(Paris) Fractures à droite, tractations à gauche, extrême droite en force : le séisme provoqué en France par la dissolution de l’Assemblée continue jeudi de provoquer des secousses, à 17 jours de législatives qui pourraient affecter notamment le cap diplomatique du pays.

Ce qu’il faut savoir

  • Seuls 24 % des Français disent faire « confiance » à Emmanuel Macron ;
  • Le président Macron a déclenché des législatives à la suite de sa débâcle aux élections européennes ;
  • Le Rassemblement national a le vent en poupe, avec 31  % d’intentions de vote au premier tour, devant l’alliance de gauche à 28 % ;
  • Le premier tour du scrutin aura lieu le 30  juin ; le second le 7 juillet ;
  • Eric Ciotti a été évincé mercredi de la tête du principal parti conservateur, les Républicains
  • À l’appel de cinq confédérations syndicales et de nombreuses associations, l’ensemble de la gauche défilera ce week-end à travers la France ;
  • Malgré les incertitudes quant à la montée de l’extrême droite en France, le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg s’est dit convaincu jeudi qu’elle resterait une alliée « solide et importante ».

Après sa débâcle aux européennes dimanche, le camp du président Emmanuel Macron tente de présenter le scrutin des 30 juin et 7 juillet comme un « choix de société » entre le bloc « progressiste » qu’il incarnerait et les « extrêmes » à gauche et à droite qui « carburent à la division », a estimé jeudi matin le premier ministre Gabriel Attal sur la radio France inter.

« On est dans un moment difficile, il faut aller convaincre les Français, mais moi je ne suis pas du genre à baisser les bras », a-t-il ensuite déclaré à Boulogne-sur-Mer pour son premier déplacement de campagne.  

Depuis le triomphe électoral du Rassemblement national (RN, extrême droite), la recomposition politique s’accélère à grands pas dans le pays, virant parfois au chaos.

PHOTO STEPHANE MAHE, REUTERS

Eric Ciotti

Et le coup de poker de la dissolution tenté par Emmanuel Macron n’a, semble-t-il, pas eu d’effet positif sur sa popularité : seuls 24 % des Français disent faire « confiance » au président, au plus bas depuis le début de son second mandat en 2022, selon un sondage réalisé dans les jours qui ont suivi cette décision retentissante.

Depuis ce coup de théâtre, des fractures béantes se sont ouvertes au sein de l’opposition de droite. Désavoué par ses troupes pour avoir proposé une alliance inédite avec le RN, Eric Ciotti a été évincé mercredi de la tête du principal parti conservateur, les Républicains (LR), mais s’accroche à son poste.

PHOTO BERTRAND GUAY, AGENCE FRANCE-PRESSE

Marion Maréchal

Mercredi, il était allé jusqu’à verrouiller les accès du QG de cette formation pour en interdire l’accès à ses opposants. Il s’y est rendu jeudi, refusant de déposer les armes. « Je suis président du parti, je vais à mon bureau, c’est tout », a-t-il déclaré, qualifiant son exclusion de « coup de force ». Ses opposants entendent, eux, « légitimer devant la justice » l’éviction de leur ancien chef.

La crise a également disloqué le petit parti d’extrême droite Reconquête. Sa tête de liste aux européennes, Marion Maréchal, en a été exclue après avoir appelé à voter pour le RN de sa tante Marine Le Pen, qui confirme sa dynamique après avoir réalisé dimanche le meilleur score de son histoire (31,3 %).  

Le parti, engagé depuis plusieurs années dans une stratégie de dédiabolisation, caracole d’ailleurs en tête des sondages pour les législatives, même si sa possible arrivée au pouvoir suscite l’inquiétude d’une partie du pays. Des manifestations contre l’extrême droite sont ainsi prévues ce week-end, à l’appel de syndicats et d’associations.

Sentiment de « trahison »

À gauche, les discussions sur une alliance aux législatives semblent en passe d’aboutir après quelques à-coups.

Surmontant leurs divisions, La France insoumise (LFI, gauche radicale), le Parti socialiste, les Ecologistes et le parti communiste (PCF) tentent de s’entendre pour présenter un candidat unique dans la quasi-totalité des 577 circonscriptions sous la bannière « Front populaire », reprenant le nom d’une coalition victorieusement formée en France en 1936.

Des tensions sont apparues jeudi, mais elles semblent se dissiper. « On va atterrir, il y a une vraie avancée », expliquait en début d’après-midi un négociateur socialiste à l’AFP.

Reste toutefois le débat inflammable sur l’identité de celui ou celle qui deviendrait premier ministre en cas de victoire de la gauche.  

Ancien candidat à la présidentielle, le chef de file de LFI Jean-Luc Mélenchon s’est dit « capable » de diriger le gouvernement, mais il ne fait pas l’unanimité chez certains de ses partenaires de gauche, qui lui reprochent notamment des déclarations ambiguës sur l’antisémitisme depuis les attaques du 7 octobre en Israël et ses réserves sur le soutien à l’Ukraine.

LFI comme le RN appellent à de profonds changements dans la diplomatie française.

Le parti d’extrême droite, accusé d’être proche de la Russie, renâcle sur l’aide à l’Ukraine. LFI appelle, elle, à quitter le commandement intégré de l’OTAN, dénonçant un alignement systématique avec les États-Unis.

Malgré ces incertitudes, le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg s’est dit convaincu jeudi que la France resterait un allié « solide et important », quel que soit son prochain gouvernement.