(Berlin) Joe Biden a assuré jeudi que toute entrée de troupes russes sur le territoire ukrainien serait considérée comme une « invasion », après avoir suscité l’indignation de Kiev en évoquant mercredi la possibilité d’une « incursion mineure » de la Russie en Ukraine.

Mis à jour le 20 janvier
Agence France-Presse

Disant avoir été « absolument clair » avec le président russe Vladimir Poutine, le président américain a déclaré : « Si un groupe d’unités russes, quel qu’il soit, traverse la frontière de l’Ukraine, c’est une invasion. »

« Cela entraînera une réponse économique sévère et coordonnée dont j’ai discuté en détail avec nos alliés », a-t-il ajouté, s’adressant à la presse avant une réunion consacrée à ses projets d’infrastructures.

« Il ne doit y avoir aucun doute : si Poutine fait ce choix, la Russie le paiera très cher », a insisté le démocrate.

« Ce n’est pas le seul scénario auquel il faut se préparer. La Russie a une longue expérience de mesures d’agression qui ne sont pas l’action militaire ouverte », a-t-il précisé, évoquant de possibles « actions menées par des soldats russes ne portant pas l’uniforme russe » ou des « cyberattaques ».

« Nous devons être prêts à répondre également à cela de manière unie et déterminée », a-t-il encore dit.

Message confus mercredi

Le président américain avait suscité mercredi la controverse et l'indignation de l'Ukraine en semblant indiquer qu’une « incursion mineure » de la Russie pourrait entraîner une réponse plus modeste des alliés de l’OTAN. La Maison-Blanche avait en soirée clarifié cette remarque, assurant que la réponse serait « sévère » en cas d’attaque militaire contre l’Ukraine.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a réagi jeudi en soulignant que les « incursions mineures » n’existent pas.

« Nous voulons rappeler aux grandes puissances qu’il n’y a pas d’incursions mineures et de petites nations. Tout comme il n’y a pas de victimes mineures et de petit chagrin suite à la perte d’êtres chers », a déclaré M. Zelensky sur Twitter.

La déclaration ukrainienne est survenue après une mise au point du secrétaire d'État américain Anthony Blinken, à Berlin, durant une tournée diplomatique pour s’assurer du soutien des Européens face à la Russie. Il doit rencontrer le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, à Genève vendredi.  

« Nous avons toujours été très clairs : tout franchissement par des forces militaires russes de la frontière ukrainienne pour y commettre de nouveaux actes d’agression contre l’Ukraine, entraînera une réponse rapide et sévère des États-Unis, de nos alliés », a-t-il souligné à l’issue d’un entretien avec son homologue allemande, Annalena Baerbock.

Les Occidentaux « agissent ensemble d’une seule voix lorsqu’il s’agit de la Russie. Cette unité nous donne de la force. Une force, pourrais-je ajouter, que la Russie n’a pas et ne peut pas égaler », a déclaré M. Blinken à l’issue de ses entretiens avec la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne.

« Nous exhortons la Russie à prendre des mesures en vue d’une désescalade », a déclaré la cheffe de la diplomatie allemande Annalena Baerbock lors de cette conférence de presse.

« Toute nouvelle position agressive, toute nouvelle agression, aurait de graves conséquences », a ajouté la ministre. Selon elle, « rien de moins n’est en jeu que la préservation de l’ordre de paix européen ».

Mme Baerbock a assuré que les alliés occidentaux n’hésiteraient pas à agir, même si cela incluait des mesures qui « pourraient avoir des conséquences économiques pour nous-mêmes ».  

Le gazoduc Nord Stream 2, récemment achevé, mais pas encore certifié, qui devrait doubler l’approvisionnement en gaz russe de l’Allemagne, a longtemps été considéré comme une monnaie d’échange possible dans la crise.  

Principal soutien du projet, l’Allemagne a régulièrement insisté sur le fait que le gazoduc n’était qu’un projet commercial et ne devait pas être arrêté pour des raisons politiques.

Mais le chancelier Olaf Scholz a dissipé cette semaine les ambiguïtés sur l’avenir de ce projet, affirmant que l’Allemagne s’était engagée auprès des Américains à bloquer sa mise en service si la Russie attaquait l’Ukraine.

La Russie nie toute velléité belliqueuse en Ukraine, se dit menacée par le renforcement de l’OTAN dans la région et assure que ses milliers de soldats à la frontière ukrainienne ne sont pas une menace.