(Oslo) Les chances, jugées déjà minces, d’une libération anticipée du néonazi Anders Behring Breivik, dix ans après le pire massacre commis en Norvège dans l’après-guerre, se sont amenuisées mercredi avec le témoignage clé d’une psychiatre, qui l’a présenté comme toujours aussi dangereux.

Publié le 19 janvier
Pierre-Henry DESHAYES Agence France-Presse

Disant avoir renoncé à la violence, Breivik, qui a tué 77 personnes en 2011, plaide pour une libération conditionnelle. L’extrémiste de 42 ans avait été condamné en 2012 à la peine maximale à l’époque, soit 21 ans de prison susceptibles d’être prolongés aussi longtemps qu’il est jugé dangereux et assortis d’un minimum de dix ans.

Une psychiatre qui l’a observé en prison, la seule experte à être appelée à la barre cette semaine, a sapé ses espoirs d’une remise en liberté immédiate.  

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La psychiatre Randi Rosenqvist estime que Anders Behring Breivik est toujours aussi dangereux.

« J’estime que Breivik a le même diagnostic que celui qu’il a toujours eu », a déclaré Randi Rosenqvist devant le tribunal du Telemark au deuxième jour d’une procédure délocalisée, pour des raisons de sécurité, dans le gymnase de la prison de Skien (sud) où le détenu purge sa peine.

« Le risque de futurs actes violents n’a pas changé par rapport à 2012 et 2013 quand j’ai rédigé ma première évaluation » réalisée à l’époque où Breivik a été jugé, a-t-elle affirmé.

Le 22 juillet 2011, Breivik avait fait exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo, faisant huit victimes, puis tué 69 autres personnes, des adolescents pour la plupart, en ouvrant le feu sur un camp d’été de la Jeunesse travailliste sur l’île d’Utøya.

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Anders Behring Breivik plaide qu’il ne représente plus un danger pour la société après 10 ans en détention. Il a entrepris sa demande de libération conditionnelle en faisant le salut nazi le mardi 18 janvier 2022.

Selon Mme Rosenqvist, le détenu souffre de troubles de la personnalité qu’elle a décrite comme « asociale, histrionique et narcissique », manque d’empathie et aurait « très peu de chances de fonctionner » dans la société en cas de libération.

Généralement placide, l’intéressé a à plusieurs reprises secoué la tête et ri pendant son intervention.

Invoquant son absence de remords crédibles et ses tentatives continues de diffuser son idéologie, les autorités pénitentiaires ont également souligné que les conditions d’une libération conditionnelle n’étaient pas réunies.

« La prison estime qu’il y a un danger important pour qu’il commette à nouveau des crimes semblables à ceux pour lesquels il a été condamné, s’il est libéré à ce stade », a témoigné une conseillère juridique de la prison de Skien, Emily Krokann.

Hostilité des autres prisonniers

Breivik, de son côté, s’est plaint de conditions de détention, disant être traité « comme un animal », faute de contacts suffisants avec le monde extérieur.

En prison, il dispose de trois cellules aménagées de sorte notamment qu’il puisse y suivre des études et faire des exercices physiques. En 2016, il avait réussi à faire condamner l’État pour traitement « inhumain » et « dégradant » en raison de son isolement, un jugement qui avait été cassé en appel.

« Quelqu’un qui a été jugé pour un acte criminel ne peut jamais garantir qu’il ne le refera jamais parce que cela dépend de la société, si elle lui donne une chance ou pas », a-t-il dit mercredi aux trois juges, qui lui demandaient de prouver qu’il n’était plus, comme il affirme, un militant violent.

Sa demande de libération conditionnelle a choqué dans le pays nordique, où familles des victimes, rescapés et experts redoutaient qu’il fasse de la procédure une tribune politique retransmise en direct par certains médias.

Avec ses saluts hitlériens, écriteaux à caractère politique et tirades idéologiques, Breivik a conforté leurs craintes.

Il a assuré qu’en cas de libération anticipée, il continuerait son engagement pronazi, mais par des voies pacifiques.  

Appelé à témoigner par la défense, le Suédois Per Öberg, porte-parole du Mouvement de résistance nordique, a affirmé que son groupuscule néonazi était prêt à entretenir des contacts avec Breivik pour rompre son isolement.

« Nous ne jugeons personne », a-t-il dit par téléphone depuis la Suède.

Pour sa part, Mme Rosenqvist a souligné les difficultés à fournir une forme de vie sociale à Breivik, étape considérée comme condition nécessaire à une réhabilitation et une réinsertion future dans la société.

« Il n’y a pas beaucoup de prisonniers qui ont envie de lui parler », a-t-elle fait valoir. « La plupart ont envie de lui faire du mal ».

En théorie, Breivik peut à nouveau demander sa libération conditionnelle un an après un rejet éventuel.