(Paris) Les Français ont encore boudé les urnes dimanche au second tour des élections régionales, marqué par un échec de l’extrême droite de Marine Le Pen et du parti d’Emmanuel Macron, et permettant à gauche et droite de prétendre à une nouvelle dynamique à dix mois de la présidentielle.

Fabien ZAMORA Agence France-Presse

Environ les deux tiers, selon les estimations, des quelque 48 millions d’électeurs ne se sont pas exprimés, à peine moins que la semaine dernière qui avait marqué un record pour des élections depuis le début de la Ve République, en 1958.  

Les bureaux de vote ont fermé à 18 h GMT.

« Je viens voter, mais ça ne sert à rien », résumait à Strasbourg (est) Hugues Hubert, 66 ans, un retraité du secteur du transport. « Voter pour la présidentielle, d’accord, mais pour les départementales, on ne sait rien. Que vont faire les candidats ? Aucune idée ».

« Cette tragédie démocratique doit interpeller l’ensemble des partis politiques », a estimé dans son éditorial le journal de gauche Libération.

Au-delà de cet enseignement sur la démocratie française, ce second tour a confirmé l’échec des partis de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron et le sursaut des partis traditionnels installés de longue date dans le paysage politique local, permettant aux barons de la droite et de la gauche d’affirmer que le suspens est relancé pour la présidentielle de 2022.

Tous les présidents de régions sortants ont d’ailleurs été réélus, sept pour la droite qui apparaît vainqueur, et cinq pour la gauche en France continentale.

L’extrême droite (Rassemblement national, RN) de Marine Le Pen ne remporte pas la seule région pour laquelle il avait une chance, celle de Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca, sud-est), qui reste à la droite (Les Républicains, LR), soutenue par la gauche, dans la tradition du « front républicain » que les partis traditionnels suivent depuis des décennies pour empêcher le RN de remporter des élections.

Évoquant l’abstention, une « crise profonde de la démocratie locale », la finaliste de la présidentielle de 2017 a estimé que « la mobilisation est la clé des victoires à venir ».

« Déception » du parti de Macron

Du côté de la majorité présidentielle (La République en marche, LREM), la journée est également maussade avec, comme prévu, aucune région gagnée.

C’est une « déception pour la majorité présidentielle », a admis Stanislas Guerini, le délégué général du parti.

Ces deux partis manquent d’ancrage territorial par rapport à la droite ou la gauche modérée, alliée à l’extrême gauche et aux écologistes.

Ces partis « traditionnels » avaient un peu disparu du paysage médiatique ces dernières années, après l’élection du centriste Emmanuel Macron à la présidence en 2017.  

Plusieurs ténors de la droite vont désormais prendre le vent de leur victoire aux régionales pour affirmer que les cartes de la présidentielle peuvent être rebattues alors que les sondeurs prédisent une finale Macron/Le Pen.

« Maintenant, tout le monde a compris que la présidentielle est désormais un match à trois. », a estimé Xavier Bertrand, ancien ministre de droite, vainqueur dans la région des Hauts-de-France (Nord) et déjà candidat pour 2022, dans le journal Les Échos.  

La gagnante de la région Île-de-France, Valérie Pécresse (droite), et celui de la région Auvergne-Rhône Alpes (centre), Laurent Wauquiez (droite), vont aussi se positionner. « Une équipe de France de la droite et du centre a émergé, j’y prendrai toute ma part », a prévenu Mme Pécresse.

Quid à gauche ?

En face, les sortants de gauche l’emportent aussi dans plusieurs régions, avec ou sans le soutien de l’extrême gauche ou des écologistes d’EELV.

« Il y a une gauche qui est en train de reconquérir un espace », a estimé le secrétaire national du PS Olivier Faure, estimant que son parti en était une « force motrice » qui doit « rassembler l’ensemble de la gauche et des écologistes pour pouvoir aller vers l’élection présidentielle ».

« L’écologie est la seule force en dynamique », s’est de son côté félicité le secrétaire national d’EELV Julien Bayou.

Ce retour en force du clivage gauche/droite doit toutefois être analysé avec prudence.

« Les partis traditionnels bénéficient du grand maillage territorial qu’ils ont maintenu. Le clivage gauche/droite persiste au niveau des institutions locales mais n’a pas de traduction pour l’instant au niveau national », estimait avant le scrutin Jérôme Sainte-Marie, le président de l’institut de sondage PollingVox.

Pour l’éditorialiste du journal de droite Le Figaro en revanche, « par ce qu’elles révèlent de l’état de l’opinion autant que par les effets qu’elles ne manqueront pas de produire, ces élections régionales rebattent fortement les cartes politiques qu’on disait déjà distribuées ».