Au lendemain de la Finlande, la Suède a confirmé lundi son désir d’entrer dans l’OTAN. « C’est la meilleure chose à faire pour la sécurité de la Suède et de son peuple », a justifié la première ministre, Magdalena Andersson.

Mis à jour le 16 mai
Marie-Claude Malboeuf
Marie-Claude Malboeuf La Presse

Ce qu’il faut savoir aujourd’hui

  • Pour la Russie, l’entrée de la Finlande et de la Suède dans l’OTAN serait « une erreur » aux « conséquences considérables » et l’expansion de l’infrastructure militaire sur leur territoire « exigerait une réaction de Moscou ».
  • D’après un plan censé être publié mercredi, l’Europe prévoit de prêter et de donner des centaines de milliards d’euros à l’Ukraine pour sa reconstruction.
  • Plus de 260 combattants ukrainiens, dont 53 blessés graves, ont été évacués de l’aciérie d’Azovstal, dans la ville dévastée de Marioupol.
  • L’armée ukrainienne a repris le contrôle d’une partie de la frontière avec la Russie dans la région de Kharkiv, mais les bombardements s’intensifient sur la ville industrielle de Sievierodonetsk, quasi encerclée.

En Finlande, où le Parlement a commencé à débattre de la question, la première ministre, Sanna Marin, a affirmé que l’« environnement de sécurité [de son pays] a fondamentalement changé ».

La Russie n’a pas tardé à critiquer la décision de ses deux voisines. Elle constitue « une erreur » aux « conséquences considérables », a déclaré lundi le vice-ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Ryabkov, cité par l’agence de presse nationale TASS.

PHOTO MARTIN MEISSNER, ASSOCIATED PRESS

Sanna Marin, première ministre de Finlande

L’entrée de la Finlande et de la Suède dans l’OTAN ne constitue pas une menace immédiate, a pour sa part déclaré le président de la Russie, Vladimir Poutine, devant les dirigeants d’une alliance militaire d’anciens États soviétiques.

Mais le déploiement d’infrastructures militaires sur leurs territoires « exigerait une réaction de Moscou », a-t-il précisé. « Nous verrons ce qu’elle sera en fonction des menaces qui seront créées pour nous. » 

Poutine a soutenu à répétition avoir envahi l’Ukraine parce que l’OTAN s’élargissait vers la frontière de la Russie.

Plusieurs pays ont promis d’appuyer la Finlande et la Suède en cas de représailles, dont les États-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Lundi, la Norvège, le Danemark et l’Islande ont fait de même dans une déclaration commune.

Aucun pays ne peut rejoindre l’OTAN à moins que ses 30 membres actuels ne fassent ratifier cette décision par leurs parlements respectifs.

La majorité d’entre eux se sont montrés favorables à l’adhésion de la Finlande et de la Suède. Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a au contraire déclaré lundi qu’une visite de leurs délégations ne le convaincra pas d’approuver leur adhésion, parce qu’il estime qu’elles abritent des terroristes hostiles à la Turquie.

Prêts et dons

L’Ukraine pourrait recevoir de l’Europe des prêts bon marché et des subventions – et peut-être le produit de biens saisis aux oligarques russes – pour financer la reconstruction de ses infrastructures détruites. L’exercice coûtera des centaines de milliards d’euros et prendra plus d’une décennie, d’après un plan de la Commission européenne obtenu par The Guardian.

PHOTO DIMITAR DILKOFF, AGENCE FRANCE-PRESSE

Un homme s’approche d’un pont détruit dans le village de Ruska Lozova, au nord de Kharkiv, deuxième ville d’Ukraine.

Le document précise que l’Ukraine aura besoin d’une « aide financière importante à court terme pour maintenir les services de base », fournir une aide humanitaire et réparer les installations essentielles.

L’Ukraine a par ailleurs demandé le soutien économique du Fonds monétaire international (FMI), a indiqué dans un tweet, lundi, le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky.

Évacuations et bombardement

Plus de 260 combattants ukrainiens sur 1000, dont 53 blessés graves, ont été évacués des dédales souterrains de l’aciérie Azovstal, dans la ville portuaire dévastée de Marioupol, rapporte l’AFP.

PHOTO ALEXANDER ERMOCHENKO, REUTERS

Un militaire ukrainien blessé lors du siège de l’aciérie d’Azovstal, à Marioupol, est transporté sur une civière hors d’un bus, arrivé à Novoazovsk sous escorte des forces prorusses.

Ils ont été conduits dans des localités contrôlées par les forces russes et prorusses et seront plus tard « échangés », a annoncé dans une vidéo la vice-ministre ukrainienne de la Défense, Ganna Malyar.

Un peu plus tôt, la garnison de combattants avait annoncé sur les réseaux sociaux qu’elle avait « exécuté l’ordre » du commandement militaire ukrainien « afin de sauver des vies » et « espérait le soutien du peuple ukrainien ».

Des centaines de blessés demeureraient assiégés.

PHOTO ALEXANDER ERMOCHENKO, REUTERS

Convoi des forces prorusses, avant l’évacuation prévue de soldats ukrainiens blessés de l’aciérie d’Azovstal, à Marioupol

L’armée ukrainienne a par ailleurs repris le contrôle d’une partie de la frontière avec la Russie dans la région de Kharkiv, ont affirmé lundi les autorités ukrainiennes. Des soldats ukrainiens s’y sont installés après avoir expulsé les Russes, qui se déplacent maintenant vers Louhansk, légèrement plus à l’est. Ils veulent s’emparer de la ville industrielle de Sievierodonetsk, quasi encerclée depuis le 6 mai.

De puissantes frappes de missiles ont tué au moins 10 personnes depuis le week-end et détruit plusieurs sites, dont un hôpital, selon les autorités locales. Les bombardements se poursuivent, y compris dans des quartiers résidentiels.

« Échec moral »

Si l’Union européenne n’approuve pas la candidature de l’Ukraine d’ici juin, « ce sera un échec moral qui ne pourra être toléré et qui sera jugé par l’histoire », a déclaré lundi le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba.

PHOTO OLIVIER MATTHYS, ASSOCIATED PRESS

Dmytro Kuleba, ministre des Affaires étrangères de l’Ukraine

Alors en entrevue à Bloomberg Television, le ministre a aussi exclu de faire une offre à Vladimir Poutine en échange de la fin de son invasion. L’Ukraine, dit-il, veut restaurer sa pleine intégrité territoriale, y compris les zones du Donbass et la péninsule de Crimée, qu’elle ne contrôle plus depuis des années. « Nous voulons que tout ce qui nous appartient soit à nous », a-t-il déclaré.

Avec l’Agence France-Presse, Reuters, The Guardian

En savoir plus

  • 100 000
    Nombre d’habitants à Sievierodonetsk avant la guerre
    SOURCE : AGENCE FRANCE-PRESSE
    85 %
    Proportion d’entre eux ayant fui depuis
    SOURCE : AGENCE FRANCE-PRESSE