Bombardements incessants, conditions insalubres à Marioupol : devant l’évolution de la situation en Ukraine, des dizaines de pays ont annoncé être prêts à fournir davantage d’armes. Par ailleurs, le Manitoba a accueilli lundi un vol nolisé de réfugiés ukrainiens.

Mis à jour le 23 mai
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Des armes supplémentaires pour défier l’armée russe

La ville portuaire d’Odessa, dans le sud de l’Ukraine, est vitale pour les exportations de blé dans le monde, mais demeure aux prises avec le blocus russe. Le Danemark s’est engagé lundi à envoyer des lance-missiles anti-navires Harpoon – construits par Boeing – pour aider la ville à défier la marine russe.

Ces missiles sont l’un des systèmes les plus sophistiqués équipant les marines occidentales. Le Danemark est le seul pays à avoir acquis la version modifiée de cette arme qui peut être installée sur des camions pour permettre la défense côtière. Le rayon d’action de ces missiles peut aller de 125 à 300 kilomètres, selon les versions.

Vingt pays se sont par ailleurs engagés à fournir des armes supplémentaires à l’Ukraine, a annoncé le secrétaire américain de la Défense, Lloyd Austin. « De nombreux pays vont donner des munitions d’artillerie, des systèmes de défense côtière, des chars et autres blindés qui sont indispensables » pour l’armée de Kyiv, a-t-il ajouté. « L’Occident aide et continuera d’aider, tant que l’Ukraine réussit sur le champ de bataille », estime Maria Popova, professeure au département de science politique de l’Université McGill.

Zelensky plaide pour des sanctions maximales

PHOTO FABRICE COFFRINI, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, a prononcé un discours virtuel au Forum économique mondial, à Davos, lundi.

Le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, a appelé lundi à des sanctions maximales contre la Russie lors d’un discours virtuel au Forum économique mondial en Suisse. Il estime que les sanctions doivent aller plus loin pour arrêter l’agression de la Russie, y compris un embargo sur le pétrole, le blocage de toutes ses banques et la coupure complète du commerce avec la Russie. Il a également fait pression pour le retrait complet des entreprises étrangères de Russie pour empêcher de soutenir sa guerre.

L’Est bombardé

La situation devient « de plus en plus difficile » pour l’armée ukrainienne dans l’est du pays, en particulier dans la ville de Severodonetsk, bombardée « 24 heures sur 24 », selon le gouverneur de la région de Louhansk, Serguiï Gaïdaï. La nuit dernière, les forces russes ont également bombardé à l’aide de roquettes la région de Dnipropetrovsk, dans le sud-est de l’Ukraine. Malgré le peu de gains du côté de la Russie ces derniers jours, l’armée russe va « sûrement continuer de se battre encore longtemps », analyse Mme Popova.

De lourdes pertes

PHOTO EFREM LUKATSKY, ASSOCIATED PRESS

Des chars russes détruits jonchent une rue de Dmytrivka, à l’est de Kyiv.

En trois mois de batailles, les forces russes en Ukraine ont connu un taux de mortalité similaire à celui subi par l’Union soviétique (URSS) pendant sa guerre de neuf ans en Afghanistan, estiment des responsables militaires britanniques. Selon eux, le taux élevé de pertes est dû à de mauvaises tactiques, à une couverture aérienne limitée, à un manque de flexibilité et à une approche de commandement qui renforce l’échec et répète les erreurs. Il n’existe aucun bilan global des victimes du conflit, mais des sources occidentales évoquent environ 12 000 soldats russes tués.

Marioupol en ruines

Ordures en décomposition, cadavres, égouts répandus dans la ville : le conseiller du maire de Marioupol, Petro Andryushchenko, a dit craindre une épidémie dans la ville portuaire, soulignant les conditions insalubres aggravées par la météo, et demande à ce qu’il y ait une nouvelle vague d’évacuations. Mme Popova doute toutefois que la Russie soit motivée à effectuer les évacuations. « La Russie n’est pas particulièrement intéressée par l’aspect humanitaire de ce conflit », résume la spécialiste.

Arrivée de réfugiés ukrainiens au Canada

Le premier des trois vols nolisés devant transporter au Canada des réfugiés ukrainiens fuyant l’invasion russe a atterri au Manitoba lundi après-midi. Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser, affirme que les trois vols devaient contribuer à amener environ 900 Ukrainiens pour un séjour d’urgence au Canada. Le deuxième vol d’avion partira pour Montréal depuis la Pologne le 29 mai et le troisième, à destination d’Halifax, décollera le 2 juin. Ces vols nolisés s’ajoutent aux options commerciales, subventionnées par un fonds spécial, offertes aux Ukrainiens qui fuient la guerre.

Première condamnation pour crime de guerre

PHOTO SERGEI SUPINSKY, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le soldat russe Vadim Chichimarine a reconnu avoir tué un civil ukrainien au début de l’offensive russe.

Le premier soldat russe jugé pour crime de guerre depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie a été reconnu coupable et condamné à la prison à perpétuité lundi à Kyiv pour le meurtre prémédité d’un civil. L’homme de 21 ans a été accusé d’avoir tiré dans la tête d’un civil ukrainien au début de la guerre après en avoir reçu l’ordre.

La monnaie russe arrive à Kherson

Par ailleurs, Kherson, une ville du sud de l’Ukraine qui est rapidement tombée aux mains des Russes au début de la guerre, s’apprête à ajouter le rouble comme deuxième devise officielle. La monnaie de l’Ukraine demeurera toutefois présente. « Ça prouve que la Russie considère la région comme son territoire et que ses habitants devraient être prêts à vivre comme en Russie », dit Mme Popova. L’administration a également indiqué qu’un premier bureau d’une banque russe ouvrira « très prochainement » à Kherson et que « tous les entrepreneurs le souhaitant » pourront y ouvrir un compte.

Starbucks quitte la Russie

PHOTO ANTON VAGANOV, REUTERS

Starbucks a annoncé lundi qu’elle quittait la Russie dans la foulée de l’invasion de l’Ukraine.

De son côté, l’entreprise Starbucks, qui avait temporairement fermé les 130 établissements portant son nom en Russie après l’invasion de l’Ukraine, a annoncé lundi avoir pris la décision de quitter définitivement le pays. La chaîne de cafés américaine a précisé qu’elle continuerait à payer ses quelque 2000 employés russes pendant six mois et les aiderait à trouver un nouvel emploi. La multinationale McDonald’s a pris la même décision la semaine dernière.

Avec Lila Dussault, La Presse, l’Agence France-Presse, l’Associated Press et La Presse Canadienne