Il y a tout juste trois mois, son parti pataugeait dans les sondages et son accession au poste de chancelier paraissait hautement improbable. Mais au lendemain des législatives du 26 septembre, Olaf Scholz est celui qui a le plus de chances de remplacer Angela Merkel, à l’issue de tractations qui pourraient durer des mois. Portrait d’un politicien sans charisme, mais avec du coffre.

Agnès Gruda
Agnès Gruda La Presse

Le sort des élections législatives allemandes s’est peut-être joué le 17 juillet dernier à Erftstadt, une bourgade de Rhénanie ravagée par des inondations d’une violence sans précédent.

Ce jour-là, Armin Laschet, leader de l’Union démocrate-chrétienne d’Allemagne (CDU) pour les législatives du 26 septembre, avait rendu visite à la bourgade éprouvée en compagnie d’une délégation de dignitaires.

Alors que le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, s’adressait aux citoyens éprouvés, des caméras ont capté Armin Laschet qui rigolait à l’arrière-plan.

PHOTO MARIUS BECKER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Armin Laschet, leader de la CDU, riant lors d’une visite, le 17 juillet dernier, à Erftstadt, durement touché par les inondations cet été

Ces images d’un candidat à la chancellerie riant aux éclats alors que l’Allemagne traversait une épreuve dévastatrice, qui aura coûté la vie à près de 200 personnes, ont soulevé un torrent de critiques.

Au lendemain de la catastrophe, Olaf Scholz, qui dirigeait les troupes du Parti social-démocrate (SPD), a sorti son chéquier de ministre des Finances et offert de l’aide financière aux victimes de la catastrophe.

Les éclats de rire d’Armin Laschet n’expliquent sûrement pas, à eux seuls, la remontée fulgurante des sociaux-démocrates dans la dernière ligne droite de la campagne électorale en vue des législatives du 26 septembre. Mais le contraste entre la légèreté de l’un et le sérieux de l’autre, lors d’une épreuve historique, a joué en faveur du SPD.

Encore à la mi-juillet, ce parti récoltait tout juste 15 % d’intentions de vote. À la fin de l’été, il frôlait les 30 %. Pour récolter 25,6 % des voix le jour du vote, un point et demi de plus que la CDU.

L’héritier

La victoire surprise de celui que les médias appellent « Scholzomat » pour souligner son caractère impassible est « le produit de la faiblesse de ses opposants », résume l’hebdomadaire Spiegel.

« Les circonstances ont joué en faveur d’Olaf Scholz », renchérit Paul Létourneau, professeur retraité de l’Université de Montréal et spécialiste de l’histoire politique de l’Allemagne.

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Pancartes électorales du SPD, du Parti vert et du CDU, à Gelsenkirchen

Les résultats de dimanche constituent « moins un succès du SPD qu’un effondrement de la CDU », le parti d’Angela Merkel, fait observer Frédéric Mérand, directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal.

Cela dit, les résultats du 26 septembre ne sont pas uniquement une victoire par défaut. Et ce candidat sans charisme a réussi à s’imposer comme l’héritier d’Angela Merkel.

« On a l’impression qu’avec lui, c’est un peu le règne d’Angela Merkel qui va se poursuivre », dit Paul Létourneau, qui est établi en Allemagne.

Âgé de 63 ans, Olaf Scholz est un enfant de la balle : il a grossi les rangs du SPD dès l’âge de 17 ans. Logé à la droite de son parti, cet avocat en droit du travail a été maire de Hambourg, a échoué à prendre les rênes de son parti, mais a rejoint la coalition d’Angela Merkel en 2018, en accédant au poste de vice-chancelier et ministre des Finances.

« C’est un homme très intelligent, rationnel, il n’est pas flamboyant, il s’exprime avec modération et il a toujours deux ou trois longueurs d’avance » sur ses interlocuteurs, dit Paul Létourneau. Les médias allemands l’ont d’ailleurs consacré grand gagnant de tous les débats électoraux.

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Angela Merkel et Olaf Scholz

Olaf Scholz « se présente comme un clone d’Angela Merkel », note l’hebdomadaire Spiegel dans un long portrait du politicien. Il y a cette affiche électorale où il se décrit comme « la prochaine chancelière ». Il y a aussi ce fameux geste des deux mains formant un losange – la marque distinctive d’Angela Merkel – qu’il a adopté le temps d’une photo.

Autre signe de sa proximité avec la chancelière sortante, les médias l’ont surnommé « vati », ou papa, par analogie au « mutti », maman, dont ils avaient gratifié la chancelière sortante.

Olaf Scholz ne sort jamais de ses gonds, note le Spiegel, qui recense ses rares écarts de conduite. Il lui arrive d’aligner quelques gros mots, comme « merde » ou « salopard ».

Lors du sommet du G20 à Venise, on l’a vu filer à toute allure sur un bateau à moteur dans un canal. Il rit, parfois, d’un petit rire d’enfant. C’est à peu près tout.

Durant le même sommet de Venise, Olaf Scholz a impressionné la galerie en répondant pendant trois heures aux questions lors d’une rencontre improvisée avec des journalistes. Il n’a peut-être pas de glamour, mais il a du contenu, conclut l’article de Spiegel.

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Olaf Scholz prenant un bain de foule, samedi, à la veille des élections législatives

Olaf Scholz incarne des qualités que l’on aime bien voir chez un chef d’État, souligne Frédéric Mérand : rigueur, stabilité, dignité. Bref, il a le coffre qu’il faut pour parler avec les Vladimir Poutine et Joe Biden de ce monde.

À droite de la gauche

À la mairie de Hambourg, Olaf Scholz a présidé à la construction de 400 000 logements. Il propose aujourd’hui de hausser le salaire minimum de 9 à 12 euros l’heure (de 13 à 17 $). Considéré comme à droite au sein de son parti, il rejoint Angela Merkel qui a fini par se placer au centre gauche du sien…

Face à un Parti vert auquel il devra s’allier pour former une coalition, Olaf Scholz traîne quelques décisions controversées dans ses bagages.

L’ouverture d’une centrale au charbon à Hambourg, par exemple. Et son opposition au rétablissement du tramway. Son bilan environnemental n’est pas très vert… Et il a aussi été éclaboussé par quelques scandales financiers, alors qu’il exerçait les fonctions de ministre des Finances. Mais ce « passif » ne pèsera pas très lourd lors des négociations qui s’amorcent pour la formation du prochain gouvernement.

Selon les sondages, Olaf Scholz n’est peut-être pas celui avec lequel une majorité d’Allemands rêvent de prendre une bière le soir. Mais 55 % des électeurs le jugent compétent. Sur ce point, il devance de loin tous ses adversaires. Et sa victoire est un peu celle de la compétence tranquille.

Olaf Scholz en quelques dates

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Olaf Scholz, ministre allemand des Finances et candidat du SPD à la chancellerie

1958 : Naissance à Osnabrück, en Basse-Saxe

1975 : Rejoint le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD)

1998 : Élu député pour la première fois

2002 : Devient secrétaire général du SPD

2011 : Élu maire de Hambourg, poste qu’il occupera jusqu’en 2018

2018 : Nommé ministre des Finances et vice-chancelier au sein du gouvernement d’Angela Merkel

2019 : Échoue dans sa tentative d’accéder à la présidence du SPD

2020 : Choisi comme candidat du SPD à la chancellerie