(Stockholm) L’Ukraine refuse catégoriquement d’abandonner son projet d’adhésion à l’OTAN et toute autre « garantie sécuritaire » réclamée par la Russie, a déclaré vendredi à l’AFP son chef de la diplomatie, en demandant aux Occidentaux de faire de même.

Publié le 3 déc. 2021
Marc PRÉEL Agence France-Presse

Kiev, pour qui une telle promesse n’est « pas une option », appelle les États-Unis et les autres membres de l’alliance atlantique à rejeter les exigences formulées par Moscou pour apaiser les tensions actuelles aux frontières russo-ukrainiennes, a déclaré à l’AFP Dmytro Kouleba en marge d’une réunion de l’OSCE à Stockholm.

« Je rejette cette idée que nous devrions garantir quoi que ce soit à la Russie. J’insiste : c’est la Russie qui doit garantir qu’elle ne continuera pas son agression contre aucun pays », a-t-il affirmé.

Un engagement de l’Ukraine à abandonner son projet d’adhésion à l’OTAN – offert en 2008 par l’alliance occidentale, mais resté dans les limbes depuis – « n’est pas une option », a dit M. Kouleba, en soulignant que l’adhésion à l’OTAN et à l’UE figure dans la Constitution ukrainienne.

Il est en outre « absolument inapproprié de la part de la Russie d’avoir une influence quelconque sur les décisions prises par un autre pays souverain, l’Ukraine, et par une organisation internationale, l’OTAN », a déclaré le ministre à l’AFP.

Kiev et Washington accusent Moscou d’avoir massé des dizaines de milliers de troupes à la frontière et de mener des préparatifs d’invasion.

Lors d’une rencontre à Stockholm, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov avait réclamé jeudi à son homologue américain Antony Blinken des « garanties sécuritaires » aux frontières russes.

Moscou réclame notamment un gel de la progression de l’OTAN vers l’est, après la bascule d’une bonne partie de l’Europe de l’Est dans l’alliance à la suite de l’effondrement de l’Union soviétique.

Dmytro Kouleba a appelé ses alliés occidentaux à ne prendre aucun accord en ce sens avec Moscou, mettant en garde que Kiev ne les reconnaîtrait jamais.

« Nous avons une règle d’or dans la politique étrangère ukrainienne : pas de décision sur l’Ukraine sans l’Ukraine. Si quiconque, même nos plus proches alliés, prenait une décision liée à l’Ukraine dans notre dos, nous ne reconnaîtrions pas cette décision », a affirmé le ministre des Affaires étrangères ukrainien.

L’OTAN, « un jour »

Le président américain Joe Biden et son homologue russe Vladimir Poutine devraient prochainement échanger directement sur les tensions autour de l’Ukraine, sept ans après l’annexion russe de la Crimée et la prise de contrôle d’une partie de l’est de l’ancienne république soviétique par des forces séparatistes prorusses.

L’Ukraine voit d’un bon œil ce probable échange au sommet, selon M. Kouleba. « Je ne crois pas que quoi que ce soit sera décidé contre les intérêts de l’Ukraine ».

Jeudi devant l’assemblée des ministres de l’OSCE jeudi à Stockholm, le chef de la diplomatie russe avait mis en garde contre le « retour du scénario cauchemar de la confrontation militaire », trois décennies après la fin de la guerre froide.

« C’est la Russie qui a ressuscité ce scénario cauchemar, d’abord en Géorgie en 2008, puis en Ukraine en 2014 », a répliqué M. Kouleba vendredi. Moscou « ne devrait menacer personne de cauchemar parce qu’elle en a déjà créé un il y a sept ans », a-t-il affirmé.

Quant à la menace d’invasion agitée par Kiev, le ministre a appelé à la prendre au sérieux malgré les dénégations de Moscou.  

« En 2014, vous croyiez que la Russie allait envahir ? Je suis de l’est de l’Ukraine. Je n’aurais jamais imaginé une agression russe » à l’époque, a-t-il fait valoir.

Pour le ministre ukrainien, son pays adhérera bien « un jour » à l’OTAN, ainsi qu’à l’Union européenne, même si le Kremlin en a fait une ligne rouge.

« Nous ne fixons pas de calendrier, l’OTAN et l’UE non plus. Mais politiquement, historiquement, économiquement, militairement nous appartenons à l’Europe et c’est le sens de l’Histoire », a affirmé M. Kouleba.

La Finlande, qui n’est pas non plus membre de l’OTAN, mais a une « option » d’entrée rapide dans l’alliance, a également rejeté jeudi l’ingérence russe dans la question de l’élargissement vers l’est.