(Paris) Même après avoir perdu plus de 10 000 habitants de la ville, l’armée ukrainienne ne compte pas capituler à Marioupol. Un groupe de combattants se cache actuellement dans les tunnels souterrains afin de déjouer l’adversaire.

Mis à jour le 12 avril
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Les tunnels de Marioupol

La conquête de la ville de Marioupol par les Russes est bloquée par un groupe de combattants cachés dans les tunnels d’un vaste ensemble industriel. Ces passages souterrains sont très efficaces pour créer l’incertitude chez l’adversaire, puisqu’ils réduisent l’efficacité de l’artillerie ennemie, ses frappes aériennes, son infanterie, ses snipers et empêchent la surveillance satellite. Pour les forces russes, l’entrée dans les tunnels est « impossible », confirme Alexander Grinberg, analyste au Jerusalem Institute for Security and Strategy (JISS). Elles « peuvent essayer de le faire, mais elles seront massacrées parce que les défenseurs des tunnels ont l’avantage tactique absolu ». Cette stratégie a été utilisée à plusieurs reprises, notamment pendant la guerre d’Indochine et la bataille de Stalingrad dans les années 1940.

Le bilan s’alourdit

Jusqu’à présent, au moins 10 000 personnes ont été tuées à Marioupol, a indiqué le maire de la municipalité, Vadym Boïchenko, qui ajoute que des cadavres « tapissent les rues ». Le maire a toutefois précisé que le nombre de morts à Marioupol pourrait dépasser les 20 000. S’adressant lundi par téléphone à l’Associated Press, M. Boïchenko a accusé les forces russes d’avoir bloqué pendant plusieurs semaines des tentatives d’organisation de convois humanitaires dans la ville, en partie pour dissimuler le carnage.

Substance toxique

L’Ukraine a déclaré mardi qu’elle enquêtait sur une allégation selon laquelle une substance toxique avait été larguée sur ses troupes. La même journée, le Canada a annoncé qu’il enquêterait sur le sujet. « Nous nous efforçons de confirmer ces informations de manière indépendante et nous continuerons à suivre de près la situation », a déclaré la porte-parole d’Affaires mondiales Canada, Marilyne Guèvremont, ajoutant que l’utilisation d’armes chimiques est interdite par le droit international, notamment par la Convention sur l’interdiction des armes chimiques.

Poutine promet de poursuivre l’invasion

PHOTO MIKHAIL KLIMENTYEV, AGENCE FRANCE-PRESSE

Vladimir Poutine, président de la Russie

Chose certaine, Vladimir Poutine ne compte pas battre en retraite de sitôt. Le président de la Russie a promis mardi que l’invasion de l’Ukraine par la Russie allait se poursuivre jusqu’à ce qu’il ait atteint ses objectifs. Il a également affirmé que tout se déroulait comme prévu, malgré un repli majeur de ses troupes face à la féroce opposition ukrainienne et la mort de nombreux combattants. Les troupes russes, contrecarrées dans leur poussée vers la capitale ukrainienne, se concentrent désormais sur le Donbass, dans l’est du pays.

Des centaines de viols

PHOTO RONALDO SCHEMIDT, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine

Mardi, le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, a dénoncé « des centaines de cas de viol » constatés dans les zones précédemment occupées par l’armée russe après le début de l’invasion, « y compris de jeunes filles mineures et de tout petits enfants ». « Presque quotidiennement, on retrouve de nouvelles fosses communes », a-t-il déclaré. « Des milliers et des milliers de victimes. Des centaines de cas de torture. On continue de retrouver des corps dans les égouts et les caves. »

400 morts

Le maire de la ville ukrainienne de Boutcha, où des cadavres de civils aux mains liées et blessés par balle à la tête ont été découverts après le retrait des forces russes, a déclaré que 403 corps avaient été retrouvés jusqu’à présent. On craint que le bilan ne s’alourdisse.

Le maire de Gostomel exhumé

PHOTO FADEL SENNA, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le corps du maire de Gostomel, Yuriy Prylypko, a été exhumé mardi.

À Gostomel, près de Kyiv, le maire, qui a été tué par des soldats russes le 7 mars, a été exhumé mardi devant des enquêteurs ukrainiens, dans le cadre d’une investigation pour déterminer s’il a été victime d’un crime de guerre. À l’aide d’une longue corde jaune, son cadavre a été hissé hors de sa tombe. La police a filmé chacune de ses blessures, dont une à la tête, selon des journalistes de l’AFP sur place. Selon la mairie, sa mort est survenue « alors qu’il distribuait du pain et des médicaments aux malades, et réconfortait les blessés ».

Un « génocide » en Ukraine, selon Biden

Joe Biden a par ailleurs accusé mardi l’armée russe de « génocide » en Ukraine, utilisant pour la première fois ce terme afin de qualifier la situation. « Le budget de votre famille, votre capacité à faire votre plein d’essence, rien de tout cela ne devrait dépendre du fait qu’un dictateur déclare la guerre et commet un génocide à l’autre bout du monde », a déclaré le président américain lors d’un déplacement en Iowa consacré à la lutte contre l’inflation.

Zelensky propose un échange

Le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, a proposé mardi soir à Moscou d’« échanger » le député et homme d’affaires ukrainien Viktor Medvedtchouk, proche du président de la Russie, Vladimir Poutine, et récemment arrêté, contre les Ukrainiens en captivité en Russie. « Je propose à la Fédération de Russie d’échanger cet homme contre nos garçons et nos filles qui sont actuellement en captivité en Russie », a-t-il déclaré dans une allocution vidéo publiée sur Telegram.

Avec l’Agence France-Presse et La Presse Canadienne