Les Occidentaux ont durci le ton face à la Russie au 62e jour de l’invasion en Ukraine. Parallèlement, des explosions dans la région séparatiste de Transnistrie, en Moldavie, font craindre un débordement du conflit.

Publié le 26 avril
Frédérik-Xavier Duhamel
Frédérik-Xavier Duhamel La Presse

Les États-Unis sont prêts à « remuer ciel et terre » pour faire gagner l’Ukraine, a affirmé mardi le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, lors d’une réunion avec ses homologues alliés en Allemagne. Berlin autorisera lui-même la livraison à l’Ukraine d’une cinquantaine de blindés de type Guépard, spécialisés dans la défense antiaérienne. Il s’agit d’un tournant majeur dans la politique suivie jusqu’ici par l’Allemagne dans son soutien militaire à Kyiv.

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Lloyd Austin, secrétaire à la Défense des États-Unis, lors d’une conférence de presse à la base aérienne de Ramstein, en Allemagne

« Les États-Unis haussent le ton de leur message », a observé la professeure Anessa Kimball, directrice du Centre sur la sécurité internationale de l’Université Laval. Ils feront « tout ce qu’ils peuvent » pour soutenir l’Ukraine dans le conflit sans y envoyer de soldats, selon elle. Or, « c’est justement ça que la Russie veut » afin que « le conflit soit coûteux » pour les États-Unis et leurs alliés, a-t-elle avancé.

« Je ne sais pas trop ce qu’ils [les Américains] imaginent comme étant une “victoire” ukrainienne », s’est interrogé par courriel le professeur Michel Fortmann, politologue de l’Université de Montréal. « Pour l’instant, ce qui s’annonce, c’est un conflit qui dure et qui s’enlise. »

Explosions en Transnistrie

Une série d’explosions en Transnistrie, région de la Moldavie frontalière de l’Ukraine, fait craindre un débordement du conflit. « Il s’agit d’une tentative pour accroître les tensions », a déclaré la présidente de la Moldavie, Maia Sandu. Kyiv a accusé Moscou de chercher à « déstabiliser » la région séparatiste et appuyée par la Russie.

« Ça fait partie du plan de la Russie », selon Mme Kimball, soulignant que la frontière y est instable depuis des années. « On voit que la stratégie qui a changé, c’est de prendre ce côté de l’accès à la mer Noire », a-t-elle expliqué, liant ces évènements à la prise de Marioupol et à la présence de forces russes au large d’Odessa.

M. Fortmann y voit cependant un « incident mineur ». « Il faut voir ce que les Russes en font dans les prochains jours », a-t-il suggéré prudemment.

Au moins neuf civils tués mardi

Au moins neuf civils ont péri mardi dans des bombardements de l’armée russe dans l’est et le sud de l’Ukraine, selon des bilans diffusés par les autorités locales.

Dans l’est du pays, plusieurs localités sont tombées ces dernières semaines, et l’armée russe progresse toujours. Dans les régions du Donbass, « l’ennemi effectue des frappes sur les positions de nos troupes sur toute la longueur de la ligne de front », a souligné mardi le ministère de la Défense de l’Ukraine. Dans la région de Louhansk, la ville de Popasna continue d’être pilonnée, avec trois morts retrouvés sous les décombres d’un immeuble effondré. Et dans la région de Donetsk, au moins deux civils ont été tués et six autres, blessés. Dans un bombardement à Kharkiv, trois personnes ont été tuées et sept, blessées.

Dans le sud du pays, deux missiles russes ont touché mardi matin la ville de Zaporijjia, faisant au moins un mort et un blessé. À Marioupol, la situation est toujours bloquée. Les forces russes continuent d’y pilonner le complexe métallurgique Azovstal, où sont retranchés les derniers combattants ukrainiens avec, selon eux, près de 1000 civils.

Jusqu’à 8,3 millions de réfugiés, selon l’ONU

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Des secouristes aident une femme âgée à monter dans un train d'évacuation à Pokrovsk, dans l’est de l’Ukraine.

Il n’existe aucun bilan global des victimes civiles. Rien qu’à Marioupol, les autorités ukrainiennes parlent de 20 000 morts. Sur le plan militaire, le président Volodymyr Zelensky a déclaré qu’environ 2500 à 3000 soldats ukrainiens avaient été tués depuis le début du conflit. Le Kremlin a récemment admis de son côté des « pertes importantes ». Le 25 mars, il avait reconnu la mort de 1351 soldats. Certaines sources occidentales font état de jusqu’à 12 000 soldats russes morts. Quelque 8,3 millions de personnes pourraient fuir cette année l’Ukraine, a souligné mardi l’ONU. Un peu plus de 5,2 millions d’Ukrainiens sont déjà partis de leur pays.

Poutine n’est pas « sérieux », selon Blinken

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Vladimir Poutine, président de la Russie

Le président de la Russie, Vladimir Poutine, a affirmé mardi au chef des Nations unies, António Guterres, croire toujours en une issue positive des négociations avec l’Ukraine, malgré la poursuite des combats entre les deux pays. Or, Poutine n’est pas « sérieux » dans ses intentions de négocier avec l’Ukraine pour mettre fin au conflit, a estimé mardi le secrétaire d’État américain, Antony Blinken.

Avec l’Agence France-Presse