(Kyiv) L’aciérie Azovstal, dernier bastion défendu par les forces ukrainiennes à Marioupol, est passée vendredi sous contrôle russe alors que dans le Donbass, plus au nord, l’artillerie de Moscou pilonnait les positions de Kyiv.

Mis à jour le 20 mai
Charlotte PLANTIVE, avec Dmitry ZAKS à Severodonetsk et Patrick FORT à Kharkiv Agence France-Presse

Ce que vous devez savoir

  • Les défenseurs de l’aciérie Azovstal ont reçu l’ordre de Kyiv d’arrêter de combattre ;
  • 1908 soldats ukrainiens retranchés dans l’usine se sont rendus depuis lundi ;
  • La Russie revendique des avancées dans l’est de l’Ukraine ;
  • Le soldat russe jugé à Kyiv pour crime de guerre en Ukraine dit regretter son geste ;
  • Moscou veut créer 12 nouvelles bases militaires dans l’ouest de la Russie en réponse au renforcement de l’OTAN ;
  • Le G7 promet 19,8 milliards de dollars pour aider l’Ukraine.

En début de soirée, le porte-parole du ministère russe de la Défense a affirmé que le complexe sidérurgique avait été « entièrement libéré », après la reddition des derniers soldats ukrainiens, et que la nouvelle avait été transmise au président Vladimir Poutine.  

Plus tôt dans la journée, le chef sur place des hommes du régiment Azov, Denys Prokopenko, un large pansement au bras droit et le gauche tuméfié, avait indiqué dans une vidéo que « le commandement militaire supérieur a donné l’ordre de sauver les vies des militaires de notre garnison et d’arrêter de défendre la ville ».  

Après l’évacuation de civils puis de centaines de militaires ukrainiens faits prisonniers par les Russes, « le processus se poursuit » pour évacuer les corps des militaires tués, a ajouté le commandant de ce régiment d’élite fondé par des nationalistes ukrainiens, qui défendait Azovstal notamment aux côtés d’une unité de fusiliers marins.

Dernière poche de résistance ukrainienne dans cette ville, l’immense complexe métallurgique avec son dédale de galeries souterraines creusées à l’époque soviétique « est passé sous le contrôle complet des forces armées russes », a ajouté le porte-parole russe.

L’armée russe a publié vendredi soir des images qu’elle a présentées comme étant celles de la fouille de combattants ukrainiens désarmés par des soldats russes, particulièrement attentifs aux tatouages de leurs prisonniers.  

« Sauvetage de nos héros »

Plus tôt, des images publiées par Moscou montraient des cohortes d’hommes en tenue de combat émergeant de l’aciérie, certains avec des béquilles ou des bandages, après une longue bataille qui était devenue un symbole de la résistance ukrainienne à l’invasion russe.

Selon Kyiv, la ville-martyre a été à 90 % détruite et au moins 20 000 personnes y ont péri.

Kyiv n’a pas parlé de reddition à Azovstal mais du « sauvetage de nos héros » avec des appuis internationaux, selon les mots du président Volodymyr Zelensky jeudi soir.

L’Ukraine souhaite organiser un échange de prisonniers de guerre mais la Russie a fait savoir, visant implicitement le régiment Azov, qu’elle considérait une partie d’entre eux comme des combattants « néonazis ».

Dans un communiqué, le CICR a rappelé que la Convention de Genève imposait aux belligérants de lui donner « plein accès » laisser accéder aux prisonniers de guerre « où qu’ils soient détenus », y compris pour informer les familles qui sont « encore très nombreuses à manquer de réponses ».  

« L’enfer » au Donbass

Après avoir échoué à prendre Kyiv et Kharkiv, la deuxième ville ukrainienne (nord-est), la Russie concentre ses efforts militaires dans l’Est et le Sud. Moscou cherche notamment à conquérir totalement le Donbass, partiellement contrôlé depuis 2014 par des séparatistes prorusses.

« Les forces d’occupation russe mènent un feu intense sur toute la ligne de front », a déclaré le porte-parole du ministère ukrainien de la Défense Oleksandre Motouzianyk, ajoutant que la situation « montrait des signes d’aggravation ».

« C’est l’enfer » dans le Donbass, où est en cours une bataille d’artillerie lourde, avait déclaré jeudi soir le président ukrainien. Ses services ont signalé vendredi matin des bombardements sur un axe allant du nord-est au sud du pays.

À Lozova, une ville de l’Est, « un missile russe a frappé la maison de la culture qui venait d’être reconstruite : sept victimes, dont un enfant de onze ans » ont été blessées, a dit Volodymyr Zelensky sur Telegram.

Le président ukrainien a accompagné son message d’une vidéo montrant une puissante explosion pulvérisant le bâtiment dans un nuage de fumée.

Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a de son côté assuré que la conquête de la région de Louhansk, qui avec celle de Donetsk constitue le Donbass, était « presque achevée ».

Photo YASUYOSHI CHIBA, Agence France-Presse

Une bombe qui n’a pas explosé est tombée à côté d’une garderie de Lyssytchansk, dans l’est de l’Ukraine, le 14 mai.

Des frappes russes avaient fait 12 morts et 40 blessés jeudi à Severodonetsk, dans la région de Louhansk, selon le gouverneur local Serguiï Gaïdaï.  

D’après les autorités ukrainiennes, jusqu’à 15 000 personnes vivent encore dans des abris à Severodonetsk, dévastée par les bombes. Une équipe de l’AFP a constaté que la cité industrielle était transformée depuis plusieurs jours en champ de bataille et écrasée sous les tirs d’artillerie.

Severodonetsk et Lyssytchansk, séparées par une rivière, constituent la dernière poche de résistance ukrainienne dans la région.

« L’ennemi a lancé des tentatives d’assaut en direction de Severodonetsk, n’a pas eu de succès et a été contraint de se replier », a déclaré le ministère ukrainien de la Défense.  

Par ailleurs, des soldats russes ont tué jeudi cinq civils dans la région de Donetsk, selon le gouverneur Pavlo Kyrylenko.

À Mala Rogan, à une dizaine de kilomètres au nord-est de Kharkiv, de nombreuses affaires abandonnées dont des sacs de couchage, rasoirs, brosse à dents, blousons, voire un jeu de cartes ou des fruits à l’eau-de-vie, non loin d’un blindé détruit, montraient par contre que les soldats russes avaient dû fuir précipitamment face à une contre-attaque ukrainienne qui a libéré cette zone.

Initiative italienne

Alors que les négociations menées il y a quelques semaines sous médiation turque sont au point mort, l’Italie a indiqué vendredi avoir proposé la constitution d’un « groupe international de facilitation composé d’organisations internationales » comme l’ONU, l’UE et l’OSCE.

PHOTO YASUYOSHI CHIBA, AGENCE FRANCE-PRESSE

Une femme entre dans un abri de fortune installé dans le sous-sol d’une garderie de Lyssytchansk.

« L’objectif est de travailler pas à pas […] en partant par exemple des trêves localisées, de l’évacuation des civils, de la possibilité d’ouvrir des couloirs humanitaires sécurisés, et ensuite évidement de monter en puissance pour arriver à un cessez-le-feu général, puis une paix durable avec un véritable accord de paix », a expliqué le ministre italien des Affaires étrangères Luigi Di Maio à Turin.

L’heure est dans l’immédiat à la guerre, et le Congrès américain a débloqué jeudi une enveloppe gigantesque de 40 milliards de dollars pour soutenir l’effort de guerre ukrainien. Il s’agit notamment de permettre à l’Ukraine de s’équiper en blindés et de renforcer sa défense antiaérienne.

Parallèlement, les pays du G7 réunis en Allemagne ont promis vendredi de mobiliser 19,8 milliards de dollars (18,7 milliards d’euros) afin d’aider l’Ukraine à « combler son déficit financier ».

Mais l’Allemagne s’est dite opposée vendredi à un nouvel endettement commun européen, sur le modèle du plan de relance post-COVID-19.

Semblant s’installer dans la durée, la guerre menace d’aggraver la crise alimentaire mondiale, car elle perturbe gravement l’activité agricole et les exportations céréalières de l’Ukraine, un des plus gros exportateurs de blé.

« Arrêtez de bloquer les ports de la mer Noire ! Autorisez la libre circulation des navires, des trains et des camions transportant de la nourriture hors d’Ukraine », a réclamé jeudi soir le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU.

La Russie crée de nouvelles bases militaires

La Russie va créer 12 nouvelles bases militaires dans l’ouest du pays en réponse au renforcement de l’OTAN et son élargissement attendu à la Finlande et la Suède, a annoncé vendredi le ministre russe de la Défense.

« D’ici la fin de l’année, 12 bases militaires et unités seront déployées dans le district militaire de l’Ouest », a déclaré Sergueï Choïgou devant les cadres de son ministère et de l’armée, sans préciser la nature de ces infrastructures ni leur taille.  

Il a relevé « la croissance des menaces militaires aux frontières russes », citant en particulier les exercices de l’OTAN « Defender Europe » en cours à l’ouest et au sud-ouest de la Russie ainsi que dans l’Arctique.

Autre menace citée, « les candidatures à l’entrée dans l’OTAN de nos proches voisins, la Finlande et la Suède ».