(Bruxelles) La question du port du voile islamique a enflammé le débat politique en Belgique, forçant le premier ministre à s’expliquer lundi devant les députés sur la démission retentissante d’une Belgo-Marocaine voilée de son poste de représentante du gouvernement dans un organisme public.

Agence France-Presse

Ishane Haouach, 36 ans, a démissionné vendredi de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH) où elle occupait la fonction de commissaire du gouvernement avec la mission de veiller au respect de la loi et de l’intérêt général.

Pour justifier sa décision, cette femme engagée dans la lutte contre les discriminations sexistes, en particulier au travail, a dit vouloir se « préserver du cyberharcèlement ». Elle a regretté avoir été la cible d’« attaques personnelles incessantes » depuis la révélation de sa nomination à ce poste, il y a six semaines.

Une femme voilée peut-elle exercer une fonction publique d’autorité et représenter l’État qui doit observer le principe de neutralité dans son rapport aux cultes ? La question a divisé jusqu’au sein de la coalition gouvernementale dirigée par Alexander De Croo.

Le premier ministre a d’abord défendu « le CV en béton » de cette diplômée du supérieur.  

Signes distinctifs religieux

Le libéral flamand a aussi relevé que le port de tout signe distinctif religieux était interdit par l’État fédéral pour tout fonctionnaire « en contact avec le public », ce qui n’était pas le cas de Mme Haouach à l’IEFH.  

Mais la nomination, à l’initiative du parti Écolo-Groen et de sa secrétaire d’État Sarah Schlitz, a été fortement contestée dans l’opposition et au sein d’une formation de la coalition, le Mouvement réformateur (MR, libéral francophone).

La polémique a redoublé d’intensité le 3 juillet avec les propos tenus dans le journal Le Soir de Bruxelles par Ishane Haouach, déclarations qu’elle a elle-même jugées « maladroites » quatre jours plus tard.

Dans l’interview, cette fille de diplomate marocain jugeait « discriminatoire » l’interdiction du port de signes religieux en Belgique.

« La discussion n’est pas : est-ce qu’on remet en cause la séparation de l’Église et de l’État ? C’est comment la décline-t-on avec un changement démographique ? », ajoutait-elle. Une allusion à la proportion de personnes de confession musulmane, plus forte à Bruxelles que dans le reste de la Belgique (5-7 % dans le pays selon les chercheurs).

Contacts avec des Frères musulmans ?

Beaucoup y ont vu une remise en cause de la neutralité de l’État, qualifiée de « principe fondamental » par M. De Croo, qui a rappelé à l’ordre Mme Haouach lors d’une séance de questions houleuse jeudi à la Chambre.

M. De Croo et Mme Schlitz ont dû s’expliquer lundi devant une commission parlementaire sur une note rédigée par la Sûreté de l’État — le renseignement civil belge —, évoquant des « suspicions » de liens entre Mme Haouach et la confrérie islamiste des Frères musulmans.

L’intéressée s’était déjà vivement défendue le 3 juillet, assurant ne pas connaître cette mouvance « ni de près ni de loin ». M. De Croo et Mme Schlitz ont refusé de révéler le contenu de cette note — « classifiée » donc confidentielle —, et exclu tout lien avec la démission de Mme Haouach.