(Berlin) L’influent cardinal de Munich Reinhard Marx s’est prononcé en faveur d’une levée de l’obligation de célibat pour les prêtres dans l’église catholique allemande, en crise profonde en raison des scandales de pédophilie, dans un entretien paru mercredi.

Publié le 2 février
Agence France-Presse

« Pour beaucoup de prêtres, ce serait mieux s’ils étaient mariés », a jugé le prélat dans cette interview au quotidien Suddeutsche Zeitung.

« Je me demande si (le célibat sacerdotal) doit être posé comme une condition de base pour chaque prêtre », a ajouté l’ecclésiastique, un « modéré » au sein de l’Église catholique allemande qui s’est déjà dans le passé montré ouvert à la levée du célibat, en particulier dans les régions en manque cruel de prêtres en Amérique latine.

Je pense que les choses telles qu’elles sont ne peuvent plus continuer ainsi.

Le cardinal de Munich Reinhard Marx

« Je le dis toujours aux jeunes prêtres. Vivre seul ce n’est pas si facile », a-t-il poursuivi, appelant à une discussion de fond sur le sujet.

« Et si certains disent : sans obligation de célibat, ils vont tous se marier ! Ma réponse est : et alors ? Si tous se marient, ce serait pour le moins un signe montrant que les choses telles qu’elles sont ne fonctionnent pas », a-t-il insisté

Ces déclarations d’une clarté inhabituelle interviennent à la veille d’une nouvelle assemblée du synode allemand censé aboutir d’ici 2023 à une modernisation de l’institution qui souffre d’une fuite de ses fidèles et de difficultés à recruter de nouveaux prêtres.  

La place des femmes dans l’Église

Parmi les grands thèmes de ce synode, vu d’un œil méfiant par les conservateurs et le Vatican : les prêtres mariés ainsi qu’une place plus grande réservée aux laïcs et aux femmes.  

L’église catholique est plus que jamais sous le feu des critiques pour son traitement de la pédocriminalité en son sein.

Un rapport indépendant, commandé par le cardinal de Munich, a récemment dénoncé une dissimulation systématique des violences sexuelles sur mineurs dans l’archevêché de Munich et Freising entre 1945 et 2019. Ses auteurs ont accusé plusieurs hauts dignitaires de n’avoir rien entrepris pour empêcher les sévices dans certains cas, y compris Joseph Ratzinger, avant qu’il ne devienne le pape Benoît XVI, et Mgr Marx.

Il y a quatre ans, un rapport global a dévoilé qu’au moins 3677 enfants avaient été victimes d’agressions sexuelles commises depuis 1946 dans l’église catholique en Allemagne.  

Mais ses auteurs, qui n’avaient pas eu accès à toutes les archives de l’Église, ont estimé que le nombre des victimes devait être considérablement plus élevé.