(Kyiv) Les autorités installées par Moscou dans quatre régions d’Ukraine ont annoncé mardi la tenue dans l’urgence du 23 au 27 septembre de « référendums » d’annexion par la Russie, en pleine contre-offensive ukrainienne, une initiative aussitôt minimisée par Kyiv.

Mis à jour le 20 septembre
Ania TSOUKANOVA et Emmanuel PARISSE à Siversk Agence France-Presse

« Je remercie tous les amis et partenaires de l’Ukraine pour leur condamnation massive et ferme des intentions de la Russie d’organiser d’énièmes pseudo-référendums », a-t-il déclaré dans son adresse traditionnelle, tout en en minimisant l’importance.

« Il y a eu aujourd’hui des nouvelles assez bruyantes provenant de la Russie. Mais que s’est-il passé ? Qu’est-ce qu’il y a eu du nouveau par rapport à ce qui a déjà été dit auparavant ? » s’est-il ainsi interrogé.  

Le président russe Vladimir Poutine a de son côté rencontré dans la journée des diplomates étrangers et des responsables de l’industrie de l’armement, signifiant qu’il garderait son cap.

Des commentatrices russes ont elles évoqué le spectre d’une guerre nucléaire si la Russie annexait ces territoires et si le Kremlin considérait alors que la guerre avait lieu sur son sol.

Les pouvoirs séparatistes des régions de Louhansk et Donetsk ont annoncé ces votes, tout comme les autorités d’occupation russe de Kherson et Zaporijjia (sud). Ces scrutins, prévus dès cette semaine, interviendront alors que l’Ukraine entrera dans son 8e mois de guerre.

« Ces référendums fictifs ne sont pas acceptables », a jugé le chancelier allemand Olaf Scholz, les États-Unis dénonçant de leur côté des « simulacres » électoraux.  

Le président français Emmanuel Macron a lui fustigé devant l’Assemblée générale des Nations unies « un retour à l’âge des impérialismes et des colonies », peu après avoir qualifié les scrutins annoncés de « parodie ».

Ces votes, sur le modèle de celui qui a formalisé l’annexion de la péninsule de Crimée (sud) par la Russie en 2014, dénoncée par Kyiv et les Occidentaux, font l’objet de préparatifs depuis plusieurs mois.

Le calendrier semble s’être accéléré avec la contre-offensive ukrainienne qui a forcé l’armée russe à la retraite dans le nord-est du pays. Des responsables russes évoquaient jusqu’alors la date du 4 novembre, jour de l’unité nationale russe.

Les dirigeants séparatistes de Louhansk ont annoncé les premiers que le scrutin aurait lieu cette semaine, sur quatre jours à partir de vendredi.

Ils ont été suivis par le dirigeant séparatiste de Donetsk et les chefs de l’occupation de Kherson et de Zaporijjia. Tous ont demandé à M. Poutine de reconnaître les résultats du vote.

« Chantage » et revers russes

L’Ukraine a prévenu mardi que la menace russe serait « liquidée », le chef de l’administration présidentielle ukrainienne, Andriï Iermak, dénonçant un « chantage » russe motivé par « la peur de la défaite ».

« La situation sur le front démontre clairement que l’initiative est dans le camp de l’Ukraine », a affirmé pour sa part M. Zelensky.

Le chef de la diplomatie Dmytro Kouleba a de son côté assuré que l’Ukraine allait « continuer de libérer ses terres ».

Ces annonces interviennent après les revers russes de début septembre, l’armée de Moscou se retirant de la région de Kharkiv face à la pression des forces de Kyiv, fortes des approvisionnements d’armes et équipements occidentaux.

La diplomatie russe a d’ailleurs signifié à l’ambassadeur de France à Moscou que la poursuite des livraisons d’armes à l’Ukraine était « inacceptable ».

L’armée ukrainienne mène aussi une contre-offensive sur la région de Kherson dans le sud et une autre en direction de la région de Louhansk, que Moscou avait conquise dans sa totalité au printemps au prix de mois de combats meurtriers.

Kyiv espère ainsi reprendre le village de Bilogorivka, dont la conquête avait coûté cher à la Russie en mai, ses forces ayant été décimées en voulant y traverser la rivière Siverskiï Donets. Les images des blindés détruits avaient fait le tour du monde.

À une vingtaine de kilomètres de là, depuis Siversk, l’artillerie ukrainienne bombarde des positions russes.

« Ça frappe très fort », dit à l’AFP Natalia, épicière de cette ville, « le matin on sort des caves, on voit les maisons brûlées ».

Dans le bourg, des artilleurs ukrainiens épuisés se reposent sur leur canon automoteur, couvert par un arbre. « On a tiré toute la nuit, on va repartir pour recharger (en munitions, NDLR) et revenir après », dit l’un d’eux.

Arme nucléaire

M. Poutine, rencontrant mardi des industriels de l’armement et des responsables sécuritaires, a réclamé « d’accélérer les capacités de production » pour « au plus vite permettre de livrer les armements nécessaires » à son armée.  

PHOTO SPUTNIK, FOURNIE À REUTERS

Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine en janvier 2020.

Recevant les lettres de créance de nouveaux ambassadeurs, il a insisté sur le bien-fondé de sa politique étrangère « souveraine ».

Parallèlement, la chambre basse du Parlement russe a voté un texte durcissant considérablement les peines de prison encourues par les soldats qui se rendent à l’ennemi, désertent ou commettent des pillages.

Mardi matin, l’ex-président Dmitri Medvedev et actuel numéro deux du Conseil de sécurité russe avait jugé que les « référendums » d’annexion rétabliraient une « justice historique », le Kremlin considérant l’Ukraine comme historiquement russe.

« Empiéter sur le territoire de la Russie est un crime et s’il est commis, cela vous permet d’utiliser toutes les forces de légitime défense », a-t-il menacé.

Pour l’analyste russe indépendante Tatiana Stanovaïa, la tenue de ces votes signifie que Poutine veut s’arroger « le droit d’utiliser l’arme atomique pour défendre le territoire russe ».

Margarita Simonian, la patronne de la chaîne télévisée russe RT, a elle jugé que cette semaine sera soit « l’antichambre de notre victoire imminente » soit celle « de la guerre nucléaire ».