Quel gros canon de la droite) affrontera Emmanuel Macron à la prochaine élection présidentielle en France ? Y aura-t-il une primaire pour départager le meilleur candidat ? Pour le moment, chacun place ses pions.

Jean-Christophe Laurence
Jean-Christophe Laurence La Presse

On le croyait au plancher. Affaibli par sa contre-performance à la présidentielle de 2017. Mais le parti de droite Les Républicains (LR) n’a pas encore dit son dernier mot.

Ragaillardie par son score réconfortant aux élections régionales (quatre régions) du mois de juin, l’ancienne formation de Nicolas Sarkozy semble avoir retrouvé ses couleurs, à défaut d’avoir trouvé son candidat en vue de la prochaine élection présidentielle.

Mais cela n’est peut-être plus qu’une question de temps.

Comme le veut désormais la tradition, une élection primaire est prévue à l’automne pour choisir celui ou celle qui mènera les troupes à la bataille en mai 2022.

Les enjeux sont énormes, car l’heureux (se) élu(e) pourrait doubler Marine Le Pen et s’imposer comme principal adversaire d’Emmanuel Macron, dont la gestion de la crise sanitaire demeure très contestée.

Les candidats ont déjà commencé à se faire connaître. L’ancienne ministre de Sarkozy et actuelle présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a annoncé ses couleurs la semaine dernière. Tout comme Philippe Juvin, chef des urgences d’un hôpital parisien, dont la figure a été largement médiatisée pendant la crise de la COVID-19.

Si la tendance se maintient, Michel Barnier, ex-négociateur du Brexit pour l’Union européenne, ainsi que les anciens ministres Rachida Dati et Laurent Wauquiez pourraient annoncer leur candidature prochainement.

Mais le favori demeure pour l’instant Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé et actuel président de la région des Hauts-de-France (Nord), qui fait connaître ses intentions depuis des semaines, même s’il ne fait plus officiellement partie de la formation politique.

La stratégie du quitte ou double

Techniquement, l’élection primaire doit faciliter le choix du bon cheval.

Ce scrutin interne avait sonné le glas de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé en 2016, au profit de François Fillon, qui s’écrasera toutefois quelques mois plus tard après avoir été épinglé pour une affaire d’emplois fictifs.

Fort de ses scores dans les sondages, Xavier Bertrand refuse toutefois de se prêter au jeu, en arguant qu’il est le seul candidat de la droite qui soit viable à long terme.

Ses rivaux s’inclineront-ils devant son coup de poker ou Bertrand se ralliera-t-il à l’exercice de la primaire ?

Pour le politologue Thomas Guénolé, tous les scénarios sont possibles, alors que chacun profite de l’été pour placer ses pions en vue de la rentrée.

Xavier Bertrand essaie de court-circuiter la primaire en mettant tout le monde au pied du mur. Il tente le rapport de force en disant : « C’est moi le plus fort et le plus connu », tout le monde se tait. C’est une stratégie du quitte ou double.

Thomas Guénolé, auteur du livre Sarkozy, chronique d’un retour impossible

Thomas Guénolé voit mal comment la formation Les Républicains pourrait se passer d’une primaire, puisque celle-ci est une « obligation statutaire » du parti. Il y a deux semaines, cinq possibles candidats (Pécresse, Barnier, Wauquiez, Juvin et Bruno Retailleau) se sont en outre entendus pour la tenue d’un scrutin militant, même si cet exercice imposé est vu par certains membres du parti comme un facteur de querelles intestines.

Mais rien n’est encore joué, estime Hadrien Bect, journaliste politique sur la chaîne France Info. Au-delà du bras de fer médiatique, des manœuvres dans les coulisses sont à prévoir au cours des prochaines semaines, avec de possibles compromis de part et d’autre.

« En ce moment on est dans un rapport de force pur, conclut ce spécialiste de la droite et de l’extrême droite. C’est chacun qui assure qu’il ne bougera pas. Bertrand dit qu’il ne bougera pas, Pecresse dit qu’elle ne bougera pas. On verra jusqu’où ça tient. Il y aura forcément un point de rupture quelque part. »

« De toute façon la droite sait très bien qu’elle ne peut pas avoir deux candidats. Avec un candidat, elle n’a pas la certitude de gagner, mais avec plus d’un candidat, elle a la certitude de perdre… »

Six candidats officiels… ou potentiels

Xavier Bertrand

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Xavier Bertrand

Renforcé par sa victoire sans appel aux dernières élections régionales, le président des Hauts-de-France se revendique du « gaullisme social » (droite avec politique sociale plus prononcée), dans le sillage du Chirac dernière époque. Adversaire du traité de Maastricht en 2012, il est plus souverainiste (eurosceptique) que la moyenne de son camp.

Valérie Pécresse

PHOTO JOËL SAGET, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Valérie Pécresse

Deuxième prétendante à officialiser sa candidature à droite après Xavier Bertrand, elle veut se présenter à l’élection présidentielle pour « restaurer la fierté française ». La présidente de la région Île-de-France dit défendre une droite « ferme sur le régalien, laïque, mais aussi écologiste, libérale, pro-entreprise, féministe et sociale ». Bref, on ratisse large.

Michel Barnier

PHOTO ALAIN JOCARD, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Michel Barnier

Organisateur des JO d’Albertville, plusieurs fois ministre (dont les Affaires étrangères, sous Chirac), ex-commissaire européen, ce personnage discret s’est récemment fait connaître comme négociateur en chef de l’Union européenne pour le Brexit, un dossier épineux dont il s’est sorti avec brio. Un candidat crédible, raisonnable, sérieux, estime Hadrien Bect, qui souffre au demeurant d’un problème d’image. « Le problème avec Michel Barnier, c’est qu’il très connu en Europe, mais peu en France, où il n’a jamais été « starifié » », résume le journaliste.

Philippe Juvin

PHOTO ALAIN JOCARD, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Philippe Juvin

On ne l’attendait pas. Chef des urgences à l’hôpital Pompidou, cet anesthésiste de formation est devenu une personnalité médiatique à la faveur de la crise sanitaire, avec ses nombreuses critiques à l’endroit de Macron. « À mon avis, il est plus dans une stratégie d’accroissement de sa notoriété. Il ne joue pas gagnant, il joue placé », résume Thomas Guénolé.

Rachida Dati

PHOTO JOEL SAGET, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Rachida Dati

Elle n’a pas encore officialisé sa candidature, mais elle y pense presque tout haut. Bête politique, cette ancienne ministre se situe « dans la continuité du sarkozysme spectaculaire, observe Guénolé, dans le sens où elle a développé un certain charisme » qui en fait une personnalité médiatique.

Laurent Wauquiez

PHOTO ALAIN JOCARD, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Laurent Wauquiez

Son court séjour à la tête du parti LR (2017-2019) s’est soldé par le départ de quelques gros canons, dont Xavier Bertrand, qui jugeait sa ligne idéologique trop proche de celle de Marine Le Pen. Tentera-t-il sa chance avec une nouvelle ligne de pensée ? Il sera curieux de voir vers où le vent le fait tourner. Pas encore officiellement candidat, mais…