Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est désolé vendredi que la ville de Marioupol soit « complètement détruite ». Il a affirmé qu’il ne restait rien à prendre à part l’aciérie Azovstal. De son côté, un haut responsable du Kremlin a annoncé l’intention de la Russie de rester « pour toujours » dans la ville de Kherson.

Publié le 7 mai
Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

L’aciérie Azovstal, tout ce qu’il reste

Volodymyr Zelensky a affirmé vendredi que la ville de Marioupol était « complètement détruite ».

« Il faut comprendre que Marioupol ne tombera jamais […], elle est dévastée, il n’y a plus aucune structure, tout a été complètement détruit », a-t-il dit lors d’une intervention par visioconférence avec le cercle de réflexion Chatham House à Londres. Tout ce qu’il reste, « cette petite structure, l’aciérie Azovstal », a ajouté le président.

Le ministre de la Défense d’Ukraine a d’ailleurs déclaré que les forces russes continuaient d’attaquer le secteur de l’usine. Une voiture de secours aurait été la cible d’un missile guidé antichar. « Un combattant a été tué et six autres ont été blessés », a indiqué le régiment Azov, qui protège le site industriel.

« L’ennemi continue de violer tous les accords et de ne pas respecter les garanties de sécurité des évacuations de civils », a ajouté le responsable du régiment à un journaliste de l’Agence France-Presse.

Malgré la trêve fragile avec la Russie, l’ONU a réussi à évacuer 50 personnes de l’usine, des femmes, des enfants et des personnes âgées, selon la vice-première ministre de l’Ukraine, Iryna Verechtchouk.

L’Institut américain d’étude de la guerre estime que ce n’est qu’une question de jours avant que les forces russes réussissent à prendre le contrôle de l’aciérie.

« Dans le discours russe, ils disent déjà qu’ils se sont emparés de Marioupol, affirme Aurélie Campana, de l’Université Laval, spécialiste des violences politiques et de la Russie. Il reste peut-être des soldats ukrainiens sous terre, mais ils ne sont pas en mesure de mener un assaut à l’extérieur de l’usine métallurgique. »

« La Russie est là pour toujours »

La Russie compte rester « pour toujours » à Kherson, ville du sud de l’Ukraine. C’est l’une des rares fois qu’un haut responsable russe annonce de façon aussi claire l’intention de Moscou de rester dans les territoires pris par l’armée.

« En m’adressant aux habitants de la région de Kherson, j’aimerais dire encore une fois que la Russie est là pour toujours. On ne doit en avoir aucun doute », a déclaré Andreï Tourtchak, dans un communiqué de presse.

Aurélie Campana précise qu’un général russe a également affirmé, la semaine dernière, l’intention du Kremlin de conserver les territoires nouvellement conquis en Ukraine. « La Russie veut s’emparer du sud et de l’est de l’Ukraine pour former ce qu’elle appelle une Novorossia, c’est-à-dire une Nouvelle-Russie », explique la professeure

Andreï Tourtchak a précisé qu’il n’y aurait « aucun retour vers le passé ». « Nous allons vivre ensemble », a-t-il ajouté. Il a affirmé que la Russie aiderait les habitants de la région de Kherson tout comme elle soutient les villes séparatistes prorusses de Donetsk et de Louhansk. Les anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale recevront d’ailleurs des cadeaux et une prime à l’occasion du 9-Mai, Jour de la Victoire, où la Russie célèbre la capitulation de l’Allemagne nazie, indique le communiqué de presse.

Un journaliste poursuivi

PHOTO KIRILL KUDRYAVTSEV, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le journaliste russe Ilya Azar, en 2019

Un journaliste et opposant russe devra faire face à la justice pour avoir critiqué l’offensive de Moscou en Ukraine.

Ilia Azar a indiqué, vendredi, qu’il faisait l’objet d’une poursuite administrative pour avoir « discrédité le recours aux forces armées russes pour protéger les intérêts de la Russie et de ses citoyens, et maintenir la paix internationale ». C’est une publication Facebook qui est à l’origine de l’accusation, a précisé M. Azar.

Le journaliste ne se trouve pas en Russie actuellement. Il affirme qu’il risque une amende de 100 000 roubles (près de 2000 $).

Depuis le lancement de l’offensive en Ukraine, la Russie a renforcé son arsenal législatif afin de pouvoir imposer de lourdes amendes et infliger des peines de prison aux personnes coupables d’avoir « discrédité » l’armée ou publié de « fausses informations ». Qualifier l’offensive militaire de « guerre » suffit pour être poursuivi.

Ce qui s’est aussi passé vendredi…

  • Les dirigeants des grandes puissances du G7 vont tenir une réunion virtuelle, dimanche, consacrée à la guerre en Ukraine, à laquelle participera aussi Volodymyr Zelensky, a annoncé Berlin.
  • Pas moins de 41 personnes, dont 11 femmes, ont été libérées dans le cadre d’un échange de prisonniers avec la Russie, a annoncé Kyiv. Le nombre de Russes remis à Moscou n’a pas été révélé.
  • Le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé une déclaration unanime apportant un « ferme soutien » au secrétaire général de l’Organisation « dans la recherche d’une solution pacifique » à la guerre menée par la Russie en Ukraine.
  • La police a dispersé une cinquantaine de femmes qui défiaient l’interdiction de manifester à Kyiv. Les épouses de soldats à Marioupol demandaient l’évacuation de leurs maris.