(Berlin) Le chancelier Olaf Scholz a fermement défendu vendredi son projet d’instaurer l’obligation vaccinale contre la COVID-19 en Allemagne même si l’adoption de la mesure a pris du retard dans un climat déjà surchauffé par les restrictions existantes.

Publié le 7 janvier
David COURBET Agence France-Presse

Initialement prévu la semaine prochaine, le premier débat au Bundestag sur ce sujet délicat n’aura finalement lieu que fin janvier, la proposition de loi parlementaire se faisant toujours attendre.

Pire : le groupe parlementaire des sociaux-démocrates (SPD), le plus important, ne s’attend pas à ce que le processus législatif soit achevé avant la fin mars.

Il s’agit d’un premier revers pour le nouveau chancelier SPD Olaf Scholz qui, avant même son intronisation en novembre, avait assuré que le processus allait « démarrer cette année encore », soit en 2021.

À l’issue d’une réunion au sommet vendredi entre gouvernement et régions pour mieux combattre le coronavirus et notamment le variant Omicron, M. Scholz a cependant assuré que tous les Länder allemands s’étaient prononcés en faveur de la mesure.

« Les 16 chefs de gouvernement ont déclaré qu’ils étaient favorables à une vaccination obligatoire générale », a-t-il déclaré, se disant « soutenu au maximum ».

Il a renvoyé cette décision aux députés qui, selon lui, prendront des « décisions intelligentes » et « correctes ».

Outre son caractère obligatoire, c’est également la mise en place d’un registre de vaccination, centralisé par l’administration, qui pose problème dans un pays toujours traumatisé par la surveillance de masse sous le nazisme puis en Allemagne de l’Est.

Gouvernement sous tension

Le sujet divise aussi la nouvelle coalition formée entre SPD, écologistes et libéraux du FDP car ces derniers sont réservés face à une vaccination obligatoire. Ils se veulent les garants de la « liberté de conscience individuelle ».

« La protection de la santé est un bien précieux, mais le bien le plus précieux de notre Constitution, c’est et reste la liberté », a affirmé jeudi Christian Lindner, leur chef de file et actuel ministre des Finances.

Selon lui, l’évolution de la pandémie au cours des dernières semaines, globalement sous contrôle en Allemagne où les contaminations quotidiennes avoisinent les 55 000 cas, montre qu’il faut « agir avec modération ».

Le FDP préfère attendre de voir comment vont évoluer l’épidémie et le variant Omicron, moins dangereux que son homologue Delta mais plus contagieux, selon une étude de l’agence sanitaire britannique. Ce variant devrait bientôt devenir majoritaire en Allemagne.

« Si en février/mars, il existe des indices solides montrant que la vaccination obligatoire entraîne une nette augmentation de la liberté de mouvement pour nous tous, alors tout plaide en faveur de cette solution », a estimé le ministre libéral de la Justice Marco Buschmann dans die Zeit.

« Si, en revanche, la vaccination ne devait aider que pendant deux ou trois mois de manière prévisible, mais que pour le reste, tout reste fondamentalement comme avant, alors cela plaide plutôt contre une vaccination obligatoire », a-t-il ajouté.

Les parlementaires libéraux ont d’ailleurs annoncé préparer une contre-proposition qui écarterait l’obligation vaccinale. Cette dernière sera cependant rendue obligatoire en mars pour le personnel médical.

Manifestations violentes

Les manifestations, parfois avec des débordements, rassemblant plusieurs centaines d’opposants à celle-ci mais aussi aux restrictions déjà en place, sont de plus en plus nombreuses en Allemagne, où seulement 71,6 % de la population est totalement vaccinée.

Des armes avaient même été saisies fin décembre lors d’un raid de la police en Saxe après des menaces de mort proférées par la mouvance anti-vaccin contre un dirigeant national.

D’autres pays européens ont introduit, ou comptent introduire une obligation vaccinale, dans un contexte plus apaisé.

L’Autriche doit être le premier pays de l’UE à le faire dès début février, comme prévu initialement, a déclaré le gouvernement du chancelier Karl Nehammer jeudi.

Dans des remarques sur le texte de loi transmises vendredi, ELGA GmbH, l’instance autrichienne chargée du dossier médical électronique, écrit cependant que « la mise en œuvre technique de la vaccination obligatoire » ne sera possible « qu’à partir d’avril 2022 au plus tôt ».

De son côté, l’Italie a décidé d’instaurer l’obligation vaccinale pour toutes les personnes âgées de plus de 50 ans à partir du 15 février. La Grèce l’a rendu obligatoire en début d’année pour toutes les personnes de plus de 60 ans.