(Londres) Après cinq jours de pénuries d’essence et de chaos dans les stations-service, le gouvernement britannique et le secteur pétrolier ont assuré mardi observer des premiers signes de « stabilisation », laissant espérer une prochaine fin de crise.

Pauline FROISSART Agence France-Presse

Soignants, livreurs, enseignants… les appels au secours se sont multipliés de la part de professionnels affectés par les longues files d’attente formées devant les pompes depuis jeudi. Certains distributeurs avaient alors annoncé fermer des points de vente faute de chauffeurs routiers disponibles pour acheminer les carburants, déclenchant une ruée vers les stations essence et parfois des altercations entre automobilistes sur les nerfs.

« Nous voyons la situation s’améliorer : les industriels nous disent que les livraisons reprennent vers les stations de manière normale », a affirmé sur les télévisions britanniques le premier ministre Boris Johnson, dont le gouvernement avait demandé lundi soir à l’armée de se tenir prête à participer aux livraisons.

« La situation se stabilisant », il a estimé qu’il fallait laisser la situation s’arranger « de manière habituelle », semblant écarter les appels des organisations de médecins, d’infirmiers, d’enseignants ou encore de personnel pénitentiaire réclamant un accès prioritaire.

« Nous ne pouvons pas passer deux ou trois heures dans des files d’attente quand nous avons des patients à voir », a tempêté sur Sky News le vice-président de la British Medical Association, David Wrigley.

« Si c’est comme hier, je vais manquer de carburant », s’est inquiété auprès de l’AFP Divyesh Ruparelia, un chauffeur de taxi de 58 ans qui n’a pas réussi à se ravitailler lundi.

Certaines écoles ont dit envisager de repasser en enseignement à distance si les enseignants ne peuvent se rendre dans les établissements.

Comme les autorités, la Petrol Retailers Association, qui représente 65 % des stations-service britanniques, a observé « de premiers signes » annonciateurs de la fin de la crise à la pompe, avec désormais 37 % de leurs stations à court de carburant.

Armée prête

Cette situation exceptionnelle est la dernière conséquence en date des pénuries de main-d’œuvre causées par la pandémie et le Brexit, avec des problèmes de livraison touchant aussi les rayons des supermarchés, les restaurants-minute ou encore les pubs.

« Nous sommes dans cette situation où le gouvernement a réduit le pays au chaos en raison d’une impréparation totale », a dénoncé le chef de l’opposition travailliste, Keir Starmer, sur Sky News.

Le gouvernement ne cesse de répéter que le Royaume-Uni ne manque pas de carburants, mais que les pénuries sont dues à la demande exceptionnelle causée par les achats de consommateurs inquiets de manquer, comme cela avait été le cas avec le papier toilette ou certains produits alimentaires au début de la pandémie.

« Plus tôt nous pourrons tous revenir à nos habitudes d’achat normales, plus tôt la situation reviendra à la normale », a insisté le ministre des Transports Grant Shapps, condamnant les automobilistes qui remplissent des bouteilles d’essence.

Le gouvernement assure que le manque de chauffeurs routiers (100 000 selon les professionnels) ayant perturbé les approvisionnements de certaines stations, à l’origine du mouvement de panique du week-end, s’explique surtout par les retards de formation enregistrés pendant la pandémie et touche le monde entier. Il a cependant concédé mardi que le Brexit constituait un « facteur » supplémentaire.

Face à la crise, il a appelé les chauffeurs de l’armée à se préparer à livrer, si nécessaire, du carburant aux stations-service. Ils recevront une formation spécialisée avant d’être déployés.

Pour tenter de résoudre les difficultés de recrutement et attirer davantage de chauffeurs routiers étrangers, le gouvernement a également assoupli temporairement les règles en matière de visas, revenant sur ses promesses de durcissement migratoire liées au Brexit.

Les visas de trois mois proposés, censés améliorer la situation pendant la période chargée allant jusqu’à Noël ont cependant été accueillis avec scepticisme, les professionnels craignant que cela ne suffise pas à attirer les chauffeurs de l’Union européenne.

Boris Johnson a estimé que les Britanniques ne voulaient pas de solution passant par « une immigration incontrôlée », déjà essayée « pendant longtemps, 20 ans, peut être plus ».