(Paris) La gauche française a mis de côté ses divisions sur l’Ukraine ou le Proche-Orient pour présenter vendredi un programme commun de « rupture » aux législatives anticipées et empêcher l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite, laquelle a promis un gouvernement « d’union nationale » en cas de victoire.

À la veille d’un week-end de manifestations dans toute la France, des rassemblements contre l’extrême droite ont déjà eu lieu dans plusieurs villes, notamment à Lyon (sud-est) où des incidents ont fait quatre blessés.

Après la déroute du camp présidentiel aux européennes et la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par le président Emmanuel Macron, les principaux partis de gauche se sont retrouvés vendredi à Paris pour célébrer une union arrachée de haute lutte et détailler leur feuille de route en cas de succès aux législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet.

Constitué à la hâte face au Rassemblement national (RN, extrême droite) après son triomphe aux européennes, le « Nouveau Front populaire » promet d’augmenter le salaire minimum, de revenir sur la très impopulaire réforme des retraites et de rétablir l’impôt sur la fortune.

PHOTO STEPHANE MAHE, REUTERS

Le logo du Nouveau Front Populaire

Fruit de négociations sous tension, son programme commun dessine également un compromis sur les questions internationales qui ont divisé la gauche et fait exploser sa précédente coalition.

Sur le Proche-Orient, il appelle ainsi « à agir pour la libération des otages détenus depuis les massacres terroristes du Hamas […] et pour la libération des prisonniers politiques palestiniens ».  

Principale force à gauche, La France insoumise (LFI, gauche radicale) a jusqu’à présent refusé d’assimiler le Hamas palestinien à un mouvement terroriste, en rupture avec la position de la France et de l’Union européenne.

Sur la guerre en Ukraine, autre point de crispation, la coalition s’engage à « défendre indéfectiblement la souveraineté et la liberté du peuple ukrainien » et à assurer à Kyiv les livraisons d’armes « nécessaires ».

Reste toutefois le débat sur qui, à gauche, pourrait devenir premier ministre.  

Arrivé en tête à gauche aux européennes, l’eurodéputé social-démocrate Raphaël Glucksmann a appelé vendredi à rejeter l’hypothèse Jean-Luc Mélenchon, tribun de la gauche radicale. L’ancien candidat LFI à la présidentielle a récemment créé la polémique en affirmant que l’antisémitisme était « résiduel » en France, en dépit de chiffres officiels faisant état d’une flambée d’actes antijuifs.  

Dans son programme commun, le Nouveau Front populaire affirme au contraire que « les actes racistes, antisémites et islamophobes […] connaissent une explosion inquiétante, sans précédent ».

Recours en justice

Pressenti pour être premier ministre en cas de victoire, le président du RN Jordan Bardella a fait vendredi de cette gauche unie « son principal adversaire » aux législatives, alors que le camp macroniste est distancé dans les sondages.

Crédité de plus de 30 % d’intentions de vote, le RN cherche à élargir ses soutiens afin d’accéder pour la première fois de son histoire au pouvoir.

PHOTO DENIS CHARLET, AGENCE FRANCE-PRESSE

La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a visité un marché d’Hénin-Beaumont, dans le nord de la France, le 14 juin.

Sa cheffe de file, Marine Le Pen, a promis vendredi que le parti formerait « un gouvernement d’union nationale » pour « sortir la France de l’ornière » et annoncé « un certain nombre de surprises dimanche », date limite de dépôt des candidatures.

Le parti, héritier du Front national cofondé en 1972 par un Waffen-SS, continue toutefois d’inquiéter une partie du pays. Plusieurs milliers de personnes ont défilé contre l’extrême droite vendredi dans plusieurs villes, à la veille d’un week-end de mobilisation dans tout le pays.

« On a déjà “essayé” en 1940 ! » ou « On ne joue pas avec le feu », en référence au logo du Rassemblement National, disaient les banderoles à Lyon (sud-est) où 3500  manifestants ont été recensés par la préfecture. À Montpellier (sud), 4000 personnes ont manifesté selon la préfecture, et plus de 10 000 selon les organisateurs. En fin de soirée à Lyon, des affrontements ont fait trois blessés parmi les policiers et un parmi les manifestants, selon la préfecture.  

Jordan Bardella a dénoncé vendredi des appels « extrêmement dangereux » à « l’insurrection », tout en se disant « très attaché à la liberté d’expression ».  

Sur le plan politique, son parti a engrangé récemment plusieurs ralliements, dont celui d’Eric Ciotti, président de la principale formation de droite, Les Républicains (LR), plongé dans une crise profonde.

PHOTO STEPHANE MAHE, REUTERS

Le président de la formation Les Républicains, Éric Ciotti

Pour s’être allié avec le RN, M. Ciotti a été exclu par les instances de son parti, mais le tribunal judiciaire de Paris a invalidé vendredi son exclusion.

Face à cette recomposition politique accélérée, le premier ministre Gabriel Attal a dénoncé « des accords de boutique » à droite comme à gauche.  

L’incertitude dans le pays préoccupe les marchés : la Bourse de Paris a signé sa pire semaine depuis mars 2022 (-6,23 %) et effacé ses gains de l’année.