(Londres) Le Brexit aura à long terme « un impact plus important que la pandémie » de COVID-19 sur l’économie britannique, a estimé Richard Hughes, président de l’organisme public de prévision budgétaire OBR dans une interview à la BBC.

Agence France-Presse

La sortie du Royaume-Uni de l’UE « réduira le PIB à long terme d’environ 4 % » tandis que la pandémie le fera descendre « de 2 % supplémentaires » selon les estimations de l’OBR (Office for Budget Responsibility), a précisé M. Hughes.

L’organisme a relevé sa prévision de croissance pour cette année à 6,5 % contre 4 % auparavant, et revu à la baisse son estimation de l’impact à long terme de la pandémie sur le Produit intérieur brut (PIB) à 2 %, contre 3 % auparavant.

« Avec le temps, il deviendra de plus en plus difficile de distinguer les effets de la pandémie d’autres facteurs, comme le Brexit », a prévenu l’OBR dans son rapport.

Le chancelier de l’Échiquier Rishi Sunak a réagi sur la BBC en faisant valoir que le Brexit avait permis de faire certaines réformes « qui n’auraient pas été possibles en étant dans l’UE », citant par exemple la refonte des taxes sur l’alcool annoncée la veille dans le cadre du budget.

Mais pour le centre de recherche IFS « en dépit des discours optimistes du chancelier », le niveau de vie des Britanniques sera bel et bien lesté par « une inflation élevée, des impôts en hausse et une croissance en berne, davantage minée par le Brexit que par la pandémie ».

En dépit d’un accord commercial entre l’UE et le Royaume-Uni, le commerce de biens entre l’île et le continent a baissé depuis l’entrée en vigueur effective du Brexit.

La sortie britannique de l’UE a aussi fortement compliqué la venue au Royaume-Uni de travailleurs européens, ce qui aggrave les pénuries de main-d’œuvre et les perturbations des chaînes d’approvisionnement dans le pays.

La reprise de l’activité économique dans le monde après la levée de multiples mesures sanitaires face à la pandémie entraîne par ailleurs des pics de demandes et l’engorgement de ports ou des capacités de transport maritime.

Le fait que l’impact du Brexit sur le PIB soit plus important que la pandémie n’est pas surprenant, selon Jonathan Portes, professeur d’économie à Kings College.

« La COVID-19 était un énorme choc sur le court terme », mais ne devrait pas causer de dommages à l’économie à long terme, tandis que le Brexit « est une augmentation permanente des barrières au commerce et à la mobilité de la main-d’œuvre », explique-t-il.

Dans ses prévisions de mercredi, l’OBR projette le retour de l’activité économique à son niveau d’avant la pandémie dès le début de 2022, avec une croissance qui ralentit toutefois à 6 % l’année prochaine.

La reprise montre en effet des signes d’essoufflement au Royaume-Uni, pénalisée par les pénuries de main-d’œuvre, la flambée des prix de l’énergie, les problèmes d’approvisionnement, sans omettre un niveau élevé de nouveaux cas de COVID-19.