à Yad Vashem à Jérusalem, le pape avait été critiqué en Israël pour ne pas s'être excusé en tant qu'Allemand et catholique pour l'extermination des juifs, pour ne pas avoir évoqué les «six millions» de juifs victimes du IIIe Reich, et pour ne pas avoir parlé de la responsabilité allemande ou employé le mot «nazi».

«Le pape est très content de ce voyage» qui a été «un temps d'écoute très important» pour lui et lui permet d'avoir «maintenant une vision beaucoup plus personnelle des problèmes de la région», a déclaré à la presse le père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, soulignant que le leitmotiv de Benoît XVI durant cette visite a été «la paix, la paix et encore la paix».

Soucieux d'améliorer les relations entre chrétiens et juifs compliquées par la levée de l'excommunication de l'évêque négationniste intégriste Richard Williamson et sa volonté de béatifier Pie XII coupable, selon Israël, de silence durant la Shoah, le pape n'a pourtant pas ménagé les symboles envers les juifs: il a inséré une prière dans le Mur des Lamentations, s'est recueilli à Yad Vashem et a rencontré les deux Grands rabbins de Jérusalem.

«Il est paradoxal que Benoît XVI, qui est vu comme un homme de la parole, ait trouvé le bon symbolisme mais n'a pas été à la hauteur des attentes de ses interlocuteurs au niveau des mots», relève à l'AFP¨John Allen, vaticaniste du très réputé National catholic report.

Le voyage semble, en revanche, avoir été fructueux quant au rapprochement avec les musulmans. Benoît XVI s'est en effet rendu dans deux mosquées importantes, le Dôme du Rocher, à Jérusalem, et celle d'Amman en Jordanie.

Et en appelant à la création d'un Etat palestinien, il a fait sienne la principale revendication des Palestiniens.

 «C'était une excellente visite au cours de laquelle le pape a apporté un soutien politique à la cause palestinienne», s'est félicité le président Mahmoud Abbas.

Ce voyage au programme très chargé pour un homme de 82 ans, s'est déroulé sans anicroche, dans une région pourtant prête à s'embraser à la moindre étincelle.